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[actus_l] Edvige: un fichier de plus, un fichier de trop ?
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Subject: [actus_l] Edvige: un fichier de plus, un fichier de trop ?
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Date: 2008-07-25 08:28:28 GMT
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Edvige: un fichier de plus, un fichier de trop ?
Par Arthur Nazaret | Etudiant, IEP de Lyon | 24/07/2008 | 21H40
Trente-sept: câest le nombre de fichiers de police et de gendarmerie existant
en France. Une prolifération qui inquiÚte.
Au commissariat de Nanterre (DR).
CâĂ©tait le premier juillet. Le Journal officiel publiait le dĂ©cret de
naissance du fichier Edvige (Exploitation documentaire et valorisation de
lâinformation gĂ©nĂ©rale). Il sâagissait de mĂȘler les fichiers des RG et ceux de
la DST, ces deux entitĂ©s fusionnant. Mais, pour beaucoup dâassociation, prĂšs
de 300, le ministĂšre de lâIntĂ©rieur est allĂ© plus loin. Trop loin.
Depuis, le 10 juillet une pétition circule, en attendant un recours devant le
Conseil dâEtat. Alain Bauer, lui, criminologue et auteur en 2007 dâune Ă©tude
sur les fichiers de police et de gendarmerie, estime quâil nây a là « rien de
nouveau sous le soleil ». Selon lui, ce nâest pas ce fichier qui nous fera
passer dans une société de surveillance. Pour une raison simple : on y est
déjà !
Car dans le monde de la surveillance, ce fichier nâest pas seul. En 2OO7, le
rapport Bauer en énumérait déjà trente six. « On voit fleurir des fichiers
dans lesquels prévaut la logique policiÚre et non pas la logique judiciaire,
estime HélÚne Franco, secrétaire générale du Syndicat de la magistrature. Des
personnes qui sont innocentes, présumées innocentes, ou déclarées innocentes
se retrouvent dans ce type de fichier, ça nous semble particuliÚrement
dangereux ».
Mais, il nây a pas que le milieu associatif qui sâen inquiĂšte. « On a tendance
aujourdâhui Ă crĂ©er trop de fichiers avant dâavoir vu les effets de ceux qui
existaient dĂ©jĂ , note Alex TĂŒrk, prĂ©sident de la Cnil. Nous avons une
angoisse, dans lâensemble des pays europĂ©ens, sur la prolifĂ©ration des
fichiers ».
Les fichiers de la colĂšre
Parmi les fichiers les plus pointés du doigt se trouvent le Stic, le FNAEG, et
le fichier des étrangers. Le Stic est le grand fichier de la police, issu du
plan Joxe en 1985. Définitivement mise en place en 1998. Officialisé en⊠2001.
Il recense les procédures judiciaires et les infractions. Et comprend aussi
bien les personnes mises en cause que les victimes. Quâelles soient majeures
ou mineurs. Un fichier souvent mal mis Ă jour puisquâil contient, selon la
Cnil un taux dâerreurs dâenviron 25 %. Ce qui parfois conduit Ă Ă©vincer par
erreur certaines personnes de certains emplois⊠Les données sont conservées
jusquâĂ quarante ans. 85 000 personnes y ont accĂšs.
Le fichier national des empreintes génétiques (FNAEG), lui a été crée en 1998.
A la base il concernait seulement la répression des infractions sexuelles et
la protection des mineurs. Depuis, il a été élargi en 2001, puis 2003 pour
devenir « un outil dâidentification criminelle « gĂ©nĂ©raliste », selon le
rapport Bauer. DâoĂč sa croissance exponentielle. Pour HĂ©lĂšne Franco, le
problÚme est que ce fichier « concerne aussi des mineurs. Et pas uniquement
des personnes condamnées par la justice».
Autre fichier peu apprĂ©ciĂ© Ă gauche, le Fichier des personnes nĂ©es Ă
lâĂ©tranger (FPNE). Le rapport Bauer, prĂ©cise que « chaque militaire Ă©tablit
une fiche dĂšs lors quâune personne nĂ©e Ă lâĂ©tranger entre en contact avec une
unité de gendarmerie. » Environ sept millions de personnes y seraient
inscrites. « On ne comprend pas la finalitĂ©, en terme dâenquĂȘte judiciaire ou
pour la sécurité publique, nous déclare HélÚne Franco. On est dans une logique
dâintrusion ».
Car dans lâarbitrage dĂ©licat entre sĂ©curitĂ© et libertĂ©, la premiĂšre semble
désormais prévaloir systématiquement sur la seconde. Une tendance renforcée
par les traumatismes nés du 11-Septembre. Dans « La Globalisation de la
surveillance », Armand Mattelart, sociologue à Paris-VIII, écrit ainsi:
« Ne pas vouloir ĂȘtre mis en fiche, voilĂ le crime aujourdâhui. »
DĂ©nonçant une sociĂ©tĂ© dans laquelle « la sĂ©curitĂ© sâest muĂ©e en obsession
sĂ©curitaire », le chercheur sâĂ©meut de lâapathie du public: « Au niveau des
mentalitĂ©s collectives, une sorte dâaccoutumance sâest créée qui a Ă©largi les
seuils de tolĂ©rance et a fait que beaucoup consentent, sans mĂȘme parfois sâen
apercevoir, des abandons importants de leur sphÚre privée et de leurs droits
fondamentaux. »
Des registres de baptĂȘmes en 1539 au traçage scientifique
Certes, la logique de fichier nâest pas nouvelle. DĂšs 1539, lâEglise commence
Ă tenir des registres de baptĂȘmes. Le problĂšme, pour le criminologue Alain
Bauer, nâest pas tant le fichage mais la maniĂšre dont on gĂšre et dont on
contrĂŽle ces fichiers. Avec lâarrivĂ©e de lâinformatique, les progrĂšs
scientifiques et technologiques ont changé la donne, comme le montrent
Françoise de Blomac et Thierry Rousselin dans leur livre "Sous Surveillance".
Cela rend possible ce quâAlex Turk appelle un double traçage. Traçage, dans
lâespace: biomĂ©trie, gĂ©olocalisation, vidĂ©osurveillance, rĂ©quisition sur les
cartes bancaires, sur les tĂ©lĂ©phones portables, les pass Navigo, puces RFIdesâŠ
Et traçage dans le temps, via les traces que lâon laisse sur Internet avec les
réseaux sociaux, les moteurs de recherches:
Cette accumulation de fichiers mÚne au phénomÚne de la « grenouille
Ă©bouillantĂ©e ». Jetez une grenouille dans de lâeau bouillante, elle
sâĂ©chappera. En revanche, si la tempĂ©rature monte peu Ă peu, lâamphibien ne
sâaperçoit de rien et meurt. Selon Alex TĂŒrk, pour le citoyen, câest pareil:
âș Lire aussi: "Sous surveillance! DĂ©mĂȘler le mythe de la rĂ©alitĂ©" par
Françoise de Blomac et Thierry Rousselin - Les Carnets de lâInfo, 2008 -
253p., 16âŹ. âș "La Globalisation de la surveillance - Aux origines de lâordre
sĂ©curitaire" par Armand Mattelart - La DĂ©couverte, 2007 - 259p., 18âŹ. âș Le 28e
rapport de la Cnil, édition 2008.
Edvige va trop loin?
Le fichier Edvige suscite la colÚre des associations. Pour HélÚne Franco, du
Syndicat de la magistrature, le problĂšme est quâ« on va pouvoir ficher des
informations extrĂȘmement large, Ă caractĂšre personnel sur potentiellement
toute la population de plus de treize ans, mais évidemment plus spécifiquement
les militants et le monde associatif, avec des informations Ă caractĂšre trĂšs
intime ».
Le fond du texte fait polémique, mais la controverse existe aussi sur deux
points plus prĂ©cis: 1. Selon Alex TĂŒrk, prĂ©sident de la Cnil, le gouvernement
ne souhaitait pas publier lâinformation au JO (ce que dĂ©ment GĂ©rard Gachet,
porte-parole du ministĂšre de lâIntĂ©rieur, joint par Rue 89). Or sans
publication au JO, la Cnil nâaurait pas eu de droit de regard sur ce fichier.
2. Ficher des mineurs dĂšs lâĂąge de treize ans sera possible. Est-ce une
nouveauté? Oui pour HélÚne Franco. Non pour le criminologue Alain Bauer. Le
dĂ©cret de 1991 ne prĂ©cisant pas dâĂąge, tout serait permis⊠Quant au communiquĂ©
officiel du gouvernement, il stipule que « la seule modification par rapport Ă
lâancien fichier est lâextension possible aux mineurs (âŠ) ».
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