Bb! | 19 Dec 21:20
Favicon

[actus_l] La France remporte une victoire importante mais passéeinaperçue

http://www.europe1.fr/informations/chronique-t2.jsp?idboitier=767123

Jacques Attali

La France remporte une victoire importante mais passée inaperçue
dimanche 25 novembre 2007

Alors que menace une crise financière mondiale et que le pays traverse une
crise de morosité, très largement injustifié, la France vient de remporter une
victoire qui pourrait être très importante pour l'avenir : à Rio, au Forum des
Nations Unies sur la Gouvernance de l'Internet, il vient d'être décidé de
partager le contrôle d'Internet entre les Etats-Unis et l'Europe et plus
particulièrement avec la France. 

Ce sont les Etats-Unis qui contrôlent l'Internet aujourd'hui ? Oui. Plus
précisément, un système qu'on nomme DNS (Domain Naming System) contrôlé par
une société privée américaine VeriSign est le gestionnaire ultime des noms de
domaines et de l'ensemble des aiguillages reliant le milliard d'ordinateurs
aujourd'hui connectés à l'Internet. Elle le gère par des intermédiaires, des
racines, dans un très subtil partage des rôles entre des associations
scientifiques et des entreprises privées, toutes soumises au contrôle du
ministère de la défense américain. 

Et qu'est ce qui va changer ? Si le 1er milliard d'objets connectés au réseau
étaient des ordinateurs, le 2e milliard sera des objets de la vie quotidienne
connectés à mesure que les actuels codes-barres seront remplacés par des puces
nouvelles, dites RFID, qui n'exigeront plus comme les codes barres un contact
pour être lues (c'est déjà le cas pour la carte Navigo des Franciliens). Cela
bouleversera le rapport aux objets et facilitera la vie du consommateur, du
voyageur, du salarié, cela offrira des perspectives nouvelles aux diagnostics
et traitements médicaux, cela permettra de stocker sur Internet toutes les
informations relatives à la vie de ces objets (lieu de fabrication,
acheminement, contrôles effectués). Il deviendra possible de connaître les
mouvements de tous les objets et personnes sur la planète. 

Mais qui contrôlera cet "Internet des objets" ? Une technologie nommée Object
Naming Service (ONS) sera pour l'"Internet des objets" ce que DNS est pour
celui des ordinateurs. Chaque puce aura un identifiant mondial unique choisi
par le consortium mondial de gestion des codes barres, Electronic Product Code
(ou EPC Global). Le gouvernement qui contrôlera ce système détiendra un
pouvoir de surveillance qu'aucun gouvernement n'a jusqu'ici rêvé de posséder.

Et pour une fois, les Etats-Unis n'y seront pas tout puissant, il vient en
effet d'être décidé de créer des "racines" régionales et la racine régionale
européenne sera en France et ouverte dès le 3 décembre prochain. Ca nous
rapporte quoi ? Les informations relatives aux objets seront consultables
localement en Europe sans qu'il soit nécessaire de les transférer dans un
annuaire basé aux Etats-Unis. 

L'Europe pourrait ainsi être le 1er continent à accorder à ses citoyens le
droit à la discrétion, le droit de désactiver les puces RFID, ce qu'on appelle
joliment : un droit au "silence des puces". 

Cela permettra aussi d'avoir une véritable politique européenne de relance du
numérique. En est-on capable ? Oui. La France disposera lors de la prochaine
présidence de l'Union européenne d'une opportunité pour devenir le pôle
européen de la Gouvernance de l'Internet des Objets. 

Il faudra pour cela que le pouvoir politique fasse du numérique une priorité
absolue et se donne les moyens de supprimer les obstacles, de coordonner et
soutenir toutes les initiatives qui fleurissent dans le pays.

http://www.journaldunet.com/solutions/systemes-reseaux/interview/07/1207-benhamou-internet-objet.shtml

07/12/2007
Bernard Benhamou (Ministère de la Recherche) : "Nous voulons que la racine
française devienne européenne" La France vient d'obtenir une partie du
contrôle de la toile au forum des Nations Unies sur la gouvernance de
l'Internet. Le délégué aux usages de l'Internet auprès du ministre de la
Recherche revient sur cet évènement.

Peut-on dire que les Etats-Unis ont lâché du lest ? Depuis la création de
l'ICANN, la gouvernance de l'Internet était restée américaine.

Tout a fait, on peut dire que les Etats-Unis ont lâché du lest. Il y avait
jusqu'à présent un statu quo sur le rôle des Etat-Unis à propos de la
gouvernance de l'Internet. Mais l'autorité du président d'EPC Global, Chris
Adcock, a prévalu. La France vient d'obtenir le contrôle d'une racine
régionale de l'ONS [ndlr. Object Naming Service], le futur réseau de
l'Internet des objets.

Mais il faut aussi comprendre que les enjeux ne sont pas les mêmes que ceux
qui portent sur le DNS. Les Etats-Unis se sont toujours refusés à partager le
contrôle du DNS qui compte aujourd'hui des centaines de millions
d'utilisateurs.

Pour l'ONS (Object Naming Service), il s'agit d'une technologie naissante.
C'est une technologie qui est en voie de développement et le rapport de force
n'est pas le même. L'enjeu est de créer un Internet des objets qui permettent
la mise en réseau de la RFID et de l'Internet.

Quel va être le rôle d'ONS France, la racine régionale de ce nouvel Internet ?

ONS France va avoir un rôle double. Le premier but est de devenir une
plateforme pour que les distributeurs puissent utiliser la connexion
RFID-Internet. Le second objectif, c'est de permettre aux industriels de
s'allier à des entreprises technologiques, comme des opérateurs mobiles pour
offrir de nouveaux services.

Quels types de services ?

Je pense à des services qui allient la géolocalisation, l'Internet et le RFID.
Cela va permettre aussi la création de centaines de nouveaux services à
naître. Le Japon est un pays très en avance sur ce sujet, avec des services de
paiement entre autres.

Quel est le rôle d'Orange Business Services ?

Orange Business Services est le gestionnaire technique qui à en charge la
gestion des serveurs avec à terme la mission de rendre cette base
interopérable avec les autres bases qui devraient être créées dans les autres
endroits du globe.

Quel peut être le rôle de la France dans les années qui viennent en termes de
gouvernance et de recherche et développement ?

La grande question sera celle de l'interopérabilité des différentes bases de
par le monde. Nous avons une grande force qui est la puissance économique de
l'Union européenne, qui représente un marché important. C'est un atout majeur
pour aller vers l'interopérabilité des différentes racines.

Pour ce faire, nous allons déployer des moyens techniques de manière à ce que
l'interopérabilité soit possible. La recherche française va participer à la
création d'une nouvelle technologie pour arriver à l'élaboration d'un système
de racines paritaires et non hiérarchisées. Techniquement, il est tout à fait
possible de faire travailler des racines en peer to peer, par exemple.

Donc nous allons vers une racine européenne ?

Oui, nous voulons que la racine française devienne européenne. La France va
assurer la prochaine présidence de l'Union européenne. Son rôle dans le
domaine de l'ONS sera d'être rassembleur et de fédérer autour d'elle les pays
européens pour pousser vers l'avant un segment économique à très forte valeur
ajoutée

Peut-on dire que la structure du réseau reflète la culture politique des
différents Etats ?

Oui, complètement. Ce nouveau réseau de l'Internet des objets est naissant et
sa construction va s'effectuer en fonction des rapports de force au niveau
mondial. La Chine à plusieurs reprises a tenté par exemple de s'isoler avec
des technologies particulières et non interopérables comme l'IPV9. Il faut
justement éviter que le réseau se morcelle en différents îlots comme cela
aurait pu être le cas. Tout l'enjeu de la gouvernance mondiale est là.

 
Guillaume SERRIES, JDN Solutions


_____
Liste de diffusion d'informations relatives à l'informatique et aux libertés
Info, dés/abonnement : http://listes.samizdat.net/sympa/info/actus_l

Gmane