28 Mar 08:36
[actus_l] Recommandation du Conseil de l'Europe sur les filtres internet
From: Bb! <bigband@...>
Subject: [actus_l] Recommandation du Conseil de l'Europe sur les filtres internet
Newsgroups: gmane.politics.activism.vie-privee.actu
Date: 2008-03-28 07:39:53 GMT
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Subject: [actus_l] Recommandation du Conseil de l'Europe sur les filtres internet
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Recommandation CM/Rec(2008)6 du Comité des Ministres aux Etats membres
sur les mesures visant Ă promouvoir le respect de la libertĂ© dâexpression et
dâinformation au regard des filtres internet
(adoptée par le Comité des Ministres le 26 mars 2008
lors de la 1022e réunion des Délégués des Ministres)
Le ComitĂ© des Ministres, conformĂ©ment Ă lâarticle 15.b du Statut du Conseil de
lâEurope,
ConsidĂ©rant que le but du Conseil de lâEurope est de rĂ©aliser une union plus
étroite entre ses membres afin de sauvegarder et de promouvoir les idéaux et
les principes qui sont leur patrimoine commun ;
Rappelant que les Etats parties Ă la Convention de sauvegarde des Droits de
lâHomme et des LibertĂ©s fondamentales (Convention europĂ©enne des Droits de
lâHomme, STE n° 5) se sont engagĂ©s Ă reconnaĂźtre Ă toute personne relevant de
leur juridiction les droits et libertés définis par la Convention ;
RĂ©affirmant lâattachement des Etats membres du droit fondamental Ă la libertĂ©
dâexpression, et de recevoir et de communiquer des informations et des idĂ©es
sans ingérence des autorités publiques et sans considération de frontiÚre, tel
que garanti par lâarticle 10 de la Convention europĂ©enne des Droits de
lâHomme ;
Conscient que toute intervention dâun Etat membre qui interdit lâaccĂšs Ă un
contenu spĂ©cifique de lâInternet pourrait constituer une restriction Ă la
libertĂ© dâexpression et dâaccĂšs Ă lâinformation dans lâenvironnement en ligne,
et quâune telle restriction devrait remplir les conditions de lâarticle 10,
paragraphe 2, de la Convention europĂ©enne des Droits de lâHomme ainsi que la
jurisprudence pertinente de la Cour europĂ©enne des Droits de lâHomme ;
Rappelant Ă cet Ă©gard la DĂ©claration sur les droits de lâhomme et lâEtat de
droit dans la sociĂ©tĂ© de lâinformation, adoptĂ©e par le ComitĂ© des Ministres le
13 mai 2005, aux termes de laquelle les Etats membres doivent préserver et
renforcer les mesures juridiques et pratiques pour éviter la censure par
lâEtat ou le secteur privĂ© ;
Rappelant la Recommandation Rec(2007)11 du Comité des Ministres aux Etats
membres sur la promotion de la libertĂ© dâexpression et dâinformation dans le
nouvel environnement de lâinformation et de la communication, qui encourage
les Etats membres, le secteur privé et la société civile à développer des
normes et des stratĂ©gies communes pour promouvoir la transparence et la mise Ă
disposition dâinformations, de conseils et dâassistance aux utilisateurs
individuels de technologies et de services, concernant, entre autres, le
blocage de lâaccĂšs et le filtrage des contenus et services par rapport Ă la
liberté de recevoir ou de communiquer des informations ;
Notant que le recours volontaire et responsable aux filtres internet
(produits, systĂšmes et mesures permettant de bloquer ou de filtrer le contenu
de lâInternet) peut accentuer la confiance et la sĂ©curitĂ© sur Internet des
utilisateurs, en particulier des enfants et des jeunes, mais également
conscient que lâutilisation de ces filtres internet peut avoir un impact sur
le droit Ă la libertĂ© dâexpression et Ă lâaccĂšs Ă lâinformation, tel que
protĂ©gĂ© par lâarticle 10 de la Convention europĂ©enne des Droits de lâHomme ;
Rappelant la Recommandation Rec(2006)12 du Comité des Ministres sur la
responsabilisation et lâautonomisation des enfants dans le nouvel
environnement de lâinformation et de la communication, qui souligne
lâimportance des stratĂ©gies pour lâinfocompĂ©tence et pour la formation Ă
lâinformation destinĂ©es aux enfants afin de leur permettre de mieux comprendre
et traiter les contenus (par exemple la violence sur autrui ou sur soi-mĂȘme,
la pornographie, la discrimination et le racisme) et les comportements (tels
que la sollicitation, lâintimidation, le harcĂšlement ou la persĂ©cution) qui
prĂ©sentent un risque dâeffets prĂ©judiciables, encourageant ainsi un climat de
confiance, de bien-ĂȘtre et de respect dâautrui dans le nouvel environnement de
lâinformation et de la communication ;
Convaincu de la nécessité de veiller à ce que les internautes connaissent,
comprennent et sachent utiliser, adapter et contrĂŽler les filtres en fonction
de leurs besoins respectifs ;
Rappelant la Recommandation Rec(2001)8 du Comité des Ministres sur
lâautorĂ©gulation des cyber-contenus (lâautorĂ©gulation et la protection des
utilisateurs contre les contenus illicites ou préjudiciables diffusés sur les
nouveaux services de communication et dâinformation), qui prĂ©conise une
labellisation neutre des contenus donnant aux utilisateurs la possibilité de
se faire leur propre jugement de valeur sur ces contenus, ainsi que la mise au
point dâune large gamme dâoutils de recherche et de profils de filtrage qui
leur donnent, sur la base de descripteurs de contenus, la possibilité de
sélectionner des contenus ;
Conscient de la valeur de service public de lâInternet, comprise comme Ă©tant
le fait pour les personnes de compter de maniĂšre significative sur lâInternet
comme un outil essentiel pour leurs activités quotidiennes (communication,
information, savoir, transactions commerciales, loisirs) et de lâattente
lĂ©gitime qui en dĂ©coule que les services de lâInternet soient accessibles et
abordables financiÚrement, sécurisés, fiables et continus, et rappelant sur ce
point la Recommandation Rec(2007)16 du Comité des Ministres sur des mesures
visant Ă promouvoir la valeur de service public dâInternet ;
Rappelant la Déclaration du Comité des Ministres du 28 mai 2003 sur la liberté
de la communication sur l'Internet, qui souligne que les autorités publiques
ne devraient pas, au moyen de mesures générales de blocage ou de filtrage,
refuser l'accĂšs du public Ă l'information et autres communications sur
l'Internet, sans considĂ©ration de frontiĂšre, mais que cela n'empĂȘche pas
l'installation de filtres pour la protection des mineurs, notamment dans des
endroits accessibles aux mineurs tels que les écoles ou les bibliothÚques ;
RĂ©affirmant lâattachement des Etats membres au droit quâa chacun Ă la vie
privĂ©e et au respect de la correspondance, tel que protĂ©gĂ© par lâarticle 8 de
la Convention europĂ©enne des Droits de lâHomme, et rappelant la Convention
pour la protection des personnes à l'égard du traitement automatisé des
données à caractÚre personnel (STE n° 108) et son Protocole additionnel sur
les autorités de contrÎle et les flux transfrontiÚres de données (STE n° 181)
ainsi que la Recommandation no R (99) 5 du Comité des Ministres sur la
protection de la vie privée sur Internet,
Recommande aux Etats membres dâadopter des normes et des stratĂ©gies communes
en matiĂšre de filtres internet afin de promouvoir le plein exercice et la
pleine jouissance de la libertĂ© dâexpression et dâinformation et des autres
droits et libertés relatifs, contenus dans la Convention européenne des Droits
de lâHomme, en particulier :
â en prenant des mesures en ce qui concerne les filtres internet conformĂ©ment
aux lignes directrices figurant en annexe à la présente recommandation ;
â en portant ces lignes directrices Ă la connaissance de tous les acteurs
concernés des secteurs privé et public, notamment ceux qui conçoivent,
utilisent (installent, activent, dĂ©sactivent et mettent en Ćuvre) et
contrĂŽlent les filtres internet, et de la sociĂ©tĂ© civile, afin quâils puissent
contribuer Ă leur mise en Ćuvre.
Annexe Ă la Recommandation CM/Rec(2008)6
Lignes directrices
I. Utilisation et contrĂŽle des filtres internet pour exercer et jouir
pleinement de la libertĂ© dâexpression et dâinformation
Il est essentiel que les internautes connaissent, comprennent et sachent
utiliser les filtres internet pour pouvoir exercer pleinement leurs libertés
et leurs droits fondamentaux dont, notamment, la libertĂ© dâexpression et
dâinformation, et prendre une part active aux processus dĂ©mocratiques.
Lorsquâun utilisateur est confrontĂ© Ă un filtre, il doit ĂȘtre informĂ© quâun
filtre est activĂ© et, sâil y a lieu, il doit savoir reconnaĂźtre et contrĂŽler
le niveau de filtrage auquel est soumis le contenu quâil consulte. Il devrait,
en outre, avoir la possibilité de contester le blocage ou le filtrage du
contenu, et de demander des explications et la mise en place de solutions.
En coopération avec le secteur privé et la société civile, les Etats membres
devraient veiller à ce que les utilisateurs soient informés des filtrages
actifs en place et, sâil y a lieu, Ă ce quâils soient capables de les activer
et de les désactiver ou d'en modifier le niveau. Les mesures en ce sens sont
notamment les suivantes :
i. développer et encourager un degré minimal de connaissances pour les
utilisateurs afin quâils sachent repĂ©rer les filtres actifs et quâils
comprennent comment et selon quels critĂšres le filtrage opĂšre (par exemple
listes noires, listes blanches, blocage de mots clés, classement du contenu,
etc., ou une combinaison de plusieurs de ces critĂšres) ;
ii. assurer aux utilisateurs un minimum dâinformations, ces informations Ă©tant
définies par des normes, expliquant pourquoi tel ou tel contenu a été filtré ;
iii. revoir et mettre Ă jour rĂ©guliĂšrement les filtres afin dâamĂ©liorer leur
efficacitĂ©, leur proportionnalitĂ© et leur lĂ©gitimitĂ© par rapport Ă lâobjectif
quâils poursuivent ;
iv. fournir des informations et des conseils clairs et concis sur le
contournement manuel dâun filtre actif, Ă savoir lâinstance Ă contacter quand
le blocage dâun contenu sâavĂšre injustifiĂ© et les motifs qui peuvent autoriser
le contournement dâun filtre pour un type spĂ©cifique de contenu ou
localisateur universel de ressources (Uniform Resource Locator â URL) ;
v. veiller à ce que les contenus filtrés par mégarde ou par erreur deviennent
accessibles sans difficulté indue et dans un délai raisonnable ;
vi. promouvoir des initiatives de sensibilisation des personnes qui
conçoivent, utilisent et suivent les filtres, à leurs responsabilités sociales
et Ă©thiques, en mettant lâaccent sur la libertĂ© dâexpression et dâinformation,
et sur le droit à la vie privée, ainsi que sur la participation active à la
vie publique et aux processus démocratiques ;
vii. sensibiliser aux limites potentielles Ă la libertĂ© dâexpression et
dâinformation et au droit Ă la vie privĂ© qui peuvent rĂ©sulter de lâutilisation
de filtres, et à la nécessité de respecter le principe de proportionnalité de
ces limites ;
viii. faciliter lâĂ©change dâexpĂ©riences et de bonnes pratiques concernant la
conception, lâutilisation et le contrĂŽle des filtres ;
ix. encourager lâorganisation de formations Ă lâattention des administrateurs
de rĂ©seau, des parents, des Ă©ducateurs et des autres personnes appelĂ©es Ă
utiliser et Ă contrĂŽler des filtres ;
x. promouvoir et accompagner les initiatives existantes en faveur dâune
utilisation des filtres responsable et respectueuse des droits de lâhomme, de
la dĂ©mocratie et de lâEtat de droit ;
xi. encourager la définition de normes et de références en matiÚre de filtres,
afin dâaider les internautes Ă choisir et Ă utiliser au mieux ces produits.
Dans ce contexte, il est souhaitable que la sociĂ©tĂ© civile soit encouragĂ©e Ă
sensibiliser les utilisateurs aux avantages et aux dangers potentiels des
filtres. Cela devrait inclure la promotion de lâimportance dâun accĂšs libre et
non entravĂ© Ă lâInternet afin que tous ses utilisateurs exercent et jouissent
pleinement de leurs droits de lâhomme et de leurs libertĂ©s fondamentales, en
particulier le droit Ă la libertĂ© dâexpression et dâinformation, et le droit Ă
la vie privée, ainsi que de leur droit à participer activement à la vie
publique et aux processus démocratiques.
II. Mise en place dâun filtrage appropriĂ© pour les enfants et les jeunes
LâInternet a fait augmenter de maniĂšre significative le nombre et la diversitĂ©
des idĂ©es, des informations et des opinions pouvant ĂȘtre reçues et
communiquĂ©es par les personnes conformĂ©ment au droit Ă la libertĂ© dâexpression
et dâinformation sans ingĂ©rence de la part des pouvoirs publics et sans
considération de frontiÚre. ParallÚlement, la quantité de contenus faciles
dâaccĂšs et potentiellement nuisibles, en particulier pour les enfants et les
jeunes, sâen est trouvĂ©e accrue. Pour satisfaire le souhait lĂ©gitime et le
devoir des Etats membres de mettre les enfants et les jeunes Ă lâabri de
contenus potentiellement prĂ©judiciables, lâutilisation proportionnĂ©e de
filtres peut ĂȘtre une façon appropriĂ©e dâencourager lâaccĂšs Ă lâInternet et la
confiance lors de son utilisation, en complément des autres stratégies pour
combattre les contenus prĂ©judiciables comme le dĂ©veloppement et la mise Ă
disposition dâune culture de lâinformation.
Dans ce contexte, les Etats membres devraient :
i. faciliter le développement de stratégies visant à identifier les contenus
risquant de nuire aux enfants et aux jeunes, en tenant compte de la diversité
des cultures, des valeurs et des opinions ;
ii. coopĂ©rer avec le secteur privĂ© et la sociĂ©tĂ© civile afin dâĂ©viter de
surprotéger les enfants et les jeunes, entre autres en soutenant la recherche
et développement autour de systÚmes de filtrage « intelligents », qui
devraient prendre dâavantage en compte le contexte dans lequel lâinformation
est fournie (par exemple en faisant la différence entre un contenu
préjudiciable en soi et des références acceptables à ce contenu comme sur un
site scientifique) ;
iii. faciliter et promouvoir les initiatives qui assistent les parents et les
Ă©ducateurs Ă choisir et Ă utiliser des filtres Ă©volutifs et adaptĂ©s Ă lâĂąge
des enfants et des jeunes ;
iv. informer les enfants et les jeunes, dans le cadre de stratégies formelles
et non formelles dâĂ©ducation aux mĂ©dias, des avantages et des dangers des
contenus de lâInternet et de leur filtrage.
En outre, le secteur privĂ© devrait ĂȘtre incitĂ© :
i. à mettre au point des filtres « intelligents » offrant un filtrage évolutif
et adaptĂ© Ă lâĂąge, qui peut ĂȘtre ajustĂ© pour suivre le progrĂšs et lâĂąge de
lâenfant tout en garantissant que ne soient pas filtrĂ©s les contenus non
considérés comme nuisibles ou inappropriés pour le groupe cible ;
ii. Ă coopĂ©rer avec les instances dâautorĂ©gulation et de corĂ©gulation afin de
dĂ©velopper des normes en matiĂšre de systĂšmes Ă©volutifs et adaptĂ©s Ă lâĂąge de
classement des contenus potentiellement nuisibles, en tenant compte de la
diversité des cultures, des valeurs et des opinions ;
iii. à développer, en coopération avec la société civile, une labellisation
commune des filtres afin dâaider les parents et les Ă©ducateurs Ă faire des
choix en toute connaissance de cause lors de lâacquisition des produits de
filtrage, et de certifier que ceux-ci se conforment Ă certaines exigences de
qualité ;
iv. Ă promouvoir lâinteropĂ©rabilitĂ© des systĂšmes dâautoclassification des
contenus par les fournisseurs eux-mĂȘmes et Ă aider Ă mieux faire connaĂźtre les
avantages et les dangers potentiels de ce type de classification.
Enfin, la sociĂ©tĂ© civile devrait ĂȘtre incitĂ©e :
i. à débattre et à partager ses expériences et sa connaissance en matiÚre
dâĂ©valuation et de sensibilisation au dĂ©veloppement et Ă lâutilisation de
filtres en tant que mesure de protection des enfants et des jeunes ;
ii. Ă contrĂŽler rĂ©guliĂšrement et Ă analyser lâusage et lâimpact des filtres
destinés aux enfants et aux jeunes en ce qui concerne leur efficacité et leur
contribution Ă lâexercice et Ă la jouissance des droits et libertĂ©s garantis
par lâarticle 10 et les autres dispositions de la Convention europĂ©enne des
Droits de lâHomme.
III. Utilisation et mise en Ćuvre de filtres internet par les secteurs public
et privé
Sans prĂ©judice de lâimportance de la responsabilisation et lâautonomisation
des utilisateurs au fonctionnement et au contrÎle des filtres, comme expliqué
plus haut, et compte tenu de la large valeur de service public revĂȘtue par
Internet pour le grand public, les entités publiques de tous les niveaux
(telles que les administrations, les bibliothÚques ou les établissements
dâenseignement publics) qui introduisent des filtres ou les utilisent dans
leurs prestations de services devraient veiller au plein respect de la liberté
dâexpression et dâinformation, du droit de chacun Ă la vie privĂ©e et au
respect de la correspondance de chaque utilisateur.
Dans ce contexte, les Etats membres devraient :
i. sâabstenir de filtrer le contenu de lâInternet sur les rĂ©seaux de
communication électroniques gérés par des entités publiques pour des raisons
autres que celles exposĂ©es Ă lâarticle 10, paragraphe 2, de la Convention
europĂ©enne des Droits de lâHomme tel quâinterprĂ©tĂ© par la Cour europĂ©enne des
Droits de lâHomme ;
ii. garantir que les mesures générales de blocage ou de filtrage sur tout le
territoire ne sont introduites par lâEtat que si les conditions Ă©noncĂ©es Ă
lâarticle 10, paragraphe 2, de la Convention europĂ©enne des Droits de lâHomme
sont remplies. De telles mesures Ă©tatiques ne devraient ĂȘtre prises que si le
filtrage concerne un contenu spécifique et clairement identifiable, une
autoritĂ© nationale compĂ©tente a pris une dĂ©cision au sujet de lâillĂ©galitĂ© de
ce contenu et la dĂ©cision peut ĂȘtre réétudiĂ©e par un tribunal ou entitĂ© de
régulation indépendant et impartial, en accord avec les dispositions de
lâarticle 6 de la Convention europĂ©enne des Droits de lâHomme ;
iii. introduire, si nécessaire et approprié, des dispositions nationales pour
la prĂ©vention des abus intentionnels des filtres pour restreindre lâaccĂšs des
citoyens aux contenus légaux ;
iv. veiller à ce que tous les filtres soient évalués avant et pendant leur
mise en Ćuvre, afin de vĂ©rifier que les effets du filtrage sont en adĂ©quation
avec lâobjectif de la restriction et donc justifiĂ©s dans une sociĂ©tĂ©
dĂ©mocratique, afin dâĂ©viter tout blocage excessif des contenus ;
v. prévoir des voies de recours et des solutions effectives et facilement
accessibles, dont la suspension des filtres, dans les cas oĂč les usagers et/ou
les auteurs de contenus dĂ©noncent quâun contenu a Ă©tĂ© bloquĂ© abusivement ;
vi. éviter le blocage général des contenus choquants ou préjudiciables pour
les utilisateurs ne faisant pas partie du groupe quâun filtre vise Ă protĂ©ger,
ainsi que le blocage général des contenus illicites pour les utilisateurs
pouvant attester du intĂ©rĂȘt ou de la nĂ©cessitĂ© lĂ©gitime dây accĂ©der dans des
circonstances exceptionnelles, notamment Ă des fins de recherche ;
vii. veiller à ce que le droit à la vie privée et au respect de la
correspondance soit respectĂ© lors de lâutilisation et de lâapplication de
filtres, et veiller à ce que les données personnelles enregistrées, archivées
et traitées via les filtres soient utilisées uniquement dans un but légitime
et non commercial.
En outre, les Etats membres et le secteur privé sont invités :
i. Ă Ă©valuer et Ă réétudier rĂ©guliĂšrement lâefficacitĂ© de la mise en place de
filtres, et son caractĂšre proportionnel ;
ii. à renforcer les informations et les conseils aux utilisateurs concernés
par des filtres sur des réseaux privés, informations portant notamment sur
lâexistence de filtres et les raisons qui peuvent les justifier ainsi que sur
les critĂšres de fonctionnement des filtres ;
iii. à coopérer avec les utilisateurs (clients, employés, etc.) afin
dâamĂ©liorer la transparence, lâefficacitĂ© et le caractĂšre proportionnel des
filtres.
Dans ce contexte, la sociĂ©tĂ© civile devrait ĂȘtre encouragĂ©e Ă suivre le
développement et la mise en place des filtres par les principales parties
prenantes, du secteur public comme du secteur privé. Elle devrait, le cas
échéant, appeler les Etats membres et le secteur privé à , respectivement,
garantir et faciliter la libertĂ© dâexpression et dâinformation de chaque
utilisateur, en particulier sâagissant de sa libertĂ© de recevoir des
informations sans ingérence de la part des pouvoirs publics et sans
considĂ©ration de frontiĂšre dans le nouvel environnement de lâinformation et de
la communication.
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CM(2008)37 add 26 février 20081
ââââââââââââââ
1022 Réunion, 26 mars 2008
5 Media
5.1 Comité directeur sur les médias et les nouveaux services de communication
(CDMC) a. Projet de Recommandation CM/Rec(2008)⊠du Comité des Ministres aux
Etats membres sur les mesures visant à promouvoir le respect de la liberté
dâexpression et dâinformation au regard des filtres internet â Rapport du
Groupe de spĂ©cialistes sur les droits de lâhomme dans la sociĂ©tĂ© de
lâinformation (MC S IS) sur lâutilisation et lâimpact des mesures de filtrage
technique pour divers types de contenus dans lâenvironnement numĂ©rique2
Pour examen par le GR-H lors de sa réunion du 18 mars 2008
ââââââââââââââ
I. Introduction
Contexte
1. En 2005, les ministres participant à la 7e Conférence ministérielle
européenne sur la politique des communications de masse ont adopté, entre
autres, une RĂ©solution sur les droits de lâhomme dans la sociĂ©tĂ© de
lâinformation dans laquelle ils « rĂ©affirment leur engagement⊠à supprimer,
lorsque cela est techniquement réalisable, tout obstacle à la libre
circulation de lâinformation Ă travers les nouveaux services de communication
» et dans le mĂȘme temps « sâengagent, conscients de lâimportance de la
protection des mineurs, à renforcer leurs efforts et leur coopération en vue
de minimiser les risques que la diffusion de contenus préjudiciables sur les
nouveaux services de communication pose pour eux »3.
2. Lors de la 985e réunion des Délégués des Ministres le 31 janvier 2007, le
Comité des Ministres a pris note du mandat du Groupe de spécialistes sur les
droits de lâhomme dans la sociĂ©tĂ© de lâinformation (MC-S-IS) consistant Ă
rĂ©diger un « rapport sur lâutilisation et les effets des mesures de filtrage
technique pour divers types de contenus dans lâenvironnement numĂ©rique,
notamment au regard de lâarticle 10 de la Convention europĂ©enne des Droits de
lâHomme et, si besoin est, [de faire] des propositions concrĂštes (par exemple
sous la forme dâun projet dâinstrument normatif) pour de nouvelles actions en
ce domaine ».
3. Le prĂ©sent rapport a Ă©tĂ© Ă©laborĂ© afin dâexaminer et de mieux comprendre
lâutilisation et les effets des mesures de filtrage technique , au regard en
particulier du droit Ă la libertĂ© dâexpression et droit de recevoir et de
communiquer des informations ou des idĂ©es tel quâils sont garantis par
lâarticle 10 de la Convention de Sauvegarde des Droits de lâHomme et des
Libertés fondamentales (également désignée par Convention européenne des
Droits de lâHomme ou CEDH).
4. Ce rapport offre une base sur laquelle le MC-S-IS peut, sâil lâestime
pertinent, proposer et développer des actions concrÚtes telles que
lâĂ©laboration de lignes directrices de bonnes pratiques relativement Ă la
protection de la libertĂ© dâexpression et dâinformation en matiĂšre
dâapplication de mesures de filtrage technique.
5. Il devrait ĂȘtre notĂ© que le but de ce rapport nâest pas de proposer des
dĂ©finitions des types de contenu devant ĂȘtre classĂ©s comme Ă©tant illĂ©gaux
et/ou préjudiciables dans les lois nationales des Etats membres du Conseil de
lâEurope. Lâobjectif poursuivi est dâĂ©laborer une base pour la formulation de
principes et de ligne directrices pour assurer que les mesures de filtrage
soient conçues et appliquĂ©es dâune maniĂšre qui respecte la libertĂ©
dâexpression et dâinformation.
Comprendre les mesures de filtrage technique
6. Une mesure de filtrage technique peut ĂȘtre dĂ©finie largement comme
lâapplication dâune limite technique Ă lâaccĂšs aux contenus Internet. Comme
expliqué plus loin en détails, les mesures de filtrage technique sont des
applications logicielles permettant le blocage de lâaccĂšs et le filtrage de
contenus illicites, prĂ©judiciables ou inappropriĂ©s, que lâon peut afficher ou
tĂ©lĂ©charger Ă lâaide dâun navigateur Web ou dâune application Internet.
7. En prenant cette définition comme point de départ, il est possible de
distinguer deux catégories de filtrage technique : les mesures de filtrage
rĂ©sultant de lâintervention de lâEtat et produits de filtrage fournis par des
acteurs du secteur privé.
Mesures de filtrage rĂ©sultant dâune intervention de lâEtat
La premiĂšre catĂ©gorie comprend les mesures de filtrage mises en place suite Ă
une intervention de lâEtat, par exemple lorsquâun prestataire de services
Internet (un fournisseur dâaccĂšs Ă Internet ou « FAI ») se voit contraint par
dĂ©cision de justice de restreindre lâaccĂšs Ă un domaine spĂ©cifique ou Ă un
serveur vĂ©hiculant des contenus illicites. Les interventions de lâEtat font
généralement suite à la qualification de contenus comme illicites (par exemple
dans le cas de la pornographie enfantine4) ou illégalement distribués (par
exemple dans le cas de contenus protĂ©gĂ©s par droit dâauteur5).
Produits de filtrage fournis par des acteurs du secteur privé
La seconde catégorie comprend les divers produits de filtrage pouvant
sâinstaller sur lâordinateur personnel dâun utilisateur ou, par exemple, sur
un rĂ©seau dâentreprise. Ces produits sont mis Ă la disposition des acteurs du
secteur public et privé (parents, écoles, universités, bibliothÚques,
entreprises, etc.) par des fournisseurs du secteur privé pour leur permettre
de prĂ©sĂ©lectionner certains types de contenus ou dâen bloquer lâaccĂšs. La
restriction dâaccĂšs ne rĂ©sulte donc pas ici dâune procĂ©dure administrative ni
dâune dĂ©cision de justice du fait de lâillĂ©galitĂ© de contenus mais de la
dĂ©cision dâun acteur public ou privĂ© reposant sur la nĂ©cessitĂ© de protĂ©ger des
utilisateurs finaux contre certains contenus et de leur en bloquer lâaccĂšs. A
la diffĂ©rence des interventions de lâEtat mentionnĂ©es ci-dessus, le recours
aux produits de filtrage nâa pas pour unique fin de bloquer ou de filtrer des
contenus illicites mais est susceptible de restreindre lâaccĂšs Ă des contenus
légaux bien que potentiellement préjudiciables pour des utilisateurs concernés.
8. Toute intervention de lâEtat en vue de bloquer ou de filtrer lâaccĂšs Ă des
sites Internet spécifiques est susceptible de constituer une restriction à la
libertĂ© dâexpression et dâaccĂšs Ă lâinformation dans lâenvironnement numĂ©rique
et doit remplir les conditions Ă©noncĂ©es Ă lâarticle 10, paragraphe 2, de la
Convention europĂ©enne des Droits de lâHomme6. Il dĂ©coule de ceci que
lâapplication de la premiĂšre catĂ©gorie de filtrage (voir ci-dessus) doit ĂȘtre
prĂ©vue par la loi, correspondre Ă lâun des critĂšres de lĂ©gitimitĂ© dĂ©finis Ă
lâarticle 10.2 et ĂȘtre nĂ©cessaire dans une sociĂ©tĂ© dĂ©mocratique.
9. Lâutilisation des produits de filtrage disponibles auprĂšs dâacteurs privĂ©s
est susceptible de restreindre la capacité des auteurs de contenu ainsi que
des utilisateurs de communiquer et de recevoir des informations et des idées
par le biais de sites Internet, de blogs, de forums, etc. Ces restrictions,
dans la mesure oĂč elles rĂ©sultent de la dĂ©cision dâacteurs non Ă©tatiques, ne
sont pas directement soumises aux exigences de lâarticle 10.2 de la Convention
europĂ©enne des Droits de lâHomme. Il convient de faire remarquer nĂ©anmoins
que, selon la jurisprudence de la Cour europĂ©enne des droits de lâhomme,
lâEtat, en tant quâ« ultime garant du pluralisme », a lâobligation positive de
garantir lâexercice des droits Ă©noncĂ©s Ă lâarticle 10 de la Convention
europĂ©enne des Droits de lâHomme.7
10. Etant donné les différences entre les deux catégories de filtrage et le
fait que la protection des droits de lâhomme est solidement encadrĂ©e en ce qui
concerne tout filtrage imposĂ© par lâEtat, le prĂ©sent rapport se concentrera
davantage sur lâutilisation et les effets de tels produits de filtrage
disponibles auprĂšs dâacteurs privĂ©s.
Moteurs de recherche
11. ParallĂšlement aux produits de filtrage, il existe de bonnes raisons pour
demander lâinclusion des moteurs de recherche parmi les filtres du secteur
privĂ©. Aujourdâhui, la plupart des internautes utilisent un moteur de
recherche lorsquâils ont besoin de rechercher rapidement les informations qui
satisferont leurs besoins. Le moteur de recherche joue donc un rĂŽle de
contrĂŽleur dâaccĂšs du fait quâil sĂ©lectionne les informations parvenant Ă
lâutilisateur et dĂ©termine la forme sous laquelle elles lui parviennent ; un
rĂŽle dâautant plus important que, comme câest le cas actuellement, le marchĂ©
des moteurs de recherche est dominé par un seul fournisseur. La façon dont ce
moteur de recherche affiche les rĂ©sultats et lâordre de prioritĂ© dans lequel
ils apparaissent influence le type et la nature des informations reçues par
lâutilisateur.
12. Cependant, il se peut quâun site Web non identifiĂ© par le moteur de
recherche ou qui nâapparaisse que dans les derniĂšres pages de rĂ©sultats soit
plus aisĂ©ment accessible via dâautres moteurs de recherche, voire directement
sans moteur de recherche. Les effets filtrants des moteurs de recherche sont
donc plus indirects que ceux des produits de filtrage.
13. De plus, du moins à premiÚre vue, le but visé par les moteurs de recherche
diffĂšre de celui des produits de filtrage. Alors que les produits de filtrage
visent Ă protĂ©ger lâutilisateur contre des contenus illicites, prĂ©judiciables
ou inappropriĂ©s, les moteurs de recherche visent Ă fournir Ă lâutilisateur un
accĂšs rapide aux informations les plus susceptibles de correspondre Ă ses
souhaits tels quâexprimĂ©s par les termes de recherche.
14. En tout état de cause, les fonctions des moteurs de recherche diffÚrent de
celles des produits de filtrage de plusieurs maniĂšres ; il sâagit lĂ de
phénomÚnes complexes qui demanderaient une étude à part.
15. Etant donné les caractéristiques particuliÚres des moteurs de recherche,
ceux-ci ne seront pas étudiés plus avant dans ce rapport. Cependant, les
conclusions établies ici valent pour les fournisseurs de moteurs de recherche
dans la mesure oĂč ils sont Ă©galement des utilisateurs de mesures de filtrage8.
Dans le mĂȘme temps, il convient de noter quâau moins certaines lignes
directrices identifiées dans ce rapport pourraient probablement servir pour
des lignes directrices similaires concernant les moteurs de recherche.
II. Utilisation des mesures de filtrage technique
16. La section suivante contient une description de lâutilisation et du
fonctionnement pratique des mesures de filtrage technique en fonction du
contenu filtré, de la méthode de filtrage utilisée, des applications Internet
filtrĂ©es et des contextes et institutions oĂč ces filtres sâappliquent.
Types de contenus filtrés
17. Les produits de filtrage limitent lâaccĂšs aux contenus Internet jugĂ©s
inappropriĂ©s dans une situation donnĂ©e. Ils visent principalement Ă
restreindre lâusage dâInternet par un utilisateur pour lui Ă©viter se trouver
exposé par inadvertance à des contenus préjudiciables (un enfant par exemple)
ou de lâempĂȘcher dâaccĂ©der dĂ©libĂ©rĂ©ment Ă des contenus illicites,
préjudiciables ou répréhensibles. Les types de contenu illégaux ou
prĂ©judiciables qui pourraient faire lâobjet dâun filtrage ne sont pas
identiques dans tous les Etat membres du Conseil de lâEurope et varient en
fonction des lois nationales et des traditions sociales et culturels des ces
différents Etats membres.
18. Ceci inclut les contenus Ă caractĂšre pornographique, les contenus violents
et ceux incitant à la haine ou encourageant les activités illégales
(consommation de drogue, fabrication de bombes, consommation dâalcool pour les
mineurs, jeux dâargent, violence, piratage de logiciels, atteinte Ă
lâintĂ©gritĂ© physique de sa propre personne, etc.)9.
19. Les produits de filtrage sont Ă©galement utilisĂ©s pour bloquer lâaccĂšs Ă
des contenus protĂ©gĂ©s par droit dâauteur et illĂ©galement distribuĂ©s. Par
exemple, la firme Audible Magic a développé une technologie de filtrage de
contenu vidĂ©o quâutilise le site Web social populaire MySpace pour bloquer les
contenus sous droits dâauteur que des internautes tenteraient de publier sur
ce site.
20. ParallÚlement, les produits de filtrage servent également à restreindre
lâaccĂšs aux sites susceptibles de dĂ©tourner lâutilisateur (par exemple un
Ă©tudiant ou un employĂ©) de son travail ou Ă lâempĂȘcher dâutiliser lâordinateur
Ă dâautres fins que celles prĂ©vues.
Méthodes de filtrage employées
21. Les produits de filtrage combinent plusieurs méthodes de blocage et de
filtrage que nous classerons en six catégories principales :
- filtrage au niveau de lâURL ;
- filtrage par adresse IP ;
- filtrage par protocole ;
- filtrage par mot-clé ;
- filtrage sur la base de la certification et de lâĂ©valuation du
contenu ;
- Analyse intelligente de contenu (phrases, images).
22. Le filtrage des URL fonctionne par comparaison de lâURL recherchĂ©e par
lâutilisateur avec celles dâune liste prĂ©dĂ©finie intĂ©grĂ©e au produit de
filtrage. Il existe deux variantes Ă ce modĂšle. Lâune consiste Ă prĂ©dĂ©finir
une liste noire ou dâexclusion comportant toutes les URL de contenu non
autorisĂ©. Si une page Web correspond Ă une entrĂ©e de la liste, lâutilisateur
sâen voit refuser lâaccĂšs. Lâautre variante fonctionne selon le principe
inverse, câest-Ă -dire au moyen dâune liste blanche ou dâinclusion comportant
toutes les URL autorisées. Ces listes sont établies par le fournisseur du
produit de filtrage ou par une société tierce. Bien que dans certains cas,
lâutilisateur ait la possibilitĂ© de modifier la liste et de la complĂ©ter, la
transparence du processus de filtrage utilisant listes des URL nâest pas
toujours complĂšte, en particulier si lâactualisation des listes est une
activité commerciale. Le filtrage URL nécessité de mettre constamment les
listes Ă jour.
23. Le filtrage par adresses IP fonctionne de façon similaire et est confronté
des inconvĂ©nients similaires, lâadresse IP remplaçant lâURL. Ce type de
filtrage est surtout utilisĂ© pour bloquer lâaccĂšs Ă des listes noires
dâadresses IP. Le filtrage IP est susceptible de donner lieu au blocage
excessif dĂ» au partage dâadresses IP, Ă©tant donnĂ© quâune adresse IP peut
correspondre aux URL de trĂšs nombreux sites Web hĂ©bergĂ©s sur le mĂȘme serveur.
24. Le filtrage par protocole vise Ă empĂȘcher lâutilisation dâapplications et
de logiciels au moyen de protocoles techniques, indépendamment des contenus.
Il est par exemple utilisĂ© pour prĂ©venir lâutilisation de logiciels pair Ă
pair (« peer-to-peer ») ou de messageries instantanées.
25. Le blocage par mot-clé est une méthode de filtrage fonctionnant par
comparaison du texte de sites Web avec une liste de mots interdits. Lorsquâun
de ces mots est dĂ©tectĂ©, le filtre en empĂȘche lâaffichage ou bloque lâaccĂšs au
site entier. Le problÚme que pose cette méthode est le risque de «
surprotection », souvent pointĂ© du doigt par les critiques. Des enquĂȘtes sur
les produits de filtrage ont révélé que de nombreux sites tout à fait
inoffensifs se voyaient bloquĂ©s parce quâils comportaient un mot suspect10.
26. Une autre approche consiste Ă bloquer les pages Web individuelles en
fonction dâune classification de leur contenu (comme celles attribuĂ©es hors
ligne aux vidéos). Des programmes de recherche commencent par identifier les
pages suspectes. Chacune est ensuite visionnée par un employé et reçoit le
classement qui lui correspond. Selon un systÚme similaire, basé sur la
certification des pages, lâauteur (en gĂ©nĂ©ral) de la page appose un signe ou
un label de qualité sur son contenu, et toute page non certifiée est bloquée
par le filtre. LâUnion europĂ©enne, via le programme Safer Internet Plus,
soutient un systĂšme dâautorĂ©glementation international organisĂ© par lâICRA
(Association de classification du contenu de lâInternet, qui relĂšve du Family
Online Safety Institute11). Le systĂšme sâappuie sur la technologie de
certification développée par le Comité de conseil sur les progiciels de loisir
sur lâInternet (« Recreational Software Advisory Council » ou RSACi) et sur
les résultats des consultations préparatoires entreprises antérieurement avec
le soutien de lâUE, par le biais du projet INCORE12. Les principales critiques
formulées contre ces méthodes concernent, dans le premier cas, le caractÚre
subjectif de la certification, dépendant de la culture, des valeurs morales,
etc. et, dans le cas du systĂšme dâautorĂ©gulation, le fait quâun site non
soumis Ă certification par son auteur risque dâĂȘtre bloquĂ© par le filtre.
27. Certains produits de filtrage reposent sur un fonctionnement moins
mécanique et effectuent une analyse intelligente du contenu, images et/ou
texte. En ce qui concerne le texte, le filtre en lâoccurrence ne se contente
pas de bloquer un site sur dĂ©tection dâun mot dans son contenu. Il procĂšde Ă
une analyse sémantique du mot-clé détecté et tient compte du contexte avant de
bloquer le site Internet. Pour ce qui est des images, le produit de filtrage
analyse les images contenues sur un site Internet et bloque par exemple les
sites dont les images comportent un pourcentage important de pixels couleur de
chair. Il semble que trÚs peu de produits disponibles sur le marché
actuellement emploient la mĂ©thode de lâanalyse intelligente13.
Environnements dâapplication et niveaux de mise en Ćuvre
28. La plupart des produits de filtrage sont compatibles avec les programmes
conçus pour recevoir des contenus sur Internet. Ils sont en gĂ©nĂ©ral Ă mĂȘme de
filtrer les sites accessibles via des navigateurs tels quâInternet Explorer et
Firefox. De plus, les produits de filtrage les plus avancés prennent également
en charge les contenus accessibles via messageries électroniques, messageries
instantanées, espaces de dialogue en direct (« chatrooms »), forums, etc.
29. Le filtrage peut ĂȘtre mis en Ćuvre Ă diffĂ©rents niveaux14 :
- Le premier dâentre eux correspond Ă un filtrage par lâEtat au niveau du
réseau dorsal ou backbone, affectant le pays tout entier. Ce type de filtrage
sâinscrit dans la premiĂšre catĂ©gorie dĂ©crite plus haut (mesures de filtrage
rĂ©sultant dâune intervention de lâEtat). Constituant indiscutablement une
restriction Ă la libertĂ© dâexpression et Ă lâaccĂšs Ă lâinformation en
environnement numérique, une telle mesure devrait remplir les conditions de
lâarticle 10, paragraphe 2, de la Convention europĂ©enne des Droits de
lâHomme15 ;
- Le second niveau correspond Ă une application de filtres par les FAI. Dans
ce cas, tout le trafic Internet délivré au client via les services du
fournisseur sera filtrĂ© au niveau de ce dernier, avant que lâutilisateur
nâaccĂšde au contenu en question. Cette solution peut ĂȘtre mise en place sur
exigence de lâEtat, comme câest le cas dans certains pays membres du Conseil
de lâEurope, qui imposent aux FAI dâinstaller des filtres bloquant lâaccĂšs aux
sites de pornographie enfantine16. Dans ce cas, le filtrage constitue une
restriction de lâEtat Ă la libertĂ© dâexpression et dâaccĂšs Ă lâinformation
dans lâenvironnement en ligne, soumise aux conditions requises par lâarticle
10.2 de la Convention europĂ©enne des Droits de lâHomme. Le filtrage au niveau
du fournisseur dâaccĂšs Ă Internet peut Ă©galement ĂȘtre mis en place sur
dĂ©cision du client, le FAI lui donnant la possibilitĂ© de sâĂ©quiper dâune
solution de filtrage sâil le dĂ©sire.
- En troisiĂšme lieu, le filtrage peut intervenir au niveau institutionnel, sur
le rĂ©seau dâune sociĂ©tĂ© privĂ©e ou dâune institution publique telle quâune
école, une bibliothÚque ou un cybercafé.
- QuatriĂšmement, lâutilisateur peut installer lui-mĂȘme un logiciel de
filtrage. De nombreux FAI offrent à leurs clients la possibilité de
télécharger des filtres en tant que logiciels autonomes ou intégrés à une
solution plus complĂšte dâoutils de sĂ©curitĂ©. Dans certains Etats membres du
Conseil de lâEurope, les FAI sont obligĂ©s de fournir des produits de filtrage
Ă leurs clients17.
30. Enfin, certains sites Web offrent des options de filtrage que
lâutilisateur peut souvent activer ou dĂ©sactiver, telle que lâoption
SafeSearch, intégrée par le moteur de recherche Google, et le filtre contre
les contenus sous droits dâauteur utilisĂ© par MySpace. Ces solutions
dâautofiltrage combinĂ©es Ă la certification des sites Internet sont
susceptibles, Ă lâĂšre du « Web 2.0 » oĂč les contenus sont de plus en plus
publiĂ©s par les utilisateurs eux-mĂȘmes, de prendre le pas sur les mĂ©thodes de
filtrage traditionnelles basées sur listes noires et mots-clés, car plus
efficaces18.
Utilisateurs des produits de filtrage
31. Les outils de filtrage sont utilisés dans divers contextes publics ou
privés. Bien que considérés souvent comme des instruments de contrÎle
parental, ils servent Ă©galement dans dâautres situations.
32. Des enquĂȘtes ont rĂ©vĂ©lĂ© que lâutilisation de filtres par les parents afin
de contrÎler les activités de leurs enfants sur le Web est trÚs répandue. Une
enquĂȘte EurobaromĂštre couvrant la pĂ©riode de dĂ©cembre 2005 Ă janvier 2006 a
rĂ©vĂ©lĂ© que prĂšs de la moitiĂ© des parents interrogĂ©s (48%) cherchent ainsi Ă
empĂȘcher que leurs enfants puissent accĂ©der Ă certains contenus lorsquâils
utilisent Internet. LâenquĂȘte a Ă©galement montrĂ© que la majoritĂ© des parents
ont recours Ă un filtre si leurs enfants ont entre 6 et 9 ans (59%), alors que
cette pratique est moins courante parmi les parents dâadolescents dont lâĂąge
est compris entre 14 et 17 ans (37%).19
33. Les Ă©coles se servent Ă©galement des produits de filtrage afin dâĂ©viter que
les Ă©lĂšves nâaccĂšdent par exemple Ă des contenus sexuellement explicites
inappropriés pour leur ùge.
34. Les universités et les librairies ont elles aussi souvent recours à des
filtres, non seulement pour protĂ©ger lâutilisateur contre les contenus
nuisibles, mais Ă©galement afin de sâassurer que lâordinateur nâest utilisĂ© que
dans le but prĂ©vu, tel que pour des recherches et lâaffichage dâinformations.
35. Les entreprises publiques et privées appliquent des filtres afin de
restreindre lâaccĂšs de certains sites Ă leurs employĂ©s (sites de jeux et de
loisirs par ex.) ou pour Ă©viter tout problĂšme dâimage de lâemployeur
consĂ©cutif Ă une identification de lâadresse IP, au cas oĂč lâemployĂ© cherche Ă
se connecter â par exemple â Ă un site pornographique.
36. Les cybercafĂ©s filtrent Ă©galement lâaccĂšs Ă certains sites, tels que les
sites pornographiques, afin de prĂ©server les autres clients et dâĂ©viter quâils
ne soient dérangés.
37. Les filtres peuvent également servir à exécuter une décision légale ou
contractuelle. Dans certains Etats du Conseil de lâEurope, les FAI sont, par
obligation contractuelle, tenus par la loi20 ou par la police21 de filtrer un
site Web précis ou de bloquer un certain type de trafic Internet sur leur
réseau22.
III. Impact des mesures de filtrage technique
38. Potentiellement, lâutilisation de produits de filtrage est susceptible
dâavoir un impact sur la exercice et jouissance des droits de lâhomme. Si le
droit concernĂ© est en premier lieu le droit Ă la libertĂ© dâexpression et
dâinformation, dâautres droits le sont aussi et notamment le droit Ă la vie
privée.
Impact au regard de lâarticle 10 de la Convention europĂ©enne des Droits de
lâHomme
39. Lâarticle 10, paragraphe 1 de la Convention europĂ©enne des Droits de
lâHomme Ă©nonce le droit fondamental Ă la libertĂ© dâexpression de la maniĂšre
suivante :
« Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la
liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations
ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans
considĂ©ration de frontiĂšre. Le prĂ©sent article n'empĂȘche pas les Etats de
soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un
régime d'autorisations. »
40. Il dĂ©coule de lâarticle 10, paragraphe 2 de la Convention europĂ©enne des
Droits de lâHomme que toute restriction Ă la libertĂ© dâexpression doit remplir
trois conditions ; elle doit ĂȘtre :
- conforme aux buts lĂ©gitimes Ă©tablis par lâarticle 1023 ;
- prévue par la loi ;
- nécessaire dans une société démocratique24.
41. Le filtrage du contenu peut ĂȘtre un instrument pour protĂ©ger les enfants
contre les dangers potentiels de lâenvironnement en ligne. Par consĂ©quent, les
produits de filtrage peuvent constituer un moyen appropriĂ© dâencourager
lâaccĂšs et lâutilisation en toute confiance de lâInternet25.
42. Néanmoins, il convient de ne pas limiter la discussion à savoir si les
filtres sont de bons ou mauvais moyens de protĂ©ger les jeunes. Lâon peut
pourtant se demander dans quelles circonstances lâutilisation de produits de
filtrage est lĂ©gitime et si ces produits peuvent ĂȘtre conçus et utilisĂ©s de
façon proportionnĂ©e et en conformitĂ© avec les droits de lâhomme.
43. A cet Ă©gard, il est pertinent dâĂ©tablir une distinction entre les agents
publics26 (bibliothÚques, fonctionnaires, etc.) et les acteurs privés
(employeurs du secteur privé, FAI ou cybercafés).
44. Les organes publics de tous les niveaux dont lâEtat sont directement
responsable au titre de la Convention europĂ©enne des Droits de lâHomme sont
tenus dâen respecter lâarticle 10.2. Ceci sâapplique Ă©galement aux
institutions du secteur privĂ© agissant sur instruction de lâEtat27. Cependant,
certains contextes tels que les milieux scolaires publiques se caractérisent
par une relation dâautoritĂ© pĂ©dagogique lĂ©gitime qui peut justifier
lâinstallation de filtres sur les ordinateurs mis Ă la disposition des Ă©lĂšves.
Cette lĂ©gitimitĂ© existe Ă©galement en ce qui concerne lâinstallation de filtres
sur les ordinateurs des bibliothĂšques publiques ou sur les postes de travail
des fonctionnaires, dans le but de protéger les mineurs contre les contenus
prĂ©judiciables ou pour protĂ©ger lâimage de lâemployeur. Il convient toutefois
de nuancer le filtrage dans ces contextes, la libertĂ© dâexpression exigeant
que le filtrage soit strictement proportionné au but légitime poursuivi.
45. Bien que les acteurs privĂ©s ne soient pas directement28 liĂ©s par lâarticle
10, la dĂ©cision dâinterdire Ă une personne lâusage dâun ordinateur pour
accéder à certains contenus Internet soulÚve un problÚme de liberté
dâexpression et est susceptible de devrait aussi faire lâobjet dâune
justification.
46. En ce qui concerne la conception et usage des produits de filtrage, trois
problĂšmes principaux se posent au regard de la libertĂ© dâexpression : filtrage
excessif, manque de transparence du produit et impossibilité pour
lâutilisateur final de contrĂŽler le produit.
Filtrage excessif
47. Bien que la qualité des produits de filtrage ait progressé ces derniÚres
annĂ©es, aucun de ces produits nâest efficace Ă 100% dans le sens oĂč il
filtrerait le contenu non désirable tout en assurant que les informations non
préjudiciables ne soient jamais filtrées.
48. Une enquĂȘte rĂ©cente sur les produits de filtrage rĂ©vĂšle un taux dâerreur
de 10 Ă 30%29. Le problĂšme se pose surtout concernant les sites traitant
sĂ©rieusement dâun sujet qui apparaĂźt aussi dans dâautres contextes, jugĂ©s
inappropriés par le filtre (par exemple sites sur la sexualité, la
contraception, etc.). La recherche sur les produits de filtrage fournit de
nombreux exemples de sites bloquĂ©s ou filtrĂ©s non intentionnellement30. Lâun
des problÚmes inhérents à cette technologie31 est son incapacité dans la
plupart des cas Ă tenir compte du contexte oĂč apparaissent les mots ou images
dĂ©tectĂ©s, provoquant des erreurs dâinterprĂ©tation du caractĂšre du contenu.
49. Ce « surblocage » soulÚve des soucis reflÚte et pourrait poser des
problĂšmes concernant la libertĂ© dâinformation et dâexpression. Si une partie
importante du contenu bloquĂ© est en fait inoffensive, la restriction imposĂ©e Ă
la libertĂ© dâexpression peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme disproportionnĂ©e au regard
du but légitime poursuivi.
Manque de transparence du produit de filtrage et incapacitĂ© pour lâutilisateur
final de le contrĂŽler.
50. Le droit Ă la libertĂ© dâexpression et dâinformation est fondĂ© sur les
principes de libertĂ© individuelle et dâautonomie. Selon ces principes,
lâutilisateur final « aurait » le droit dâutiliser Internet comme il lâentend
et de dĂ©cider lui-mĂȘme du type de contenu Ă bloquer et Ă recevoir.
51. La condition préalable est que le utilisateur peut contrÎler le produit de
filtrage. Lâinstallation et le fonctionnement du produit de filtrage devraient
ĂȘtre suffisamment transparents. Lâutilisateur devrait avoir connaissance de
lâinstallation dâun produit de filtrage, avoir, sâil y a lieu, la possibilitĂ©
de demander sa désactivation, en comprendre le principe et pouvoir en régler
les paramĂštres, et ĂȘtre averti lorsquâun contenu est bloquĂ©. Si ces conditions
sont remplies, il conserve un certain degré de contrÎle sur les contenus
reçus. Lâutilisateur ou peut ensuite dĂ©cider si les avantages de lâutilisation
dâun produit de filtrage lâemportent sur les risques de blocage excessif.
52. Inversement, si lâutilisateur nâa pas connaissance du filtrage, nâest pas
averti en cas de contenu bloqué et ne peut influer en rien sur le type de
contenus bloquĂ©s, le filtrage sâassimile Ă une sorte de censure secrĂšte
exerçant un impact nuisible sur la liberté de recevoir des informations. Moins
le produit est transparent et adaptable, plus sâaccroĂźt le risque que son
utilisation sâoppose aux souhaits de lâutilisateur en matiĂšre de restriction
dâaccĂšs Ă lâinformation.
53. Le degrĂ© de transparence et lâadaptabilitĂ© du produit de filtrage sont
donc pour les utilisateurs des facteurs-clés de leur autonomie de choix et de
leur libertĂ© dâexpression et de recevoir des informations.
54. Une partie des produits de filtrage présentent un degré de transparence et
dâadaptabilitĂ© mĂ©diocre. Certains nâavertissent pas lâutilisateur quâun
mĂ©canisme de filtrage, de blocage ou dâaccĂšs par identification est activĂ© sur
leur systĂšme. Tous les produits de filtrage nâindiquent pas la liste des sites
bloqués et certains ne fournissent aucune explication sur les critÚres de
sĂ©lection quâils appliquent32.
55. De façon similaire, certains produits sont insuffisamment souples en ce
quâils nâoffrent aucune option de personnalisation des paramĂštres. Ils ne
permettent pas nĂ©cessairement dâajouter ou de retirer des sites de la liste de
blocage, de modifier les mots-clés ni de décider du type de contenu à bloquer.
Avec ces filtres, les utilisateurs ont une possibilitĂ© trĂšs limitĂ©e dâadapter
lâoutil Ă leurs besoins, les dĂ©cisions sur la sĂ©lection du contenu Ă©tant
réservées aux fournisseurs de produits.
56. En revanche, un produit de filtrage de fonctionnement transparent et de
personnalisation aisée est susceptible de garantir que les décisions relatives
Ă la sĂ©lection de lâinformation reviennent Ă lâutilisateur.
57. Vu depuis la perspective de lâauteur de contenu Internet, le manque de
transparence concernant lâutilisation dâun filtre est Ă©galement problĂ©matique.
Les fournisseurs de produits de filtrage ne signalent pas aux auteurs que leur
site a Ă©tĂ© bloquĂ©. Cela signifie quâils sont dans lâignorance de cette
situation, donc peu Ă mĂȘme de la modifier. De plus, les fournisseurs
nâamĂ©nagent gĂ©nĂ©ralement pas la possibilitĂ©, pour les auteurs et producteurs
de contenu estimant que leurs sites ont été injustement bloqués, de demander
la révision de la « décision » de blocage. En résumé, les auteurs ont des
possibilitĂ©s trĂšs rĂ©duites de voir leur droit Ă la libertĂ© dâexpression
prĂ©servĂ© de toute atteinte arbitraire du fait de lâapplication de filtres trop
zélés.
Impact au regard dâautres dispositions pertinentes de la Convention europĂ©enne
des Droits de lâHomme
58. Bien que lâincidence de lâutilisation de produits de filtrage sâexerce
principalement sur la libertĂ© dâexpression et dâinformation, la jouissance
dâautres droits de lâhomme est Ă©galement concernĂ©e.
59. Une menace pĂšse ainsi sur le droit Ă la vie privĂ©e, protĂ©gĂ© par lâarticle
8 de la Convention europĂ©enne des Droits de lâHomme, si le produit de filtrage
conserve une trace des sites visitĂ©s et des tentatives dâaccĂšs effectuĂ©es,
permettant de dĂ©voiler lâidentitĂ© de lâinternaute. Dans la mesure oĂč ces
informations sont enregistrées et accessibles par des tiers, tels que
lâemployeur33 ou la direction de la bibliothĂšque, il devient possible de
connaĂźtre lâusage dâInternet fait par lâintĂ©ressĂ©, ce qui peut poser des
problÚmes au regard du droit à la vie privée. En revanche, les
fichiers-journaux du produit de filtrage sont utiles pour vérifier si ce
dernier est correctement paramétré, pour modifier les réglages le cas échéant
et pour sâassurer que les « dĂ©cisions de blocage » correspondent bien aux
souhaits de lâutilisateur. Un Ă©quilibre qui permet le suivi et lâadaptation du
fonctionnement du produit par lâutilisateur doit ĂȘtre trouvĂ©, sans pour autant
remettre en question le droit à la vie privée.
60. De plus, une autre question a son importance : le respect de la légalité
au regard lâarticle 6 de la Convention europĂ©enne des Droits de lâHomme en
lâabsence de procĂ©dure de rĂ©vision lorsque des informations ont Ă©tĂ© bloquĂ©es
arbitrairement. Le fait quâun produit de filtrage bloque lâaccĂšs Ă un site est
susceptible pour lâutilisateur ou pour lâauteur de contenu Internet de
constituer de facto une restriction de son droit Ă la libertĂ© dâexpression.
Cela justifierait la mise en place dâun systĂšme qui permette Ă lâutilisateur
et, dans les circonstances appropriĂ©es, Ă lâauteur du contenu, de dĂ©poser et
dâobtenir une requĂȘte en rĂ©vision et dâobtenir le dĂ©blocage du site concernĂ©
si justifié.
IV. Propositions dâactions Ă lâintention du Conseil de lâEurope
61 . Les produits de filtrages disponibles sur le marché sont conçus et
utilisĂ©s dâune maniĂšre susceptible dâexercer un impact nuisible sur le droit Ă
la libertĂ© dâexpression et dâinformation et sur dâautres droits des
utilisateurs finaux et des auteurs de contenu.
62. Prenant en compte la jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de
lâHomme relative aux obligations positives de lâEtat en tant quâ« ultime
garant du pluralisme », il incombe à ce dernier dans une certaine mesure
dâencourager le comportement responsable et respectueux des droits de lâhomme
des divers acteurs concernés (développeurs et utilisateurs). Donc, des lignes
directrices de bonnes pratiques pourraient ĂȘtre formulĂ©es dans le cadre dâun
instrument normatif du Conseil de lâEurope afin dâaider les Etats membres Ă
remplir cette obligation.
Prise en compte des normes existantes du Conseil de lâEurope
63. Les normes existantes du Conseil de lâEurope devraient servir de point de
dĂ©part pour lâĂ©laboration de ces lignes directrices34.
64. Ces normes soulignent que les produits de filtrage peuvent jouer un rĂŽle
positif en tant quâinstruments dâautonomisation et de responsabilisation des
utilisateurs pour quâils effectuent des choix informĂ©s sur le type des
contenus Ă filtrer. Cet objectif dâautonomisation et de responsabilisation par
rapport aux produits de filtrage avait déjà été reconnu en 2001 lorsque les
gouvernements des Etats membres Ă©taient convenus de renforcer lâautorĂ©gulation
et la protection des utilisateurs contre les contenus illicites et
préjudiciables entres autres en « encourag[eant] la mise au point d'une large
gamme d'outils de recherche et de profils de filtrage, donnant aux
utilisateurs, sur la base de descripteurs de contenus, la possibilité de
sélectionner des contenus ».
65. De façon similaire, les ministres des Etats membres ont déclaré en 2005
que « les Etats membres, en vue de protĂ©ger les droits de lâhomme, devaient
encourager lâautorĂ©gulation et la corĂ©gulation de la part des acteurs du
secteur privé afin de réduire la diffusion de contenus illicites et de
contenus préjudiciables et de permettre aux usagers de se protéger des uns et
des autres »35.
66. Les prémisses sous-jacents à ces normes reposent sur une conception des
produits de filtrage comme des instruments devant aider les utilisateurs Ă
prendre eux-mĂȘmes les dĂ©cisions (de sĂ©lection de contenus) et les protĂ©ger
contre les contenus illicites et préjudiciables.
67. Dans une nouvelle Recommandation36 adoptée par le Comité des Ministres le
26 septembre 2007, les Etats membres ont de plus reconnu la nécessité de
garantir la transparence concernant lâutilisation de filtres. Cette
Recommandation encourage les Etats membres, le secteur privé et la société
civile à développer des normes et stratégies communes visant à renforcer la
transparence, lâinformation, le conseil et lâassistance aux utilisateurs des
technologies et services dans le domaine du « blocage de lâaccĂšs et [du]
filtrage des contenus et services par rapport à la liberté de recevoir ou de
communiquer des informations »37. De plus, il découle de la Recommandation que
le secteur privé et les Etats membres sont encouragés à développer des normes
communes sur, entre autres, « lâĂ©valuation et lâĂ©tiquetage des contenus et
services prĂ©sentant un risque de prĂ©judice et ceux qui nâen prĂ©sentent pas, en
particulier par rapport aux enfants » et « lâĂ©valuation, lâĂ©tiquetage et la
transparence des mécanismes de filtrage spécialement conçus pour les enfants
»38.
68. Les deux objectifs principaux devraient ĂȘtre dâautonomiser lâutilisateur
et dâaugmenter la transparence du filtrage. Comme mentionnĂ© ci-dessus, tous
les produits de filtrage nâinforment pas lâutilisateur de façon satisfaisante
sur le filtrage ni nâoffrent suffisamment de possibilitĂ©s de personnalisation
des paramĂštres.
69. La valeur ajoutĂ©e dâun nouvel instrument du Conseil de lâEurope pourrait
donc consister Ă combler ces lacunes par lâĂ©laboration de lignes directrices
plus spécifiques visant à garantir la transparence du filtrage et son
adaptabilitĂ© aux besoins de lâutilisateur. Les lignes directrices pourraient
traiter Ă la fois de la conception des produits et de leur utilisation par
différents acteurs-clés.
Le développement de lignes directrices pour les acteurs-clés en vue
dâaccroĂźtre la transparence du filtrage et lâautonomisation et la
responsabilisation des utilisateurs
70. Il existe deux groupes principaux dâacteur-clĂ©s dont les dĂ©cisions en
matiÚre de produits de filtrage influent sur le droit à la liberté
dâexpression et autres droits protĂ©gĂ©s par la Convention europĂ©enne des Droits
de lâHomme.
71. Tout dâabord, les dĂ©veloppeurs et fournisseurs de produits de filtrage,
par leurs décisions relatives à la conception du produit, exercent un impact
significatif sur lâĂ©tendue des informations dont disposent les utilisateurs et
sur leur aptitude Ă choisir de façon autonome quels types de contenus Ă
filtrer.
72. Dâautre part, les utilisateurs de produits de filtrage, câest-Ă -dire les
personnes dĂ©cidant au nom dâutilisateurs finaux quand et comment appliquer le
filtre, ont ainsi le pouvoir de restreindre lâexercice et jouissance de
certains droits de ces personnes et notamment de leur droit à la liberté
dâexpression. Ce second groupe rassemble des acteurs trĂšs divers tels que des
agents de lâEtat (organes dâapplication de la loi, organes administratifs,
etc.), des fournisseurs dâaccĂšs Internet, des Ă©coles, des bibliothĂšques, des
universités, des employeurs et éventuellement des parents.
73. Afin dâassurer et promouvoir la transparence du filtrage et
lâautonomisation de lâutilisateur, les lignes directrices de bonnes pratiques
Ă lâintention des fournisseurs de produits de filtrage devraient comporter des
recommandations telles que les suivantes :
- le produit devrait ĂȘtre conçu de maniĂšre Ă permettre que lâutilisateur
soit informĂ© lorsque lâaccĂšs Ă un contenu est bloquĂ© ou filtrĂ© ;
- le produit devrait ĂȘtre conçu et intĂ©grĂ© (par exemple dans des
navigateurs Web) de façon Ă ce que le filtrage soit dĂ©sactivĂ© par dĂ©faut (et Ă
ce que lâactivation du filtrage dĂ©pende de lâutilisateur) ou du moins de telle
façon quâen cas de blocage de contenu, lâutilisateur soit informĂ© des options
modifiables pour en autoriser lâaffichage sâil le souhaite ;
- sa conception devrait Ă©galement permettre que lâutilisateur dispose
dâinformations suffisantes sur les critĂšres de filtrage et les raisons du
blocage de contenus spécifiques ;
- le produit de filtrage devrait comporter suffisamment dâoptions qui
permettent un rĂ©glage prĂ©cis comme par exemple donner la possibilitĂ© Ă
lâutilisateur de retirer ou dâajouter des sites (dans la liste de blocage), ou
bien la modification des mots-clés filtrage, ou encore le choix des catégories
de contenus Ă bloquer, etc. ;
- le produit de filtrage devrait ĂȘtre conçu de maniĂšre Ă informer
lâutilisateur en cas de parution dâune mise Ă jour complĂšte ou partielle (par
exemple la liste des sites bloqués) du logiciel ;
- le produit de filtrage devrait ĂȘtre dotĂ© dâun fichier-journal dans
lequel tous les sites bloqués seraient consignés à chaque session.
Lâutilisateur serait ainsi Ă mĂȘme de vĂ©rifier si le produit est correctement
paramétré ;
- le produit de filtrage devrait offrir suffisamment dâinformations et
de conseils relatifs Ă son fonctionnement, notamment Ă ses paramĂštres et Ă ses
critĂšres de filtrage, afin de permettre Ă lâutilisateur de dĂ©cider lui-mĂȘme
quels contenus filtrer. Ces informations devraient sâafficher automatiquement
en mĂȘme temps que le produit est installĂ© et ĂȘtre accessibles ensuite Ă tout
moment Ă partir dâune option ou dâun fichier dâaide ;
- le fournisseur du produit de filtrage devrait avoir une politique qui
permet aux auteurs de sites bloquĂ©s et autres distributeurs de contenus Ă
demander le dĂ©blocage de leur site sâil a Ă©tĂ© classĂ© par erreur parmi les
sites indésirables ;
- le produit de filtrage ne devrait pas consigner les tentatives de
lâutilisateur dâaccĂ©der Ă des sites bloquĂ©s, sauf si un mĂ©canisme prĂ©serve
lâanonymat de ces tentatives dâaccĂšs.
74. En vue dâassurer la transparence du filtrage et son autonomie dâemploi,
les lignes directrices de bonnes pratique Ă lâintention des utilisateurs du
produits de filtrage devraient comporter des recommandations telles que les
suivantes :
- les utilisateurs devraient ĂȘtre clairement informĂ©s (le cas Ă©chĂ©ant)
de lâapplication dâun filtre actif durant leurs sessions en ligne ;
- le filtrage ne devrait ĂȘtre activĂ© que pour une raison lĂ©gitime telle
que la protection de mineurs contre le risque dâexposition Ă des contenus
prĂ©judiciables ; il devrait ĂȘtre proportionnĂ© au but poursuivi, lĂ©gitime et
nécessaire dans une société démocratique ;
- les utilisateurs devraient ĂȘtre informĂ©s du filtrage et Ă mĂȘme de le
dĂ©sactiver, ou une procĂ©dure minimum devrait ĂȘtre mise en place pour leur
permettre dâen demander la dĂ©sactivation. Il importe que les utilisateurs
reçoivent des informations claires quant à la personne à contacter pour
demander cette désactivation ;
- le produit de filtrage ne devrait pas servir Ă contrĂŽler lâusage qui
est fait dâInternet (contenus accĂ©dĂ©s et/ou tĂ©lĂ©chargĂ©s), sauf si cette
surveillance est justifiée par des motifs clairement énoncés et légitimes,
proportionnés et nécessaires dans une société démocratique, et si
lâutilisateur a Ă©tĂ© averti de cette surveillance au prĂ©alable ;
- le filtrage devrait sâinscrire dans les stratĂ©gies de lutte contre les
contenus illicites ou préjudiciables, telles que la conception et le
dĂ©veloppement de lâinfocompĂ©tence des internautes et notamment des enfants39.
Annexe I
Normes du Conseil de lâEurope en matiĂšre de mesures de filtrage techniques
Aucun instrument du Conseil de lâEurope sur la sociĂ©tĂ© de lâinformation nâest
consacré uniquement aux mesures de filtrage technique des contenus Internet,
bien que certains abordent la question.
La Recommandation Rec(2001)8 sur l'autorégulation des cyber-contenus
(l'autorégulation et la protection des utilisateurs contre les contenus
illicites ou préjudiciables diffusés sur les nouveaux services de
communication et d'information) contient des principes sur lâĂ©tiquetage
(Chapitre II â Descripteurs de contenu), les produits de filtrage (Chapitre
III â Produits de sĂ©lection des contenus) et la responsabilisation et
lâautonomisation des utilisateurs (Chapitre VI â Information des utilisateurs
et sensibilisation).
En ce qui concerne lâĂ©tiquetage de contenus, le paragraphe 6 de la
Recommandation demande aux Etats membres dâencourager la dĂ©finition dâun
ensemble de descripteurs de contenus qui « devraient permettre une
labellisation neutre des contenus, donnant aux utilisateurs la possibilité
dâĂ©laborer leur propre jugement sur ces contenus ». Le paragraphe 7 mentionne
les descripteurs de contenus renvoyant Ă des contenus violents et
pornographiques ainsi que les contenus invitant Ă la consommation de tabac ou
d'alcool, incitant aux jeux d'argent, et les contenus permettant des contacts
non surveillés et anonymes entre mineurs et adultes. Le paragraphe 8 indique
que les fournisseurs de contenus devraient ĂȘtre encouragĂ©s Ă appliquer ces
descripteurs « pour permettre aux utilisateurs de reconnaßtre et de filtrer
ces contenus, quelle que soit leur origine ».
Au sujet des produits de filtrage, le paragraphe 9 de la Recommandation
recommande que le dĂ©veloppement dâun large Ă©ventail dâoutils de recherche et
de profils de filtrage basés sur des descripteurs de contenus soit encouragé.
Eu Ă©gard Ă lâarticle 10 de la Convention europĂ©enne des Droits de lâHomme, le
paragraphe 10 de la Recommandation indique que le filtrage devrait ĂȘtre laissĂ©
au libre choix des utilisateurs. Les produits de filtrage peuvent donc donner
aux utilisateurs, tels que parents ou institutions ayant la responsabilité
dâenfants, la possibilitĂ© dâeffectuer des choix informĂ©s quant aux types de
contenus lĂ©gaux qui devraient ĂȘtre accessibles aux enfants40.
Enfin, le paragraphe 20 de la Recommandation demande aux Etats membres
dâencourager la sensibilisation et lâinformation du public entre autres Ă
lâĂ©gard des descripteurs de contenus et des outils de filtrage. Cette
information devrait ĂȘtre accessible Ă tous, par exemple Ă travers les
institutions éducatives ou les bibliothÚques publiques. Des informations sur
le filtrage des contenus pourraient en particulier viser les parents41.
Le principe 3 de la Déclaration sur la liberté de communication sur l'Internet
adoptée par le Comité des Ministres le 28 mai 2003, traite plus spécifiquement
des mesures de blocage et de filtrage imposĂ©es par lâEtat.
Le paragraphe 1 de la DĂ©claration souligne lâimportance de lâabsence de
contrĂŽle prĂ©alable de lâEtat Ă lâĂ©gard de ce que le public peut rechercher sur
Internet. Bien que lâEtat ne devrait par aucun moyen recourir Ă de larges
mesures visant Ă bloquer lâaccĂšs aux contenus indĂ©sirables, des exceptions
doivent ĂȘtres permises pour assurer la protection des mineurs. Lorsque des
mineurs ont accĂšs Ă Internet, par exemple Ă lâĂ©cole ou dans les bibliothĂšques,
les autorités publiques peuvent exiger que des filtres soient installés sur
les ordinateurs pour bloquer lâaccĂšs aux contenus prĂ©judiciables. Le
paragraphe 2 de la DĂ©claration concerne les mesures prises par lâEtat pour
supprimer un contenu dâInternet ou dâen bloquer lâaccĂšs suivant une dĂ©cision
provisoire ou définitive des autorités nationales compétentes sur son
caractÚre illicite au regard du droit pénal, du droit civil et du droit
administratif. Il est souligné que ces mesures doivent se conformer aux
dispositions de lâarticle 10, paragraphe 2, de la Convention de europĂ©enne des
Droits de lâHomme et quâelles devraient viser un contenu Internet clairement
identifiable42.
La DĂ©claration sur les droits de lâhomme et lâEtat de droit dans la sociĂ©tĂ© de
lâinformation, adoptĂ©e par le ComitĂ© des Ministres le 13 mai 2005, ne
mentionne pas explicitement les mesures de filtrage technique bien quâil
découle de la Déclaration que « les Etats membres doivent préserver et
renforcer les mesures juridiques et pratiques pour Ă©viter la censure de lâEtat
et du secteur privé43 ». La Déclaration souligne également que « les Etats
membres doivent, en vue de protĂ©ger les droits de lâhomme, encourager
lâautorĂ©gulation et la corĂ©gulation de la part des acteurs du secteur privĂ©
afin de réduire la diffusion de contenus illicites et de contenus
préjudiciables et de permettre aux usagers de se protéger des uns et des
autres »44. Enfin, elle encourage les acteurs du secteur privé à traiter la
question de « la censure (censure cachée) par les prestataires de services
Internet privĂ©s, par exemple le blocage ou lâĂ©limination de contenus de leur
propre initiative ou Ă la demande dâune tierce partie »45.
Bien que la Recommandation Rec(2006)12 sur la responsabilisation et
lâautonomisation des enfants dans le nouvel environnement de lâinformation et
de la communication ne mentionne pas lâutilisation des mesures de filtrage
technique, il convient de noter quâelle indique nĂ©anmoins quâ« une part
essentielle de la réponse aux contenus et comportements présentant un risque
dâeffets prĂ©judiciables rĂ©side dans la conception et le dĂ©veloppement de
lâinfocompĂ©tence â dĂ©finie comme la maĂźtrise des outils dâaccĂšs Ă
lâinformation, le dĂ©veloppement de lâanalyse critique des contenus quâils
vĂ©hiculent et lâappropriation des compĂ©tences utiles en vue dâun usage crĂ©atif
et citoyen des moyens de communications â, ainsi que dans la mise en Ćuvre de
formations destinĂ©es aux enfants et Ă leurs Ă©ducateurs afin quâils utilisent
les technologies et services de lâinformation et de la communication de
maniÚre positive et responsable ».
La nouvelle Recommandation Rec(2007)11 sur la promotion de la liberté
dâexpression et dâinformation dans le nouvel environnement de lâinformation et
de la communication, adoptée par le Comité des Ministres lors de la 1005e
réunion des Délégués des Ministres, le 26 septembre 2007, fournit un cadre
gĂ©nĂ©ral Ă lâadoption de normes plus dĂ©taillĂ©es concernant les mesures de
filtrage technique. Elle encourage les Etats membres, le secteur privé et la
société civile à développer des normes communes et des stratégies pour
promouvoir la transparence et la mise Ă disposition de l'information, de
conseils et d'assistance aux utilisateurs individuels des technologies et des
services, concernant entre autres « le blocage de l'accÚs et le filtrage des
contenus et services quant au droit de recevoir et de transmettre
l'information »46. Par ailleurs, il découle de la Recommandation que le
secteur privé et les Etats membres sont encouragés à développer des normes
communes et des stratégies concernant entre autres « l'évaluation et
l'étiquetage des contenus et services présentant un « risque de préjudice et
ceux qui n'en présentent pas, en particulier par rapport aux enfants » et «
l'évaluation, l'étiquetage et la transparence des mécanismes de filtrage
spécialement conçus pour les enfants47 ».
La Recommandation Rec(2007)16 sur les mesures de promotion de la valeur de
service public dâInternet invite les Etats membres Ă promouvoir la libertĂ© de
communication sur Internet, sans considération de frontiÚre, notamment en ne
soumettant pas les personnes Ă un rĂ©gime dâautorisations ou Ă dâautres
exigences exerçant des effets similaires, en nâimposant pas de mesures
générales de filtrage et de blocage et en ne soumettant pas les contenus
Internet Ă des restrictions allant au-delĂ de celles appliquĂ©es Ă dâautres
modes de fourniture de contenu48.
LâAssemblĂ©e parlementaire du Conseil de lâEurope a indiquĂ© quâelle soutenait
le développement des technologies de filtrage qui seront en mesure de
favoriser lâautorĂ©gulation des opĂ©rateurs sur le rĂ©seau au niveau
international49. De façon plus spécifique, dans le contexte de la lutte contre
le racisme et la xĂ©nophobie dans le cyberespace, lâAssemblĂ©e a soulignĂ© que
sur le plan dĂ©ontologique, il convenait dâencourager les efforts
dâautodiscipline entrepris par les fournisseurs dâaccĂšs et dâhĂ©bergement et
que cette lutte contre le racisme et la xĂ©nophobie devait ĂȘtre sâeffectuer
entre autres par la labellisation et la classification des sites ainsi que par
le filtrage50.
Enfin, le document en ligne « MaĂźtrise dâInternet â Manuel » comprend des
fiches sur le filtrage et la certification des sites Web ; il fournit des
informations et indique les bonnes pratiques Ă lâintention des enseignants,
des parents et des jeunes. Le Manuel aborde un certain nombre de questions
touchant au filtrage telles que le fait que « les services logiciels de
filtrage certifient les pages selon leur propre systĂšme dâĂ©valuation et leurs
objectifs » et que « les filtres peuvent bloquer des sites utilise liés à la
contraception ou Ă lâĂ©ducation sexuelle Ă cause des mots-clĂ©s quâils
contiennent ». En tant que guide de bonnes pratiques, le Manuel recommande
dâexaminer soigneusement la maniĂšre dont un filtre fonctionne avant de
lâinstaller, dâavoir recours Ă lâassistance Ă©lectronique avec discernement et,
au moyen de solutions de type « liste blanche », de nâautoriser lâaccĂšs quâĂ
certains sites approuvĂ©s pour les utilisateurs dâInternet les plus jeunes.
Annexe II
Autres textes relatifs aux mesures de filtrage technique
Union européenne
Le recours Ă des mesures de filtrage technique a Ă©tĂ© encouragĂ© par lâUnion
européenne dans deux recommandations sur la protection des mineurs et de la
dignité humaine adoptées en 1998 et en 2006.
La Recommandation de 199851 recommande que les Etats membres, les secteurs et
les parties concernĂ©es coopĂšrent Ă la mise en place dâun cadre national
dâautorĂ©gulation, Ă lâĂ©laboration de codes de conduite visant Ă protĂ©ger les
mineurs et la dignitĂ© humaine et au dĂ©veloppement de lâaide Ă lâexercice du
contrĂŽle parental, tel que le recours Ă lâutilisation de filtres. En ce qui
concerne les produits de filtrage, la Recommandation souligne que ces
dispositifs doivent ĂȘtre dâutilisation facile et souple et quâils doivent
permettre aux mineurs, sous la responsabilitĂ© de parents ou dâenseignants,
dâavoir accĂšs aux services mĂȘme lorsque personne ne les surveille. Elle
mentionne également que des codes de conduite nationaux devraient aborder la
question des rĂšgles de base concernant les conditions auxquelles des produits
tels que des logiciels de filtrage seraient installés et activés par
lâutilisateur et des options de filtrage, activĂ©es Ă la demande de
lâutilisateur par les opĂ©rateurs de services en amont de lâutilisateur,
seraient fournies aux utilisateurs en tant que services dâaide Ă lâexercice du
contrÎle parental. A un niveau plus général, il découle de la Recommandation
de 1998 que la proportionnalitĂ© des codes de conduite devrait ĂȘtre apprĂ©ciĂ©e
entre autres au regard des principes de libertĂ© dâexpression, de protection de
la vie privée et de libre circulation des services.
La Recommandation de 200652 appelle Ă nouveau lâindustrie des services
audiovisuels et dâinformation en ligne et autres parties concernĂ©es Ă prendre
des mesures positives en faveur des mineurs, notamment des initiatives visant
Ă leur faciliter lâaccĂšs aux services audiovisuels et dâinformation en ligne
tout en les protégeant contre les contenus potentiellement préjudiciables, par
exemple au moyen de filtres. Le rĂŽle des filtres visant Ă empĂȘcher le passage
sur Internet dâinformations portant atteinte Ă la dignitĂ© humaine et la
volonté de la Commission européenne de communiquer aux parents des
informations sur lâefficacitĂ© des logiciels de filtrage sont spĂ©cifiquement
mentionnés.
Etudes
En complĂ©ment des deux recommandations de lâUnion europĂ©enne ci-dessus, lâune
des lignes dâaction du programme Safer Internet Plus (SIP) concernait le
filtrage des contenus nuisibles et inappropriés.
Cette Ă©tude de Deloitte et lâUniversitĂ© catholique de Louvain sâinscrit dans
le programme SIP pour « un Internet plus sûr ». Menée sur trois ans, elle est
censée fournir une évaluation objective, par des experts et des FAI
indĂ©pendants de solutions de filtrage de contenu Internet Ă lâintention des
enfants de 6 Ă 16 ans (« Safer Internet Plan âBenchmark » ou Ă©tude de la
fiabilité des logiciels filtrant les contenus Internet potentiellement
préjudiciables). Un rapport de synthÚse relatif à la premiÚre de ces trois
annĂ©es de test (2006) a Ă©tĂ© publiĂ©. Le rapport nâaborde pas la question des
filtres en relation avec la libertĂ© dâexpression mais contient cependant des
rĂ©sultats intĂ©ressants sur lâefficacitĂ© et le fonctionnement de certains
filtres. Le rapport relĂšve lâexistence de problĂšmes, notamment les suivants :
- Les produits de filtrage testés ont offert des performances satisfaisantes,
filtrant les contenus de plusieurs millions de sites par jour, notamment en ce
qui concerne la détection de sites pornographiques dans une langue trÚs usitée
(lâanglais). Cependant, les contenus moins explicites mais tout aussi
nuisibles, de langue autre que lâanglais ou par exemple appartenant Ă des
sites privĂ©s, nâont Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©s de maniĂšre satisfaisante par aucun des outils
testés.
- Les produits testĂ©s ont tous pris de « mauvaises dĂ©cisions » de filtrage Ă
hauteur de 25% des sites inappropriés pour des adolescents entre 11 et 16 ans.
Les cas de blocage insuffisant (filtres laissant passer 40 Ă 80% des sites
indésirables) se sont révélés plus nombreux que les cas de blocage excessif
(filtres bloquant 10% Ă 30% de sites acceptables).
- Certains produits offrent Ă lâutilisateur trop peu dâoptions de
personnalisation et manquent de clarté quant aux types de mots-clés
déclenchant le mécanisme de blocage.
- Certains produits ne permettent pas Ă lâutilisateur de savoir quand et si le
filtrage (le blocage et/ou lâaccĂšs par identification) est activĂ©.
Egalement dans le cadre du programme Safer Internet Plus, la Commission
europĂ©enne a menĂ© Ă bien une enquĂȘte EurobaromĂštre de dĂ©cembre 2005 Ă janvier
2006 sur lâusage dâInternet par les enfants, y compris sur les mesures de
contrĂŽle parental, dans les 25 Etats membres que lâUE comptait alors, ainsi
quâen Bulgarie, Roumanie, Croatie et Turquie. LâenquĂȘte montre que 48% des
adultes interrogĂ©s (parents et responsables dâenfants) pratiquent le filtrage
de contenu Internet. Ils sont plus nombreux proportionnellement (50%) dans les
quinze « anciens » pays de lâUnion que dans les dix « jeunes » pays membres
(38%) et que dans les pays adhĂ©rents et candidats (26%). LâenquĂȘte rĂ©vĂšle
également que le filtrage est utilisé par la majorité des parents dont les
enfants ont entre 6 et 9 ans (59%) et moins par les parents dâadolescents
ayant entre 14 ans et 17 ans (37%). Il est intĂ©ressant de noter quâun
pourcentage élevé de parents pensent que les écoles appliquent des filtres
(31%) alors quâune faible partie dâentre eux croient que les bibliothĂšques
(3%) et les cybercafés (1%) pratiquent aussi le filtrage.
Une étude relativement récente sur les produits de filtrage au regard de la
libertĂ© dâexpression a Ă©tĂ© menĂ©e par un pĂŽle de la FacultĂ© de droit de New
York University (NYU), le centre Brennan pour la Justice (« Brennan Center for
Justice »). Cette Ă©tude, qui visait Ă rĂ©aliser la synthĂšse dâautres Ă©tudes sur
des produits de filtrage, avait donnĂ© lieu Ă la publication dâun rapport en
2001 résumant les résultats de plus de 70 études empiriques sur les
performances de filtres. Une seconde version actualisée du rapport a été
publiée en 2006, prenant en compte les études effectuées aprÚs début 2006.
Cette version conclut que les filtres continuent de bloquer dâimportants
volumes dâinformations utiles et que lâusage de plus en plus gĂ©nĂ©ralisĂ© des
filtres fait peser une menace sérieuse sur les valeurs fondamentales
sous-tendant la libertĂ© dâexpression. Le rapport recommande que les Ă©coles et
les bibliothÚques choisissent des filtres permettant de désactiver facilement
le blocage des sites dĂ©tectĂ©s par erreur, et quâen complĂ©ment ou en
remplacement de ces filtres, ils adoptent une approche basée sur la formation
Ă la maĂźtrise dâInternet et Ă la sĂ©curitĂ© en environnement numĂ©rique.
Un autre projet en cours est le «OpenNet Initiative» (ONI), entrepris par un
partenariat académique entre quatre institutions : the Citizen Lab at the Munk
Centre for International Studies, University of Toronto; the Berkman Center
for Internet & Society at Harvard Law School; the Advanced Network Research
Group at the Cambridge Security Programme, University of Cambridge et the
Oxford Internet Institute, Oxford University. LâONI a pour objectif
dâenquĂȘter, dâexposer et dâanalyser les pratiques de filtrage et de
surveillance de lâInternet dans le monde. Le projet suit une approche multi
disciplinaire qui inclut le dĂ©veloppement et le dĂ©ploiement dâoutils
dâĂ©numĂ©ration et des mĂ©thodologies pour lâĂ©tude du filtrage et de la
surveillance de lâInternet, le dĂ©veloppement de capacitĂ©s dans des rĂ©seaux
dâavocats et de chercheurs locaux, des recherches avancĂ©es qui explorent les
conséquences des tendances et des directions actuelles et futures dans les
pratiques de filtrage et de surveillance et leurs conséquences pour les
rĂ©gimes de gouvernance et de droit international et national. Le projet a dĂ©jĂ
produit des outils et des données concernant la censure de contenu politique,
social et relatif à des conflits ou à la sécurité, mais aussi concernant
lâinterdiction de lâutilisation dâoutils et de services de lâInternet. Les
rapports contiennent des profils des Etats de toutes les régions du monde53.
Note 1 Ce document a été classé en diffusion restreinte le jour de la
diffusion. Il a été déclassifié lors de la 1022e réunion des Délégués des
Ministres (26 mars 2008) (cf. CM/Del/Dec(2008)1022/5.1).
2 Le paragraphe 19 du Plan dâaction de la 7e ConfĂ©rence ministĂ©rielle
européenne stipule : « Suivre de prÚs les développements juridiques et autres
relatifs à la responsabilité au titre des contenus mis à disposition du public
sur Internet et, si besoin est, prendre toute initiative, y compris
lâĂ©laboration de lignes directrices portant, entre autres, sur les rĂŽles et
responsabilitĂ©s des intermĂ©diaires et autres acteurs dâInternet pour assurer
la libertĂ© dâexpression » et le paragraphe 23 : « Promouvoir lâadoption par
les Etats membres de mesures tendant à assurer au niveau paneuropéen un niveau
de protection cohérent des mineurs contre les contenus préjudiciables diffusés
sur les médias électroniques traditionnels et nouveaux, tout en garantissant
la libertĂ© dâexpression et la libre circulation dâinformation ».
3 Paragraphes 12 et 16 de la RĂ©solution n° 3 sur les droits de lâhomme et la
régulation des médias et des nouveaux services de communication dans la
SociĂ©tĂ© de lâInformation, adoptĂ©e par les Ministres des Etats participant Ă la
7e Conférence ministérielle sur la politique des communications de masse
(Kyiv, 10-11 mars 2005). Note 4 Selon lâarticle 20 de la Convention du Conseil
de lâEurope pour la protection des enfants contre lâexploitation et les abus
sexuels (STCE n°201), chaque Partie à la Convention doit prendre les mesures
législatives ou autres pour ériger en infraction pénale notamment le fait
dâaccĂ©der, en connaissance de cause, Ă de la pornographie enfantine. Note 5
Selon lâarticle 10 de la Convention sur la cybercriminalitĂ© (STCE n°185),
chaque Partie à la Convention doit adopter les mesures législatives et autres
qui se rĂ©vĂšlent nĂ©cessaires pour Ă©riger en infraction pĂ©nale, conformĂ©ment Ă
son droit interne, (entre autres) les atteintes à la propriété intellectuelle
et autres droits connexes lorsque de tels actes sont commis dĂ©libĂ©rĂ©ment, Ă
une Ă©chelle commerciale et au moyen dâun systĂšme informatique.
6 Voir le Principe 3 de la Déclaration du Comité des Ministres sur la liberté
de communication sur lâInternet, adoptĂ©e le 28 mai 2003 lors de la 840e
réunion des Délégués des Ministres.
7 Voir lâarrĂȘt Informationsverein Lentia et autres c. Autriche, 24 novembre
1993, Series A, n°276, § 38. Note 8 La plupart des moteurs de recherche
comportent une option de filtrage plus ou moins puissante pour bloquer
lâaffichage de sites pornographiques (et/ou autres contenus) dans les
résultats.
9 Voir « Who Watches the Watchmen ? The Role of Filtering Software in Internet
Content Regulation » de Yaman Akdeniz, The Media Freedom Internet Cookbook,
OSCE, 2004, p. 107.
10 De nombreux exemples sont donnés dans le rapport de synthÚse du Centre
Brennan pour la Justice, de la FacultĂ© de droit de lâUniversitĂ© de New York
(NYU), intitulĂ© « Internet Filters â a public policy report », seconde
édition, 2006. Note 11 Voir http://www.fosi.org/icra
12 Voir
http://ec.europa.eu/information_society/activities/sip/projects/targeted/filtering/index_en.htm#filtering
13 Une étude menée dans le cadre du programme « Safer Internet Plus Programme
» (SIP) nâest pas parvenue Ă identifier, parmi les 30 logiciels Ă©valuĂ©s, un
seul outil de filtrage Ă mĂȘme de trier les contenus par analyse intelligente.
Voir le rapport de synthĂšse « SIP-Bench » sur lâefficacitĂ© des outils de
filtrage en matiÚre de protection des enfants de 6 à 16 ans, édition 2006, p.
24.
14 Ce qui suit est basé sur les descriptions contenues dans le site OpenNet
Initiative, Ă lâURL : http://opennet.net/about-filtering
Note 15 Voir le Principe 3 de la Déclaration du Comité des Ministres sur la
libertĂ© de communication sur lâInternet, adoptĂ©e le 28 mai 2003.
16 Le filtrage de la pornographie enfantine est obligatoire au niveau des
notamment au Royaume-Uni, au Danemark et en Italie.
17 En France, les FAI sont tenus lĂ©galement depuis 2004 dâinformer leurs
clients de ce que leurs solutions intĂšgrent des filtres ou de leur en
fournir ; voir
http://www.saferinternet.org/ww/en/pub/insafe/news/articles/0907/fr.htm
18 Rapport de synthĂšse « SIP-Bench » sur lâefficacitĂ© des outils de filtrage
en matiÚre de protection des enfants de 6 à 16 ans, édition 2006, p. 6.
19 Safer Internet, EurobaromÚtre spécial, mai 2006, p. 26.
Note 20 Par exemple la loi française n°2004-575 du 21 juin 2004 pour la
confiance dans l'économie numérique, article 6-I-8 et article 8-I. Note 21
Voir note 15 ci-dessus. Note 22 Voir aussi la décision du 29 juin 2007 du
Tribunal de PremiĂšre Instance de Bruxelles, SABAM c. SA Scarlet (anciennement
Tiscali), oĂč un FAI belge a Ă©tĂ© tenu de mettre en place des mesures de
filtrage technique pour empĂȘcher ses clients Ă tĂ©lĂ©charger des fichiers
musicaux illĂ©galement. La dĂ©cision est disponible Ă lâURL
http://www.juriscom.net/documents/tpibruxelles20070629.pdf
23 Sécurité nationale, intégrité territoriale ou liberté publique, défense de
lâordre et prĂ©vention du crime, protection de la santĂ© ou de la morale,
protection de la rĂ©putation ou des droits dâautrui, pour empĂȘcher la
divulgation dâinformations confidentielles ou pour garantir lâautoritĂ© et
lâimpartialitĂ© du pouvoir judiciaire. Note 24 Selon la jurisprudence de la
Cour, ceci exige lâexistence dâun « besoin social impĂ©rieux » et le respect de
la proportionnalitĂ© au but lĂ©gitime poursuivi. Note 25 Dans le mĂȘme temps, il
convient de faire remarquer quâun aspect essentiel du traitement du risque
posé par ces contenus réside dans la conception et le développement de
lâinfocompĂ©tence , voir Recommandation Rec(2006)12 du ComitĂ© des Ministres aux
Etats membres sur la responsabilisation et lâautonomisation des enfants dans
le nouvel environnement de lâinformation et de la communication.
26 Pour un exemple rĂ©cent dâune affaire oĂč la Cour europĂ©enne des Droits de
lâHomme a considĂ©rĂ© que lâEtat devait rĂ©pondre des actes dâun fonctionnaire,
voir Copland c. Royaume-Uni, arrĂȘt du 3 avril 2007 (violation de lâarticle 8
de la Convention). Note 27 Par exemple, il est clair que lorsque lâutilisation
privĂ© dâoutils de filtrage est le rĂ©sultat dâinterventions des autoritĂ©s
étatiques (décisions de justice, actions législatives, et/ou des procédures
administratives), ces interventions constitueraient une restriction Ă la
libertĂ© dâexpression et dâaccĂšs Ă lâinformation dans lâenvironnement en ligne
et devrait se conformer aux exigences de lâarticle 10, paragraphe 2 de la
Convention europĂ©enne des Droits de lâHomme. Note 28 Selon la jurisprudence de
la Cour europĂ©enne des Droits de lâHomme, lâEtat devrait dans certaines
circonstances ĂȘtre tenu responsable pour violations des droits de lâhomme
commises par acteur privĂ©s (lâeffet horizontal indirect).
29 Rapport de synthĂšse « SIP-Bench » sur lâefficacitĂ© des outils de filtrage
en matiÚre de protection des enfants de 6 à 16 ans, édition 2006, p. 27.
30 Voir le rapport intitulĂ© « Internet Filters â a public policy report »,
seconde édition, Centre Brennan pour la Justice, (Faculté de droit de NYU),
2006 Note 31 Voir également les questions soulevées dans le cadre des
descriptions des différentes méthodes de filtrage existantes (section II
ci-dessus).
32 Rapport de synthĂšse « SIP-Bench » sur lâefficacitĂ© des outils de filtrage
en matiÚre de protection des enfants de 6 à 16 ans, édition 2006, p. 27.
33 Comme lâa montrĂ© un arrĂȘt rĂ©cent de la Cour europĂ©enne des droits de
lâhomme, le Etats peuvent ĂȘtre tenus responsables en cas de surveillance
exercĂ©e sans base lĂ©gale sur la consultation Internet dâun fonctionnaire,
comme dans lâarrĂȘt Copland c. Royaume-Uni du 3 avril 2007 (violation de
lâarticle 8 de la Convention).
34 Voir lâAnnexe I au prĂ©sent rapport, comportant des extraits dâinstruments
du Conseil de lâEurope relatifs aux mesures de filtrage. Note 35 DĂ©claration
sur le respect des droits de lâhomme et de lâEtat de droit dans la SociĂ©tĂ© de
lâInformation, adoptĂ©e par le ComitĂ© des Ministres le 13 mai 2005. Note 36
Recommandation Rec(2007)11 sur la promotion de la libertĂ© dâexpression et
dâinformation dans le nouvel environnement de lâinformation et de la
communication, adoptée par le Comité des Ministres le 26 septembre 2007, lors
de la 1005e réunion des Délégués des Ministres.
37 Lignes directrices, Section I, « Responsabiliser et autonomiser les
utilisateurs individuels », point vi.
38 Lignes directrices, Section II, « Normes communes et stratégies pour une
information fiable, la création de contenus souples et la transparence dans le
traitement de lâinformation », points i et ii.
39 Recommandation Rec(2006)12 sur la responsabilisation et lâautonomisation
des enfants dans le nouvel environnement de lâinformation et de la
communication.
40 Voir paragraphe 37 de lâExposĂ© des motifs de la Recommandation.
41 Voir paragraphe 50 de lâExposĂ© des motifs de la Recommandation.
42 Voir Commentaire sur les principes de la Déclaration sur la liberté de la
communication sur lâInternet.
43 Voir Partie I, paragraphe 1, « Droit Ă la libertĂ© dâexpression,
dâinformation et de communication ». Note 44 Voir Partie II, paragraphe 1, «
Etats membres du Conseil de lâEurope ».
45 Voir Partie II, paragraphe 3, « Secteur privé ».
46 Lignes directrices, Partie I, « Responsabiliser et autonomiser les
utilisateurs individuels », point vi.
47 Lignes directrices, Partie II, « Normes communes et stratégies pour une
information fiable, la création de contenus souples et la transparence dans le
traitement de lâinformation », points i et ii.
48 Annexe à la Recommandation, Partie III, « Ouverture », paragraphe 23.2,
lettre a.
49 Paragraphe 5, point iii, lettre o, de la Recommandation 1332(1997) relative
aux aspects scientifiques et techniques des nouvelles technologies de
lâinformation et de la communication, adoptĂ©e le 23 juin 1997.
50 Paragraphe 5 de la Recommandation 1543(2001) relative au racisme et
xénophobie dans le cyberespace, adoptée le 8 novembre 2001.
51 Recommandation 98/560/EC du Conseil du 24 septembre 1998 concernant le
dĂ©veloppement de la compĂ©titivitĂ© de lâindustrie europĂ©enne des services
audiovisuels et dâinformation par la promotion de cadres nationaux visant Ă
assurer un niveau comparable et efficace de protection des mineures et de la
dignité humaine, JO 1998, L 270, p. 48.
52 Recommandation 2006/952/EC du Parlement européen et du Conseil, du 20
décembre 2006, sur la protection des mineurs et de la dignité humaine et sur
le droit de rĂ©ponse en liaison avec la compĂ©titivitĂ© de lâindustrie europĂ©enne
des services audiovisuels et dâinformation en ligne, JO 2006, L 378, p. 72.
Note 53 Des outils et les rapports produits par lâONI sont disponibles sur
http://opennet.net
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