14 May 08:13
[actus_l] Tests génétiques : les fausses promesses des marabouts technologiques
From: Bb! <bigband@...>
Subject: [actus_l] Tests génétiques : les fausses promesses des marabouts technologiques
Newsgroups: gmane.politics.activism.vie-privee.actu
Date: 2008-05-14 06:17:04 GMT
Expires: This article expires on 2008-05-28
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http://www.vivagora.org/spip.php?article280 Tests gĂ©nĂ©tiques : les fausses promesses des marabouts technologiques lundi 5 mai 2008 par François Rebufat popularitĂ© : 3% Un frottis buccal, un peu de salive, le tout dans une petite Ă©prouvette envoyĂ©e par la poste. A partir de cet Ă©chantillon, des spĂ©cialistes analysent votre ADN pour en tirer toutes sortes de conclusions. Si la mĂ©decine sâintĂ©resse au dĂ©pistage des maladies gĂ©nĂ©tiques ou Ă la dĂ©tection de prĂ©dispositions Ă des maladies multifactorielles, des start-ups de plus en plus nombreuses proposent des tests gĂ©nĂ©tiques pour des finalitĂ©s parfois moins sĂ©rieuses. Amour, bien-ĂȘtre, beautĂ©, alimentation⊠Une vaste panoplie de tests gĂ©nĂ©tiques Ă la mode â plus dâun millier dans le monde â est dĂ©sormais dĂ©roulĂ©e sur le marchĂ© international. Objectif : faire dĂ©bourser Ă un vaste public quelques centaines de dollars en lui faisant espĂ©rer que des rĂ©ponses Ă ses prĂ©occupations⊠rĂ©elles ou imaginaires seront trouvĂ©es dans les gĂ©nomes. LâONG ETC Group sâest rĂ©cemment alarmĂ©e de ce dĂ©veloppement anarchique (1). En France, des scientifiques et des membres de lâOffice parlementaire dâĂ©valuation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) proposent, dans le cadre de la rĂ©vision des lois de bioĂ©thique, de contraindre les tests Ă une autorisation de mise sur le marchĂ© (AMM) identique Ă celle qui existe pour les mĂ©dicaments. Les tests « qui ne font pas lâobjet dâun remboursement ne sont soumis Ă aucune rĂ©glementation », remarque HervĂ© Chneiweiss, membre du comitĂ© dâĂ©thique de lâInserm. Pour tous ces diagnostics concernant de prĂšs ou de loin la santĂ© des personnes, des questions Ă©thiques, sociales et sanitaires ne manquent pas de se poser. Des prĂ©visions incertaines En France, les tests gĂ©nĂ©tiques sont encadrĂ©s par la loi du 6 aoĂ»t 2004 qui prĂ©cise que « lâexamen des caractĂ©ristiques gĂ©nĂ©tiques dâune personne ne peut ĂȘtre entrepris quâĂ des fins mĂ©dicales ou de recherche scientifique ». Parmi les 6 000 maladies gĂ©nĂ©tiques rĂ©pertoriĂ©es (2), seules 10 % sont aujourdâhui concernĂ©es par les tests gĂ©nĂ©tiques, selon lâAgence de la biomĂ©decine (3). Les pathologies qualifiĂ©es de multifactorielles ne peuvent ĂȘtre prĂ©dites avec assurance uniquement par lâanalyse gĂ©nĂ©tique : le contexte et lâenvironnement de la personne jouent un rĂŽle significatif, en interaction avec des caractĂ©ristiques gĂ©nĂ©tiques, dans le dĂ©veloppement Ă©ventuel de la maladie. Aussi dâautres tests visent-ils Ă dĂ©tecter dans le gĂ©nome des prĂ©dispositions aux maladies dites « complexes » : cancers, sclĂ©rose en plaques, diabĂštes, obĂ©sitĂ©... Si lâobjectif de ces dĂ©pistages est avant tout dâanticiper lâavenir de santĂ© dâun sujet pour mieux le prĂ©parer, caractĂ©riser des personnes comme des « malades en devenir » nâest pas sans consĂ©quences. La connaissance dâun « risque gĂ©nĂ©tique » devient alors un risque psychologique. Pour les maladies monogĂ©niques (un seul gĂšne responsable), la question se pose pour la personne de vivre avec la « certitude » dâĂȘtre « gĂ©nĂ©tiquement condamnĂ©e », mĂȘme sâil est rarement possible de prĂ©dire Ă quel moment et avec quelle gravitĂ© la maladie va se manifester. Dans le cas des maladies multifactorielles ou multigĂ©niques, « Ă lâexception de quelques maladies, le rĂ©sultat positif dâun test ne signifie pas nĂ©cessairement que la personne tombera malade », prĂ©cise lâAgence de la biomĂ©decine (3). Par exemple, un test gĂ©nĂ©tique sur lâautisme est en dĂ©veloppement par une entreprise française, IntegraGen (Evry). En cas de rĂ©ponse positive, le risque dâautisme serait de 10 %. « Neuf enfants sur dix seraient Ă©tiquetĂ©s ââprĂ©-autistesââ, considĂ©rĂ©s comme ââĂ risqueââ et soumis Ă un traitement prĂ©ventif. Sâils nâĂ©taient pas autistes, ce systĂšme fera en sorte quâils le deviennent », a mis en garde Bertrand Jordan, biologiste molĂ©culaire (4). Ethique et dĂ©ontologie Incertitude dans la manifestation de la maladie et sa sĂ©vĂ©ritĂ©, interprĂ©tation des rĂ©sultats difficile nĂ©cessitant de prendre en compte lâhistorique de la personne, qualitĂ© et fiabilitĂ© des tests proposĂ©s discutables sont autant de limites qui rendent ces « prĂ©-diagnostics » dĂ©licats et devraient obliger ceux qui les mĂšnent Ă suivre un protocole dĂ©ontologique strict. En France, leur rĂ©alisation implique information et consentement de la personne, analyse et interprĂ©tation des rĂ©sultats par des spĂ©cialistes agréés par lâAgence de la biomĂ©decine et un suivi personnalisĂ© du patient par un conseil gĂ©nĂ©tique au vu des rĂ©sultats. La loi française garantit le caractĂšre privĂ© des rĂ©sultats, lâassurance que « nul ne peut faire lâobjet de discrimination en raison de ses caractĂ©ristiques gĂ©nĂ©tiques » et que ces derniĂšres ne peuvent ĂȘtre utilisĂ©es par des entreprises privĂ©es, mĂȘme avec accord de la personne concernĂ©e. Se pose toutefois la question du droit Ă lâignorance, tant pour la personne que pour sa famille. Les maladies monogĂ©niques sans traitement connu doivent-elles faire lâobjet de dĂ©pistage ? Faut-il en informer le « futur malade » ? Plus gĂ©nĂ©ralement, les membres de la famille, naturellement concernĂ©es par une information gĂ©nĂ©tique partagĂ©e, doivent-ils aussi ĂȘtre informĂ©s des rĂ©sultats dâun test gĂ©nĂ©tique ? Quâen est-il en Europe ? Le paysage europĂ©en se montre assez hĂ©tĂ©rogĂšne, de nombreux pays nâoffrant que peu ou pas de rĂ©glementations pour ces pratiques. La directive europĂ©enne 98/79/CE relative aux dispositifs mĂ©dicaux de diagnostic in vitro impose certes des obligations de sĂ©curitĂ© et de qualitĂ©, mais ne sâintĂ©resse aucunement au suivi des personnes et Ă lâexploitation des rĂ©sultats des tests. Lâunique texte europĂ©en contraignant est la Convention sur les droits de lâhomme et la biomĂ©decine du Conseil de lâEurope (5). Il limite notamment ces tests au seul usage mĂ©dical (ou Ă la recherche) et interdit toute discrimination sur leurs bases. Aux Etats-Unis, la rĂ©glementation concerne principalement la non-discrimination et le respect de la vie privĂ©e, et aucunement la qualitĂ© ou la finalitĂ© des tests. La lĂ©gislation incombant aux Etats, de nombreuses sociĂ©tĂ©s opĂšrent donc sans encadrement spĂ©cifique en proposant toutes sortes de tests gĂ©nĂ©tiques directement au consommateur final, notamment via lâInternet. MĂ©decine personnalisĂ©e et inĂ©galitĂ©s Si le dĂ©pistage de prĂ©dispositions gĂ©nĂ©tiques soulĂšve de nombreuses questions Ă©thiques, lâutilisation de lâinformation gĂ©nĂ©tique pour produire et administrer des mĂ©dicaments spĂ©cifiquement adaptĂ©s Ă des « catĂ©gories de malades pose de nouvelles questions sociales et Ă©conomiques. La pharmacogĂ©nĂ©tique, qui permet dâenvisager des traitements personnalisĂ©s, optimisant leur efficacitĂ© et limitant les effets secondaires, ne sera pas sans consĂ©quences sur les coĂ»ts des traitements. Risque-t-elle dâaccentuer un systĂšme de soins Ă deux vitesses qui pointe dĂ©jĂ : soins « de masse » pour les moins fortunĂ©s et soins « individualisĂ©s » pour ceux qui en ont les moyens via des mĂ©dicaments destinĂ©s Ă certaines « populations gĂ©nĂ©tiques » ? Certes discutable, cette logique industrielle pourrait aussi sâavĂ©rer bĂ©nĂ©fique. Une meilleure connaissance des causes â entre autres gĂ©nĂ©tiques â des sensibilitĂ©s individuelles Ă des produits retirĂ©s du marchĂ© pour leurs effets secondaires permettrait de rĂ©utiliser ces produits chez des malades « gĂ©nĂ©tiquement compatibles » et ainsi de leur donner une seconde vie commerciale et socialement utile. La "gĂ©nĂ©tique people" Sur scientificmatch.com, la « science de lâamour », pour reprendre le langage marketing de la sociĂ©tĂ©, aide Ă identifier lâĂąme « chimiquement » sĆur. La comparaison des gĂ©nomes permet non seulement de prĂ©dire la satisfaction sexuelle des deux partenaires, de garantir la lâapprĂ©ciation rĂ©ciproque des odeurs corporelles, mais surtout dâassurer une bonne fĂ©conditĂ© et la conception dâune progĂ©niture pourvue dâun systĂšme immunitaire performant. Cygene Direct (cygenedirect.com) prĂ©dit quant Ă lui les performances athlĂ©tiques du sujet et dĂ©tecte ses Ă©ventuelles dispositions ou indispositions Ă la pratique de certaines activitĂ©s physiques. Dâautres sociĂ©tĂ©s surfent sur des prĂ©occupations « Ă la mode » en prĂ©disant la façon dont un sujet mĂ©tabolise la cafĂ©ine, en Ă©valuant son potentiel dâaddiction Ă la nicotine, en dĂ©cryptant ses caractĂ©ristiques dermiques en termes de vieillissement et dâentretien de la peau, ou encore en dĂ©tectant les sĂ©quences gĂ©nĂ©tiques responsables de dĂ©sĂ©quilibres nutritionnels. Selon les cas, les firmes commercialisent des complĂ©ments nutritionnels ou des soins Ă©pidermiques adaptĂ©s au profil gĂ©nĂ©tique du client. Surfant sur la vague du net, certaines sociĂ©tĂ©s se lancent dans le dĂ©veloppement de sites de rĂ©seaux sociaux reposant sur des critĂšres gĂ©nomiques. Profils gĂ©nĂ©tiques et « amis » gĂ©nĂ©tiquement appareillĂ©s sont au rendez-vous. Un intĂ©rĂȘt limitĂ© Outre le cĂŽtĂ© risible et pathĂ©tique de cette sociĂ©tĂ© qui se regarde en permanence le nombril, comment ĂȘtre sĂ»r de la qualitĂ© des tests et services proposĂ©s ? Quand ces derniers concernent la santĂ©, le client peut-il faire confiance aux prĂ©dictions fournies et aux Ă©ventuels traitements proposĂ©s ? Pour lâONG ETC group (1), ces tests sâavĂšreraient dâun usage limitĂ© et potentiellement nĂ©faste pour la santĂ© des clients en crĂ©ant une confusion entre « rĂ©sultats dâun test gĂ©nĂ©tique » et « diagnostic mĂ©dical ». Lâentreprise 23andMe, qui propose diffĂ©rents tests concernant, entre autres, les prĂ©dispositions devant la maladie, prĂ©cise mĂȘme dans sa convention que « le service 23andMe nâest pas un test ni un nĂ©cessaire conçu pour diagnostiquer une maladie ou un problĂšme de santĂ© et nâest pas censĂ© offrir un diagnostic mĂ©dical », renvoyant le client Ă un professionnel de la santĂ© en cas dâinquiĂ©tude. Ce mĂ©lange entre tests gĂ©nĂ©tiques ciblant des maladies graves et devant ĂȘtre assurĂ©es par des services mĂ©dicaux compĂ©tents et ceux concernant le bien-ĂȘtre, la « para-mĂ©decine » ou le simple divertissement accentue cette confusion chez le « client/malade ». Le risque serait quâil sous-estime des rĂ©sultats justifiant un suivi mĂ©dical sĂ©rieux ou au contraire quâil amplifie une information anecdotique et se ruine inutilement en soins et « para-soins ». Une information gĂ©nĂ©tique convoitĂ©e Par ailleurs, toutes ces pratiques posent la question de la confidentialitĂ© des informations gĂ©nĂ©tiques dĂ©tenues par ces firmes et lâexploitation de ces derniĂšres Ă des fins financiĂšres ou de sĂ©grĂ©gation. Selon ETC Group (1), « le respect des informations privĂ©es serait illusoire », la responsabilitĂ© de « fuites » Ă©tant portĂ©e par le client et non par la compagnie. Les services de police ou la justice peuvent Ă©videmment consulter les dossiers sur demande. De plus, la compagnie devient propriĂ©taire de votre ADN : « Votre salive, une fois quâelle nous est soumise et que nous lâavons analysĂ©e, devient notre propriĂ©tĂ© », avertit lâentreprise 23andMe sur sa page « Terms of service ». Lâobjectif nâest-il pas finalement dâobtenir un maximum dâĂ©chantillons pour identifier et cataloguer les nombreuses variations gĂ©nomiques humaines et les associer dans un second temps Ă des phĂ©notypes spĂ©cifiques afin dâen dĂ©duire des statistiques significatives ? Ces sociĂ©tĂ©s, une fois propriĂ©taires de ce matĂ©riel humain, peuvent en revendre les droits dâaccĂšs Ă divers laboratoires, sans aucune contrepartie pour les possesseurs dĂ©possĂ©dĂ©s.. ETC group estime le chiffre dâaffaires de ces sociĂ©tĂ©s pratiquant ces tests gĂ©nĂ©tiques Ă 730 millions de dollars, en croissance de 20 % annuellement (1). Mais le Dr Danielle Freedman, directrice mĂ©dicale de lâhĂŽpital Luton and Dunstable Hospital NHS Trust (Luton, Royaume-Uni), avance quant Ă elle le chiffre de 8 milliards de dollars pour lâensemble des sociĂ©tĂ©s spĂ©cialisĂ©es dans les tests et le diagnostic (6). Ces pratiques sont-elles clairement explicitĂ©es Ă un public concernĂ© par lâĂ©volution du systĂšme de santĂ© ? Les citoyens sont-ils informĂ©s des finalitĂ©s de ces pratiques ? Sont-ils favorables Ă lâĂ©largissement des tests gĂ©nĂ©tiques et au dĂ©veloppement dâune mĂ©decine personnalisĂ©e avec les bĂ©nĂ©fices, risques et dĂ©rives que cela implique ? Des cadres de rĂ©gulation internationaux sont-ils envisagĂ©s pour Ă©viter que des lĂ©gislations locales soient dĂ©tournĂ©es par des compagnies opĂ©rant sur internet ? Peu de rĂ©ponses positives Ă ces questions, alors quâun important marchĂ© de la gĂ©nĂ©tique humaine se met en place sans que les questions dâĂ©galitĂ© devant les soins, de respect de la « personne gĂ©nĂ©tique » et dâĂ©thique mĂ©dicale ne soient vraiment posĂ©es et encore moins discutĂ©es dans le grand public. (1) Direct-to-Consumer DNA testing and the myth of personalized medicine, mars 2008, http://www.etcgroup.org/en/materials/publications.html ?pub_id=675 (2) Online Mendelian Inheritance in Man, http://www.ncbi.nlm.nih.gov/omim/ (3) Tests gĂ©nĂ©tiques en accĂšs libre et pharmacogĂ©nĂ©tique : quels enjeux individuels et collectifs pour lâEurope ? SĂ©minaire europĂ©en, octobre 2007, http://www.agence-biomedecine.fr/fr/presse/doc/DP-colloque021007.pdf (4) SPS n° 269, octobre 2005, http://www.pseudo-sciences.org/spip.php ?article465 ; voir aussi le rapport du ComitĂ© dâĂ©thique de lâInserm http://www.inserm-actualites.com/index.php ?id=506 ; et le cas des maladies psychiatriques dans cet article du Guardian http://www.guardian.co.uk/science/2008/feb/03/genetics.mentalhealth (5) http://conventions.coe.int/Treaty/FR/Treaties/Html/164.htm (6) J. Randerson, « Scientists urge more regulation of DIY kits for health checks », The Guardian, 11 mars 2008, http://www.guardian.co.uk/society/2008/mar/11/health.medicalresearch
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