26 Mar 08:40
[actus_l] Intervention de Michèle Alliot-Marie au Forum International de la Cybercriminalité + à l'OCLCTIC
From: Bb! <bigband@...>
Subject: [actus_l] Intervention de Michèle Alliot-Marie au Forum International de la Cybercriminalité + à l'OCLCTIC
Newsgroups: gmane.politics.activism.vie-privee.actu
Date: 2008-03-26 07:43:39 GMT
Expires: This article expires on 2008-04-09
Subject: [actus_l] Intervention de Michèle Alliot-Marie au Forum International de la Cybercriminalité + à l'OCLCTIC
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[MAM a donc annoncé/confirmé la mise en place : . d'une commission nationale de déontologie des services de communication au public en ligne . de procédures judiciaires (pour) faciliter l'identification des utilisateurs d'Internet, en précisant les modalités de leur géolocalisation. . d'un délit d'usurpation d'identité sur Internet, passible d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. . de la possibilité de captation à distance de données numériques se trouvant sur un ordinateur ou transitant par lui. . d'accords internationaux permettant de procéder à la perquisition à distance informatique sans autorisation préalable systématique du pays hôte du serveur.] http://www.interieur.gouv.fr/misill/sections/a_l_interieur/le_ministre/interventions/forum-cybercriminalite/view 20.03.2008 - Forum International de la Cybercriminalité Intervention de Michèle Alliot-Marie, ministre de l'intérieur, de l'Outre-mer et des collectivités territoriales, lors du forum international de la cybercriminalité à Marcq-en-Baroeul, le jeudi 20 mars 2008. Mesdames, Messieurs, Ce deuxième forum international de la cybercriminalité contribuera, j'en suis sûre, à une meilleure connaissance de ce phénomène complexe qu'est la cybercriminalité, pour mieux agir ensemble. Internet est, pour les individus comme les entreprises, un formidable espace de liberté. Son corollaire délinquant, la cybercriminalité, porte de multiples atteintes à la sécurité de chacun. Face aux nouvelles menaces pesant sur l'espace numérique, nous devons adapter notre action dans la volonté de protection. Les réseaux numériques sont devenus un terrain d'action pour la pédopornographie, les attaques racistes et antisémites, les atteintes à la vie privée. Les terroristes utilisent Internet pour diffuser des modes d'emploi d'explosifs ou pour pirater des sites stratégiques. La cybercriminalité vise aussi la sécurité économique de notre pays. L'espionnage industriel par Internet et l'ingérence dans les systèmes informatiques sont des phénomènes de plus en plus répandus dans une économie concurrentielle et mondialisée. La mission de sécurisation de l'espace numérique est un enjeu majeur de sécurité nationale. Elle nous oblige à nous adapter sans cesse afin de posséder toujours un temps d'avance sur la cybercriminalité. C'est pourquoi j'ai lancé un plan d'ampleur de lutte contre la cybercriminalité. J'en rappellerai les axes principaux (1), avant de revenir plus particulièrement sur la question de l'intelligence économique (2). 1. Agir contre la cybercriminalité exige modernisation et ouverture. A) La mobilisation de l'ensemble des acteurs est la condition de notre réussite. Comme le rappelle le thème de votre forum, il importe que nous agissions "ensemble pour un espace numérique plus sûr". Comme toujours en matière de sécurité, la lutte contre la cybercriminalité suppose une chaîne d'acteurs. Elle implique la police et la gendarmerie, mais aussi les entreprises, les fournisseurs d'accès à Internet, les hébergeurs de site, les opérateurs, les associations d'utilisateurs, les familles. L'Office Central de Lutte Contre la Criminalité liée aux Technologies de l'Information et de la Communication, qui regroupe policiers et gendarmes, est un exemple concret de coopération. Mais la mobilisation doit aller au-delà de ces acteurs. J'ai décidé d'engager un dialogue que je souhaite constructif avec les fournisseurs d'accès à Internet. Une commission nationale de déontologie des services de communication au public en ligne réunira les pouvoirs publics, les opérateurs et les associations d'usagers. B) La deuxième exigence est la modernisation. - Modernisation de nos méthodes d'investigation pour les mettre en phase avec les pratiques contemporaines de la cybercriminalité. Je souhaite, dans le cadre de procédures judiciaires, faciliter l'identification des utilisateurs d'Internet, en précisant les modalités de leur géolocalisation. Je souhaite adapter rapidement notre législation en vue d'une modernisation globale de nos méthodes. La future Loi de Programmation et de Performance pour la Sécurité Intérieure (LOPPSI) créera un délit d'usurpation d'identité sur Internet, passible d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. Elle autorisera sous contrôle du juge la captation à distance de données numériques se trouvant sur un ordinateur ou transitant par lui. - Je veux renforcer nos moyens humains de lutte contre la cybercriminalité. Nous formerons deux fois plus d'enquêteurs en technologie numérique de la gendarmerie (N'TECH) et d'enquêteurs spécialisés en criminalité informatique (ESCI) au sein de la police. J'entends accentuer l'implication de la police et de la gendarmerie dans les programmes de recherche comme dans les pôles de recherche et de développement de l'industrie française. Les cursus à vocation technologique en partenariat avec l'université contribuent à la qualité de la formation des gendarmes. Je veux créer des cursus similaires au sein de la police nationale. C) La lutte contre la cybercriminalité doit aussi s'inscrire dans une perspective européenne et internationale. C'est ma troisième exigence. La cybercriminalité ne connaît pas de frontière. Il faut donc élargir notre lutte contre la cybercriminalité, au plan européen, comme au plan mondial. J'entends profiter de la présidence française de l'Union Européenne pour proposer la mise en place d'accords internationaux permettant de procéder à la perquisition à distance informatique sans autorisation préalable systématique du pays hôte du serveur. Je proposerai à mes homologues la création d'une plate-forme européenne d'échanges d'informations sur la cybercriminalité, dans le cadre d'Europol. Au-delà du cadre strictement européen, je veux aussi approfondir nos échanges internationaux et notre coopération policière, notamment avec les Etats-Unis, la Russie ou la Chine. Le renforcement de la lutte contre la cybercriminalité englobe également la protection du patrimoine intellectuel et matériel des entreprises, contre la prédation et les manœuvres illicites. L'espionnage et l'ingérence industriels ont trouvé en Internet un nouveau terrain d'action. Le piratage, l'intrusion sur les sites, l'attaque des Systèmes de Traitement Automatisé de Données sont leurs nouvelles techniques. La cybercriminalité fait peser une véritable menace sur nos intérêts économiques fondamentaux. Ce qui est en jeu, c'est l'indépendance économique de notre pays, la compétitivité de nos entreprises et notre politique de l'emploi. Il est de notre devoir de renforcer la protection du patrimoine informatique de nos entreprises et de nos instituts de recherche. Il est de notre devoir de défendre nos entreprises stratégiques contre des prises de contrôle par des entreprises étrangères et des transferts indus de technologie. 2. Cette protection ne saurait s'envisager sans une action offensive en matière d'intelligence économique. Véritable question de sécurité nationale, l'intelligence économique est une des préoccupations majeures des chefs d'entreprises. Votre présence ici en témoigne. L'intelligence économique fait couler beaucoup d'encre et alimente de nombreux débats, sans qu'il soit toujours aisé de la définir. L'intelligence économique recouvre la maîtrise et la protection de l'information stratégique utile aux acteurs économiques. C'est naturellement d'abord la recherche d'informations économiques, financières, techniques ou scientifiques dans le but affiché de conquérir ou de développer des marchés. Il entre dans le rôle du ministère de l'Economie que d'organiser les réseaux nécessaires à cette bonne information de nos entreprises, sur le territoire national comme à l'étranger. Le second aspect de l'intelligence économique, et c'est celui qui intéresse directement le ministère de l'Intérieur, c'est la protection de la compétitivité des entreprises, par la préservation de leur capital matériel et immatériel. Cette protection impose sécurité au quotidien et réflexion à long terme. J'entends que l'action de mon ministère soit beaucoup plus offensive en la matière. Les entreprises sont actrices à part entière de leur propre protection, c'est une évidence. Qui mieux qu'elles connaît les données ou les brevets à protéger, les matériels sensibles utilisés, les transferts de technologie à éviter pour conserver leur avantage concurrentiel. Les entreprises françaises possèdent un savoir-faire innovant ou reposant sur des méthodes qu'elles sont les seules à maîtriser. Cette responsabilité qui est la leur ne saurait pour autant nous exonérer de la nôtre. Nous avons l'obligation de les protéger du pillage de leur savoir-faire ou de leur capital humain. Le ministère de l'Intérieur a un rôle essentiel dans le pilotage de la politique d'intelligence économique. - Les actions de sensibilisation, menées par la gendarmerie, la police et les services spécialisés seront donc renforcées pour aider les entreprises à mieux protéger leur patrimoine et leurs innovations. - L'action des services de renseignement demeure plus que jamais décisive. La DST et les Renseignements Généraux ont une véritable expertise en matière de contre-ingérence informatique et de sécurité des systèmes d'information. Leur regroupement au sein de la Direction Centrale du Renseignement Intérieur permettra de mettre en commun leurs compétences, ainsi que celles de la gendarmerie, pour mieux protéger nos entreprises. - Au plan local, les préfets de région doivent assurer la coordination des acteurs, et des informations qu'il s'agisse d'actions initiées au niveau local ou de remontées d'informations depuis le terrain. La nouvelle organisation de l'Etat territorial renforcera leur rôle interministériel, en étroite liaison avec les collectivités territoriales et les entreprises. - La création d'une délégation à la prospective et à la stratégie au sein du ministère permettra de perfectionner notre analyse prévisionnelle des enjeux dans le domaine économique et d'assurer la diffusion d'informations ciblées en lien direct avec les besoins opérationnels. - Nous devons repenser à plus long terme nos objectifs en matière d'intelligence économique. Dans la prolongation de l'excellent rapport de Bernard Carayon, j'ai demandé au Premier Ministre la nomination d'un parlementaire à mes côtés. Il sera chargé de proposer une définition de nos objectifs à l'horizon de dix à quinze ans, tant en matière de recherche du renseignement économique que de protection de nos innovations technologiques. Cette réflexion s'accompagnera d'une évaluation des moyens nécessaires à leur mise en œuvre. Mesdames, Messieurs, Je veux faire du ministère de l'Intérieur, un véritable ministère moderne de la sécurité intérieure, au service de la protection des Français. La lutte contre la cybercriminalité s'inscrit dans cette perspective. Face aux défis de l'insécurité numérique, elle nous oblige à formuler de nouvelles réponses, dans le strict respect des libertés individuelles. Le renforcement de notre politique d'intelligence économique répond à la même exigence. J'aurai bientôt l'occasion de développer, au-delà des pistes que je viens d'exposer, mon plan d'action en la matière. Votre soutien m'est indispensable. J'ai besoin de vos expériences, de vos talents et de votre mobilisation. Soyez assurés de ma détermination. Je vous remercie. http://www.interieur.gouv.fr/misill/sections/a_la_une/toute_l_actualite/securite-interieure/lutte-cybercriminalite/view Publié le : 14/02/2008 18:21 Plan de lutte contre la cybercriminalité Michèle Alliot-Marie, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales s'est rendue à l'Office Central de Lutte contre la Criminalité liée aux Technologies de l'Information de la Communication (OCLCTIC) à Nanterre pour se faire présenter la nouvelle plateforme de signalement des sites internet illicites. A cette occasion, le ministre a présenté son plan de lutte contre la cybercriminalité (lié à la lutte contre le terrorisme, la pédopornographie, les escroqueries en ligne,...). http://www.interieur.gouv.fr/sections/a_l_interieur/le_ministre/interventions/lutte-cybercriminalite 14.02.2008 - Lutte contre la cybercriminalité Intervention de Michèle ALLIOT-MARIE, Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales Mesdames et Messieurs, Internet connaît depuis vingt ans un développement spectaculaire. Dans la vie quotidienne, Internet, c'est d'abord plus de libertés. Plus de libertés pour les individus, qui se connectent chaque jour par millions, par-delà les frontières. Plus de libertés pour les entreprises, qui peuvent accéder à des marchés mondialisés. Internet, c'est aussi plus de menaces sur la sécurité. Escroquerie, faux mails, vols de numéros de cartes bancaires se sont rapidement répandus sur Internet. La pédopornographie et le trafic de stupéfiants y ont trouvé un moyen de propagation planétaire. Le terrorisme fait d'Internet un vecteur de propagande et un moyen de mettre sur pied des réseaux opérationnels. L'actualité nous le rappelle régulièrement. Dans ce domaine l'action est, je le sais, particulièrement difficile. Difficile, parce que nous sommes dans le domaine de l'immatériel. Difficile, parce que les techniques évoluent très rapidement. Je pense au développement récent de la vidéo sur Internet ou d'Internet sur nos téléphones. Difficile, parce que les sites Internet et les données auxquelles nous accédons proviennent souvent de serveurs hébergés dans d'autres pays. Pourtant, je ne crois pas en la fatalité. Le plan d'action que je vous présente aujourd'hui marque une nouvelle étape dans la lutte contre la cybercriminalité. Je tiens à remercier François JASPART, qui a conduit la mission "cybercriminalité et usage des technologies de la communication à des fins frauduleuses", pour sa contribution. Mon action repose sur une conviction très forte : pour qu'il y ait de la liberté, il faut de la sécurité. Face à la cybercriminalité, nous ne garantirons le plein exercice de la liberté des usagers et des citoyens qu'en nous en donnant les moyens adaptés. Il existe deux formes de cybercriminalité. L'une consiste dans l'atteinte aux réseaux. C'est le piratage, l'intrusion sur les sites, l'attaque d'un Système de Traitement Automatisé de Données. Nous disposons de l'arsenal législatif nécessaire à la lutte contre cette forme de cybercriminalité. La deuxième, en fort développement, utilise le réseau comme un terrain d'action. Je pense à l'escroquerie, aux contenus pédopornographique, racistes ou antisémites de certains sites, aux atteintes à la vie privée, à la diffusion de modes d'emploi d'explosifs. Pour nous donner les moyens d'une action plus forte et efficace, il faut d'abord améliorer notre connaissance de la cybercriminalité. Je souhaite que nous disposions rapidement d'outils statistiques fiables sur le phénomène. La mise en place d'un indicateur spécifique dans l'état 4001, sera bientôt possible, grâce au logiciel Ardoise et aux travaux menés par Alain BAUER. Il nous faut ensuite apprendre à travailler ensemble. La lutte contre la cybercriminalité fait partie d'une chaîne, comme toute action en matière de sécurité. La police et la gendarmerie en sont des acteurs essentiels, mais ils ne sont pas les seuls. Je me tournerai donc vers l'ensemble des acteurs concernés par la lutte contre la cybercriminalité. Je pense en premier lieu aux fournisseurs d'accès à Internet. J'entends engager avec eux un dialogue constructif sur les actions à mener en commun contre la cybercriminalité. Je souhaite une charte de bonnes pratiques améliorant la coopération avec les opérateurs de communications électroniques. La mission que dirige François JASPART en pilotera l'élaboration. Cette charte devra permettre le blocage des sites illicites comme la Norvège, qui possède un dispositif de blocage de sites pédophiles. Elle devra permettre l'accélération de la transmission des informations aux services de police et de gendarmerie. Au-delà des fournisseurs d'accès, ma démarche s'adresse à l'ensemble des acteurs de la chaîne : les hébergeurs de site, les opérateurs, les associations d'utilisateurs, dont les familles. La création d'une commission nationale de déontologie des services de communication au public en ligne est actuellement en préparation. Elle réunira les pouvoirs publics, les opérateurs et les associations d'usagers. Elle formulera des recommandations d'ordre déontologique, afin de garantir la protection des consommateurs et en particulier des enfants. Elle délivrera des labels de confiance. Pour que ce projet, qui concerne plusieurs ministères, voie le jour le plus vite possible, j'entends agir en liaison avec mon collègue Xavier BERTRAND. Pour réussir, nous devons être pragmatiques, utiliser tous les moyens nationaux comme internationaux. Nous avons aussi l'obligation de moderniser les moyens de la police et de la gendarmerie. La société évolue, la criminalité aussi. Nous devons faire preuve de réactivité, être toujours en avance sur la cybercriminalité. Il faut répondre aux nouvelles technologies par des instruments en constante adaptation. Je veux tout d'abord adapter notre législation aux pratiques contemporaines de la cybercriminalité. L'adaptation de notre législation passera d'abord par une modernisation plus globale de nos méthodes d'investigation. L'identification des utilisateurs d'Internet doit être facilitée. Je souhaite nous donner les moyens techniques et juridiques de le faire. Il faudra en particulier évoluer, dans le cadre de procédures judiciaires, vers la géolocalisation des utilisateurs d'Internet. Je souhaite donc établir les règles de coopération des acteurs de l'Internet avec les services concernés par la lutte contre la cybercriminalité. La loi anti-terrorisme de 2006 prévoit pour les cybercafés, entre autres, l'obligation de conserver à la disposition des autorités judiciaires les données de connexion pendant un an. Il faut clarifier cette disposition pour qu'elle puisse être applicable à l'ensemble des acteurs de l'Internet. Un décret détaillera pour chacun de ces acteurs la liste des catégories de données à conserver. Cette obligation pourra alors s'appliquer aux bornes d'accès Wifi, aux éditeurs de messagerie électronique, aux points d'accès dans les lieux publics. Par ailleurs, il convient d'autoriser sous contrôle du juge la captation à distance de données numériques se trouvant dans un ordinateur ou transitant par lui. Cette procédure concernera la criminalité organisée et figurera dans la future LOPSI. Elle permettra, par exemple, la captation de données au moment où elles s'affichent sur l'écran d'un pédophile ou d'un terroriste. L'adaptation du droit passera aussi par la création de nouvelles formes d'incrimination. Il est aujourd'hui possible d'utiliser à des fins malveillantes l'identité d'une personne physique ou morale sur Internet pour ouvrir des comptes de messagerie, pour accéder à un site, pour créer un site, pour envoyer des spams. Je veux que l'usurpation d'identité sur Internet soit punie par la loi comme un délit, passible d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. Cette disposition sera intégrée, elle aussi, à la LOPSI. En outre, le piratage doit faire l'objet de sanctions spécifiques. C'est pourquoi je proposerai la création de peines alternatives de travaux d'intérêt général pour les "hackers" condamnés. Ainsi, leurs réelles compétences en la matière pourront être nettement mieux utilisées au service de la collectivité. Cela passera aussi par la mise en œuvre d'une meilleure coopération internationale. La cybercriminalité ne connaît pas de frontières. Notre action ne peut se passer d'une coopération internationale approfondie. Prenons l'exemple de l'investigation en ligne. Souvent les pédophiles stockent des images illicites non pas sur leur propre ordinateur, mais sur des sites de stockage hébergés dans un autre pays. La perquisition à distance est donc devenue un instrument incontournable de sécurisation d'Internet. La coopération avec nos partenaires nous permettra d'élargir son champ d'application. La loi pour la sécurité intérieure de 2003 autorise les perquisitions sur un réseau informatique, tant que les systèmes informatiques concernés se trouvent situés sur le territoire national. L'exécution des commissions rogatoires internationales peuvent prendre beaucoup de temps. Assez pour que les données visées par l'enquête soient effacées. Je proposerai donc, lors de la présidence française de l'Union Européenne, la mise en place d'accords internationaux permettant la perquisition à distance informatique sans qu'il soit nécessaire de demander au préalable l'autorisation du pays hôte du serveur. Bien évidemment, comme toute perquisition, cette procédure s'effectuera sous contrôle du juge. Nous savons en outre que, sans vouloir stigmatiser quiconque et à titre d'exemple, de nombreux sites illicites sont domiciliés aux Etats-Unis, en Russie ou en Chine. Cela tient soit à la législation des pays, soit au fait que le nombre de sites hébergés dans ces pays est beaucoup plus élevé qu'en France. La Russie accepte maintenant plus volontiers de répondre à nos sollicitations, lorsque nous leur signalons des sites pédophiles, par exemple. Pour les Etats-Unis, avec qui nos relations sont permanentes sur ce sujet, la quantité de sites hébergés nécessite une procédure plus directe d'échanges d'informations. Je me rendrai prochainement aux Etats-Unis pour examiner les possibilités d'une coopération bilatérale avec nos partenaires américains. Pour lutter contre la délinquance en général et la cybercriminalité en particulier, les policiers et les gendarmes doivent être au moins au niveau technique des délinquants et, j'oserais dire, meilleurs que les hackers dont je parlais à l'instant. Il est donc impératif de faire évoluer en permanence les moyens humains et techniques dont nous disposons dans trois directions : la mutualisation, la formation, l'amélioration du signalement des sites illicites. Première direction, la mutualisation. J'insiste sur la nécessité, dans la lutte contre la cybercriminalité, de mutualiser les efforts des services de la police et de gendarmerie. L'Office Central de Lutte contre la Criminalité liée aux Technologies de l'Information et de la Communication regroupe policiers et gendarmes. Je veux renforcer son action, en créant en son sein un groupe dédié aux escroqueries sur Internet. Il permettra une centralisation opérationnelle. Ces escroqueries relèvent d'un mode opératoire techniquement de plus en plus élaboré. Leur résolution nécessite une forte compétence technique. L'expertise de ses agents permettra une action ciblée et un travail de concert avec les pays touchés par ce type de criminalité. La Grande Bretagne, par exemple, refuse de traiter des dossiers d'escroquerie sur Internet en-dessous d'un seuil de quelques milliers d'euros. Une coopération accrue avec nos amis britanniques permettra de mettre en évidence l'existence de réseaux organisés, responsables de préjudices globaux, et donc de traiter l'affaire. Plus généralement, il faut mutualiser les expériences et les savoirs-faires acquis par chacun des services impliqués dans cette lutte. Je pense, au sein de la police nationale, à la Brigade d'Enquête sur les Fraudes aux Technologies de l'Information (BEFTI) et à la Brigade de Faux Moyens de Paiement (BFMP) pour la Préfecture de Police, ou aux brigades spécialisées des directions interrégionales de police judiciaire. Au sein de la gendarmerie nationale, la lutte contre la cybercriminalité associe l'Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale (IRCGN), le Service Technique de Recherches Judiciaires et de Documentation (STRJD), et les sections territoriales de recherche de la gendarmerie nationale. Ces services effectuent déjà un travail remarquable. Je les en félicite. Nous irons encore plus loin en partageant au mieux les expériences acquises par chacun. Deuxième direction, la formation. • Je veux augmenter le nombre des personnels formés à la lutte contre la cybercriminalité. Je veux doubler le nombre de nos cyber-enquêteurs. Nous formerons deux fois plus d'Enquêteurs Spécialisés en Criminalité Informatique (ESCI) au sein de la Direction Centrale de la Police Judiciaire et d'enquêteurs en technologie numérique de la gendarmerie (N'TECH). Ces enquêteurs, qu'ils soient issus de la police ou de la gendarmerie, recevront une formation commune du plus haut niveau. Je souhaite en outre que nos Attachés de Sécurité Intérieure (ASI) soient sensibilisés à la lutte contre la cybercriminalité par le biais d'une formation spécifique. Nous pourrons ainsi établir un lien permanent avec les Etats qui font face au même problème. Nous pourrons également sensibiliser les Etats qui ne se sont pas encore dotés d'une législation adaptée. • La formation ne se réduit pas à mes yeux à une question de quantité. Elle est aussi une question de qualité. La formation à la lutte contre la cybercriminalité devra être encore plus pointue. J'établirai des partenariats avec les organismes de recherche publique et l'industrie française. Je veux accentuer l'implication de la police et de la gendarmerie dans les programmes de recherche et dans les pôles de recherche et de développement de l'industrie française. Dès juin 2008, je mettrai en place un réseau d'experts au sein de nos services pour définir des axes de recherche au profit des services opérationnels. Des cursus à vocation technologique seront créés au sein de la police nationale en partenariat avec l'université, comme il en existe déjà dans la gendarmerie. Troisième direction, l'amélioration du signalement des sites illicites. Les dispositifs de signalement de ces sites doivent mieux associer prévention et signalement. Nous disposons déjà d'une plate-forme automatisée pour le signalement des sites pédopornographique. Le signalement des autres types de sites illicites se fait pour l'instant de manière non automatisée. Ce dispositif a donné des résultats prometteurs. La plate-forme de signalement de l'Office Central de Lutte contre la Criminalité liée aux Technologies de l'Information et de la Communication compte aujourd'hui 8 policiers et gendarmes. Elle a traité près de 15 000 signalements. Elle en a orienté 308 vers des services de Police, de Gendarmerie et des Douanes, et 1552 vers Interpol. Elle a permis d'élucider un certain nombre de délits et facilité l'arrestation de plusieurs pédophiles violeurs. Je veux renforcer ce dispositif. Je vais créer en 2008 un site Internet de conseils et de prévention contre les contenus illicites d'Internet pour sensibiliser les utilisateurs d'Internet aux dangers de la cybercriminalité. Il donnera en outre aux internautes les moyens de signaler automatiquement toute forme de malversation constatée sur Internet : l'escroquerie sur Internet, mais aussi les sites pédopornographiques, l'apologie du terrorisme, l'incitation à la haine raciale. Le traitement des signalements se fera en temps réel. La police transmettra ensuite à la justice lorsque les faits seront caractérisés. Cette plate-forme sera opérationnelle dès septembre 2008. Je veux compléter ce dispositif national par un dispositif européen de signalement. Je souhaite que soit rapidement mise en place une plate-forme européenne de signalement des sites illicites. 17 pays d'Europe sont aujourd'hui dotés de systèmes de plate-forme de contenus illicites sur Internet. Chaque pays ayant sa propre législation, les systèmes sont tous différents. Je souhaite qu'une plate-forme européenne d'échanges d'informations sur la cybercriminalité soit mise en œuvre dans le cadre d'Europol. Je profiterai là aussi de la présidence française de l'Union Européenne pour y parvenir. Mesdames, Messieurs, Les progrès accomplis par la cybercriminalité mettent à l'épreuve notre réactivité. Vous l'avez compris, mon action sera ferme et résolue. Elle se fera en concertation avec l'ensemble des ministères concernés par la lutte contre la cybercriminalité. Je proposerai la création d'un comité interministériel d'investigations en matière de technologies de l'information et de la communication. La lutte contre la délinquance classique, comme la lutte contre la cybercriminalité, ne supporte aucune faiblesse. Mais, dans notre lutte contre la cybercriminalité, comme dans celle contre la délinquance ordinaire, nous ne saurions empiéter sur les libertés individuelles. Il ne s'agit pas de surveiller à la "Big Brother". Il s'agit de protéger les utilisateurs d'Internet. Mon ambition est de garantir aux internautes et à l'ensemble de nos concitoyens la pleine jouissance de leur droit à la sécurité. Cette liberté fondamentale est la condition de toutes les autres. Mon ambition est de donner à la police et de la gendarmerie tous les moyens pour faire face au défi de la cybercriminalité. Mon ambition est, en somme, de ne jamais laisser le dernier mot aux trafiquants, aux pédophiles et aux terroristes. Nous ferons usage de toutes nos armes contre ce fléau qu'est la cybercriminalité. Il en va de la sécurité des Français et, je le crois, des intérêts vitaux de la Nation. Je vous remercie.
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