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[actus_l] Tests génétiques : les fausses promesses des marabouts technologiques

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Tests génétiques : les fausses promesses des marabouts technologiques
lundi 5 mai 2008
par François Rebufat
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Un frottis buccal, un peu de salive, le tout dans une petite éprouvette
envoyée par la poste. A partir de cet échantillon, des spécialistes analysent
votre ADN pour en tirer toutes sortes de conclusions. Si la médecine
s’intĂ©resse au dĂ©pistage des maladies gĂ©nĂ©tiques ou Ă  la dĂ©tection de
prédispositions à des maladies multifactorielles, des start-ups de plus en
plus nombreuses proposent des tests génétiques pour des finalités parfois
moins sérieuses.

Amour, bien-ĂȘtre, beautĂ©, alimentation
 Une vaste panoplie de tests gĂ©nĂ©tiques
Ă  la mode – plus d’un millier dans le monde – est dĂ©sormais dĂ©roulĂ©e sur le
marché international. Objectif : faire débourser à un vaste public quelques
centaines de dollars en lui faisant espérer que des réponses à ses
prĂ©occupations
 rĂ©elles ou imaginaires seront trouvĂ©es dans les gĂ©nomes. L’ONG
ETC Group s’est rĂ©cemment alarmĂ©e de ce dĂ©veloppement anarchique (1). En
France, des scientifiques et des membres de l’Office parlementaire
d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) proposent,
dans le cadre de la révision des lois de bioéthique, de contraindre les tests
à une autorisation de mise sur le marché (AMM) identique à celle qui existe
pour les mĂ©dicaments. Les tests « qui ne font pas l’objet d’un remboursement
ne sont soumis à aucune réglementation », remarque Hervé Chneiweiss, membre du
comitĂ© d’éthique de l’Inserm. Pour tous ces diagnostics concernant de prĂšs ou
de loin la santé des personnes, des questions éthiques, sociales et sanitaires
ne manquent pas de se poser.

Des prévisions incertaines
En France, les tests génétiques sont encadrés par la loi du 6 août 2004 qui
prĂ©cise que « l’examen des caractĂ©ristiques gĂ©nĂ©tiques d’une personne ne peut
ĂȘtre entrepris qu’à des fins mĂ©dicales ou de recherche scientifique ». Parmi
les 6 000 maladies gĂ©nĂ©tiques rĂ©pertoriĂ©es (2), seules 10 % sont aujourd’hui
concernĂ©es par les tests gĂ©nĂ©tiques, selon l’Agence de la biomĂ©decine (3). Les
pathologies qualifiĂ©es de multifactorielles ne peuvent ĂȘtre prĂ©dites avec
assurance uniquement par l’analyse gĂ©nĂ©tique : le contexte et l’environnement
de la personne jouent un rĂŽle significatif, en interaction avec des
caractéristiques génétiques, dans le développement éventuel de la maladie.
Aussi d’autres tests visent-ils Ă  dĂ©tecter dans le gĂ©nome des prĂ©dispositions
aux maladies dites « complexes » : cancers, sclérose en plaques, diabÚtes,
obésité...

Si l’objectif de ces dĂ©pistages est avant tout d’anticiper l’avenir de santĂ©
d’un sujet pour mieux le prĂ©parer, caractĂ©riser des personnes comme des «
malades en devenir » n’est pas sans consĂ©quences. La connaissance d’un «
risque génétique » devient alors un risque psychologique. Pour les maladies
monogéniques (un seul gÚne responsable), la question se pose pour la personne
de vivre avec la « certitude » d’ĂȘtre « gĂ©nĂ©tiquement condamnĂ©e », mĂȘme s’il
est rarement possible de prédire à quel moment et avec quelle gravité la
maladie va se manifester. Dans le cas des maladies multifactorielles ou
multigĂ©niques, « Ă  l’exception de quelques maladies, le rĂ©sultat positif d’un
test ne signifie pas nécessairement que la personne tombera malade », précise
l’Agence de la biomĂ©decine (3). Par exemple, un test gĂ©nĂ©tique sur l’autisme
est en développement par une entreprise française, IntegraGen (Evry). En cas
de rĂ©ponse positive, le risque d’autisme serait de 10 %. « Neuf enfants sur
dix seraient Ă©tiquetĂ©s ’’prĂ©-autistes’’, considĂ©rĂ©s comme ’’à risque’’ et
soumis Ă  un traitement prĂ©ventif. S’ils n’étaient pas autistes, ce systĂšme
fera en sorte qu’ils le deviennent », a mis en garde Bertrand Jordan,
biologiste moléculaire (4).

Ethique et déontologie
Incertitude dans la manifestation de la maladie et sa sévérité, interprétation
des rĂ©sultats difficile nĂ©cessitant de prendre en compte l’historique de la
personne, qualité et fiabilité des tests proposés discutables sont autant de
limites qui rendent ces « pré-diagnostics » délicats et devraient obliger ceux
qui les mÚnent à suivre un protocole déontologique strict. En France, leur
réalisation implique information et consentement de la personne, analyse et
interprĂ©tation des rĂ©sultats par des spĂ©cialistes agréés par l’Agence de la
biomédecine et un suivi personnalisé du patient par un conseil génétique au vu
des résultats.

La loi française garantit le caractĂšre privĂ© des rĂ©sultats, l’assurance que «
nul ne peut faire l’objet de discrimination en raison de ses caractĂ©ristiques
gĂ©nĂ©tiques » et que ces derniĂšres ne peuvent ĂȘtre utilisĂ©es par des
entreprises privĂ©es, mĂȘme avec accord de la personne concernĂ©e. Se pose
toutefois la question du droit à l’ignorance, tant pour la personne que pour
sa famille. Les maladies monogéniques sans traitement connu doivent-elles
faire l’objet de dĂ©pistage ? Faut-il en informer le « futur malade » ? Plus
généralement, les membres de la famille, naturellement concernées par une
information gĂ©nĂ©tique partagĂ©e, doivent-ils aussi ĂȘtre informĂ©s des rĂ©sultats
d’un test gĂ©nĂ©tique ?

Qu’en est-il en Europe ? Le paysage europĂ©en se montre assez hĂ©tĂ©rogĂšne, de
nombreux pays n’offrant que peu ou pas de rĂ©glementations pour ces pratiques.
La directive européenne 98/79/CE relative aux dispositifs médicaux de
diagnostic in vitro impose certes des obligations de sécurité et de qualité,
mais ne s’intĂ©resse aucunement au suivi des personnes et Ă  l’exploitation des
rĂ©sultats des tests. L’unique texte europĂ©en contraignant est la Convention
sur les droits de l’homme et la biomĂ©decine du Conseil de l’Europe (5). Il
limite notamment ces tests au seul usage médical (ou à la recherche) et
interdit toute discrimination sur leurs bases. Aux Etats-Unis, la
réglementation concerne principalement la non-discrimination et le respect de
la vie privée, et aucunement la qualité ou la finalité des tests. La
législation incombant aux Etats, de nombreuses sociétés opÚrent donc sans
encadrement spécifique en proposant toutes sortes de tests génétiques
directement au consommateur final, notamment via l’Internet.

Médecine personnalisée et inégalités
Si le dépistage de prédispositions génétiques soulÚve de nombreuses questions
Ă©thiques, l’utilisation de l’information gĂ©nĂ©tique pour produire et
administrer des médicaments spécifiquement adaptés à des « catégories de
malades pose de nouvelles questions sociales et économiques. La
pharmacogĂ©nĂ©tique, qui permet d’envisager des traitements personnalisĂ©s,
optimisant leur efficacité et limitant les effets secondaires, ne sera pas
sans consĂ©quences sur les coĂ»ts des traitements. Risque-t-elle d’accentuer un
systÚme de soins à deux vitesses qui pointe déjà : soins « de masse » pour les
moins fortunés et soins « individualisés » pour ceux qui en ont les moyens via
des médicaments destinés à certaines « populations génétiques » ? Certes
discutable, cette logique industrielle pourrait aussi s’avĂ©rer bĂ©nĂ©fique. Une
meilleure connaissance des causes – entre autres gĂ©nĂ©tiques – des sensibilitĂ©s
individuelles à des produits retirés du marché pour leurs effets secondaires
permettrait de réutiliser ces produits chez des malades « génétiquement
compatibles » et ainsi de leur donner une seconde vie commerciale et
socialement utile. La "génétique people" Sur scientificmatch.com, la « science
de l’amour », pour reprendre le langage marketing de la sociĂ©tĂ©, aide Ă 
identifier l’ñme « chimiquement » sƓur. La comparaison des gĂ©nomes permet non
seulement de prédire la satisfaction sexuelle des deux partenaires, de
garantir la l’apprĂ©ciation rĂ©ciproque des odeurs corporelles, mais surtout
d’assurer une bonne fĂ©conditĂ© et la conception d’une progĂ©niture pourvue d’un
systÚme immunitaire performant. Cygene Direct (cygenedirect.com) prédit quant
à lui les performances athlétiques du sujet et détecte ses éventuelles
dispositions ou indispositions à la pratique de certaines activités physiques.
D’autres sociĂ©tĂ©s surfent sur des prĂ©occupations « Ă  la mode » en prĂ©disant la
façon dont un sujet métabolise la caféine, en évaluant son potentiel
d’addiction Ă  la nicotine, en dĂ©cryptant ses caractĂ©ristiques dermiques en
termes de vieillissement et d’entretien de la peau, ou encore en dĂ©tectant les
séquences génétiques responsables de déséquilibres nutritionnels. Selon les
cas, les firmes commercialisent des compléments nutritionnels ou des soins
épidermiques adaptés au profil génétique du client.

Surfant sur la vague du net, certaines sociétés se lancent dans le
développement de sites de réseaux sociaux reposant sur des critÚres
génomiques. Profils génétiques et « amis » génétiquement appareillés sont au
rendez-vous.

Un intĂ©rĂȘt limitĂ© Outre le cĂŽtĂ© risible et pathĂ©tique de cette sociĂ©tĂ© qui se
regarde en permanence le nombril, comment ĂȘtre sĂ»r de la qualitĂ© des tests et
services proposés ? Quand ces derniers concernent la santé, le client peut-il
faire confiance aux prédictions fournies et aux éventuels traitements
proposĂ©s ? Pour l’ONG ETC group (1), ces tests s’avĂšreraient d’un usage limitĂ©
et potentiellement néfaste pour la santé des clients en créant une confusion
entre « rĂ©sultats d’un test gĂ©nĂ©tique » et « diagnostic mĂ©dical ».
L’entreprise 23andMe, qui propose diffĂ©rents tests concernant, entre autres,
les prĂ©dispositions devant la maladie, prĂ©cise mĂȘme dans sa convention que «
le service 23andMe n’est pas un test ni un nĂ©cessaire conçu pour diagnostiquer
une maladie ou un problĂšme de santĂ© et n’est pas censĂ© offrir un diagnostic
médical », renvoyant le client à un professionnel de la santé en cas
d’inquiĂ©tude.

Ce mĂ©lange entre tests gĂ©nĂ©tiques ciblant des maladies graves et devant ĂȘtre
assurĂ©es par des services mĂ©dicaux compĂ©tents et ceux concernant le bien-ĂȘtre,
la « para-médecine » ou le simple divertissement accentue cette confusion chez
le « client/malade ». Le risque serait qu’il sous-estime des rĂ©sultats
justifiant un suivi mĂ©dical sĂ©rieux ou au contraire qu’il amplifie une
information anecdotique et se ruine inutilement en soins et « para-soins ».

Une information génétique convoitée
Par ailleurs, toutes ces pratiques posent la question de la confidentialité
des informations gĂ©nĂ©tiques dĂ©tenues par ces firmes et l’exploitation de ces
derniÚres à des fins financiÚres ou de ségrégation. Selon ETC Group (1), « le
respect des informations privées serait illusoire », la responsabilité de «
fuites » étant portée par le client et non par la compagnie. Les services de
police ou la justice peuvent évidemment consulter les dossiers sur demande. De
plus, la compagnie devient propriétaire de votre ADN : « Votre salive, une
fois qu’elle nous est soumise et que nous l’avons analysĂ©e, devient notre
propriĂ©tĂ© », avertit l’entreprise 23andMe sur sa page « Terms of service ».

L’objectif n’est-il pas finalement d’obtenir un maximum d’échantillons pour
identifier et cataloguer les nombreuses variations génomiques humaines et les
associer dans un second temps Ă  des phĂ©notypes spĂ©cifiques afin d’en dĂ©duire
des statistiques significatives ? Ces sociétés, une fois propriétaires de ce
matĂ©riel humain, peuvent en revendre les droits d’accĂšs Ă  divers laboratoires,
sans aucune contrepartie pour les possesseurs dépossédés.. ETC group estime le
chiffre d’affaires de ces sociĂ©tĂ©s pratiquant ces tests gĂ©nĂ©tiques Ă  730
millions de dollars, en croissance de 20 % annuellement (1). Mais le Dr
Danielle Freedman, directrice mĂ©dicale de l’hĂŽpital Luton and Dunstable
Hospital NHS Trust (Luton, Royaume-Uni), avance quant Ă  elle le chiffre de 8
milliards de dollars pour l’ensemble des sociĂ©tĂ©s spĂ©cialisĂ©es dans les tests
et le diagnostic (6).

Ces pratiques sont-elles clairement explicitées à un public concerné par
l’évolution du systĂšme de santĂ© ? Les citoyens sont-ils informĂ©s des finalitĂ©s
de ces pratiques ? Sont-ils favorables Ă  l’élargissement des tests gĂ©nĂ©tiques
et au dĂ©veloppement d’une mĂ©decine personnalisĂ©e avec les bĂ©nĂ©fices, risques
et dérives que cela implique ? Des cadres de régulation internationaux
sont-ils envisagés pour éviter que des législations locales soient détournées
par des compagnies opérant sur internet ? Peu de réponses positives à ces
questions, alors qu’un important marchĂ© de la gĂ©nĂ©tique humaine se met en
place sans que les questions d’égalitĂ© devant les soins, de respect de la «
personne gĂ©nĂ©tique » et d’éthique mĂ©dicale ne soient vraiment posĂ©es et encore
moins discutées dans le grand public.

(1) Direct-to-Consumer DNA testing and the myth of personalized medicine, mars
2008, http://www.etcgroup.org/en/materials/publications.html ?pub_id=675 (2)
Online Mendelian Inheritance in Man, http://www.ncbi.nlm.nih.gov/omim/ (3)
Tests génétiques en accÚs libre et pharmacogénétique : quels enjeux
individuels et collectifs pour l’Europe ? SĂ©minaire europĂ©en, octobre 2007,
http://www.agence-biomedecine.fr/fr/presse/doc/DP-colloque021007.pdf (4) SPS
n° 269, octobre 2005, http://www.pseudo-sciences.org/spip.php ?article465 ;
voir aussi le rapport du ComitĂ© d’éthique de l’Inserm
http://www.inserm-actualites.com/index.php ?id=506 ; et le cas des maladies
psychiatriques dans cet article du Guardian
http://www.guardian.co.uk/science/2008/feb/03/genetics.mentalhealth (5)
http://conventions.coe.int/Treaty/FR/Treaties/Html/164.htm (6) J. Randerson, «
Scientists urge more regulation of DIY kits for health checks », The Guardian,
11 mars 2008,
http://www.guardian.co.uk/society/2008/mar/11/health.medicalresearch


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