Bb! | 13 May 08:15
Favicon

[actus_l] Quis custodiet ipsos custodes ?

http://www.homo-numericus.net/spip.php?page=forum&id_breve=956

Quis custodiet ipsos custodes ?

Riche actualitĂ© cette semaine concernant la mise en place d’une sociĂ©tĂ© de
surveillance, objet de craintes de plus en plus nombreuses et vives. On peut
signaler pour commencer une parution, celle d’un petit ouvrage intitulĂ© Sous
Surveillance ! écrit par une géographe spécialiste des technologies de
l’information et un consultant en observation spatiale. Il s’agit, pour les
deux auteurs, de tenter de dĂ©mĂȘler le mythe de la rĂ©alitĂ© concernant un sujet
qui provoque peurs et fantasmes.

Le glissement progressif de notre époque vers une paranoïa globale fait
justement l’objet d’un colloque en ce moment mĂȘme au Palais de Tokyo. TrĂšs
intéressant, le programme incite en effet à mettre en relation tous les
éléments qui la nourrissent : vidéo-surveillance, environnements intelligents,
puces RFID, bases de données biométriques, etc.

Sur un plan plus concret, c’est le dĂ©ploiement programmĂ© d’un nombre toujours
plus important de camĂ©ras de surveillances dans nos rues qui a fait l’objet
d’une actualitĂ© des pouvoirs publics cette semaine. Le Ministre de l’intĂ©rieur
MichÚle Alliot-Marie avait en effet déclaré il y a quelques mois vouloir
tripler le nombre de caméras en fonctionnement dans les deux prochaines
années. Cette semaine, la CNIL lui répond. En réclamant en effet par une
lettre publique envoyée au Ministre, que le vidéo-surveillance tombe désormais
dans son domaine de compétence la commission Informatique et Libertés affirme
fermement que la généralisation des systÚmes de surveillance ne peut de faire
sans une certaine....surveillance. Bref, c’est le classique « qui gardera les
gardiens eux-mĂȘmes » de JuvĂ©nal qui revient en force.

Peurs d’un cĂŽtĂ©, gĂ©nĂ©ralisation du systĂšme de surveillance de l’autre,
inquiĂ©tudes par rapport Ă  ce mouvement ; le tableau ne serait pas complet s’il
ne faisait Ă©tat d’un phĂ©nomĂšne assez Ă©trange et qui est assez peu Ă©voquĂ© :
c’est l’acceptation et la demande par les populations elles-mĂȘmes de ces
systĂšmes de surveillance. Ainsi, selon l’enquĂȘte d’opinion commandĂ©e par la
CNIL, prÚs de 71% des Français se déclareraient favorable au déploiement de
camĂ©ras de vidĂ©o-surveillance. Ce sondage fait Ă©cho Ă  une autre enquĂȘte, trĂšs
curieuse, présentée récemment par le Pew Internet & american life Project,
montrant qu’une majoritĂ© de chinois approuvent la surveillance de l’Internet
par leur gouvernement, contrairement à ce qu’on pourrait croire (avec toutes
les rĂ©serves d’usage concernant ce type d’enquĂȘte menĂ© dans un pays oĂč la
libertĂ© d’expression n’est pas respectĂ©e).

Mais si les Chinois sont bien confrontés à un systÚme de surveillance de type
Big Brother, il n’en va pas forcĂ©ment de mĂȘme dans des pays plus
démocratiques. Ainsi, pour Jan Chipchase dont Internet Actu rapporte les
propos, il faudrait moins se mĂ©fier des mĂ©faits d’un Ă©ventuel Big Brother que
de ceux d’une « little sister ». Une sociĂ©tĂ© non pas de sur-, mais de
sous-veillance ; c’est ce qui nous attend si nous continuons Ă  cĂ©der Ă  la
pression sociale et technologique qui nous encourage Ă  rendre public chacun de
nos actes de notre vie quotidienne. Les logiciels sociaux, le développement du
« micro-blogging » et du « lifecast » que Fred Cavazza a récemment analysé sur
son blog sont autant de vecteurs de cette société trÚs particuliÚre qui nous
attend...pour notre plus grand contentement à ce qu’il semble.


_____
Liste de diffusion d'informations relatives à l'informatique et aux libertés
Info, dés/abonnement : http://listes.samizdat.net/sympa/info/actus_l

Gmane