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[actus_l] Nos données personnelles entre commercialisation et désinvolture des pouvoirs publics

http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article2828
Nos données personnelles entre commercialisation et désinvolture des pouvoirs
publics

article de la rubrique Big Brother
date de publication : vendredi 22 août 2008

Un vaste trafic de données personnelles fait scandale en Allemagne : des
organisations de protection de consommateurs viennent d’apporter la preuve
qu’il est possible d’en acquĂ©rir des millions sur Internet...

Une information à rapprocher de la désinvolture manifestée par les pouvoirs
publics pour assurer la confidentialitĂ© des donnĂ©es personnelles qu’ils
exigent de leurs citoyens.

Sans contestation possible, la “mĂ©daille d’or” en ce domaine revient Ă  la
Grande-Bretagne oĂč une clĂ© USB contenant des informations personnelles sur
tous les dĂ©tenus vient d’ĂȘtre â€œĂ©garĂ©e”.

    Un trafic de données confidentielles fait scandale en Allemagne
    par Marie de VergÚs, Le Monde du 22 août 2008

    Outre-Rhin, n’importe qui ou presque peut se procurer sur Internet, à
moindre coût et en un tour de main, des renseignements personnels et
financiers concernant des millions d’Allemands.

    Les organisations de protection de consommateurs viennent d’en apporter la
preuve formelle. Un de leurs agents, mandaté par la centrale fédérale, est
parvenu à acheter sur le réseau prÚs de six millions de données
confidentielles, dont quatre millions de numéros de comptes bancaires.

    L’opĂ©ration lui a pris deux jours, pas plus. Elle ne lui a coĂ»tĂ© que 850
euros. "Nous ne sommes sûrement pas le premier acheteur", en a déduit le
président de la centrale, Gerd Billen, lundi 18 août.

    Il ne s’agit pourtant encore seulement que de "la partie Ă©mergĂ©e de
l’iceberg", estime Thilo Weichert, un commissaire chargĂ© de la protection des
donnĂ©es, dans le quotidien SĂŒddeutsche Zeitung du 20 aoĂ»t. A l’ùre du
tout-Internet, "de dix Ă  vingt millions de donnĂ©es bancaires" feraient l’objet
d’une utilisation illĂ©gale, affirme-t-il.

    La plupart de ces informations privées sont issues de fichiers établis par
des loteries, mais aussi de contrats de téléphones portables ou de listings de
donateurs pour des organisations caritatives. Quelque 1 300 opérateurs
commerciaux en Allemagne seraient spécialisés dans la collecte et la vente de
ces données, selon les informations du Chaos Computer Club (CCC), une
organisation de hackeurs.

    Améliorer la protection

    C’est un employĂ© d’un centre de dĂ©marchage tĂ©lĂ©phonique de LĂŒbeck qui a
fait Ă©clater au grand jour l’ampleur de ce trafic.

    La semaine derniÚre, Detlef Tiegel, ùgé de 36 ans, a envoyé un CD à une
organisation de défense des consommateurs. Sur ce disque que lui aurait remis
son employeur figuraient quelque 17 000 données, entre autres des adresses et
des numĂ©ros de comptes bancaires. Le centre d’appels se les Ă©tait procurĂ©es
illégalement, à des fins commerciales.

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    © Ho New / Reuters

    Grùce aux données bancaires, il pouvait opérer à sa guise des
prĂ©lĂšvements. L’affaire semble loin d’ĂȘtre un cas isolĂ© et la justice a dĂ©jĂ 
ouvert plusieurs enquĂȘtes contre des centrales tĂ©lĂ©phoniques.

    Alarmé par les dimensions du scandale, le gouvernement allemand souhaite
engager dĂšs la rentrĂ©e un dĂ©bat afin d’amĂ©liorer la protection des donnĂ©es, y
compris en durcissant la loi.

    Le dĂ©putĂ© social-dĂ©mocrate Dieter WiefelspĂŒtz, porte-parole du SPD pour
les questions de politique intĂ©rieure, a mĂȘme prĂ©conisĂ© que soit inscrit dans
la loi fondamentale le droit à la protection des données sur Internet. Marie
de VergĂšs

Il faut rapprocher l’information prĂ©cĂ©dente de la dĂ©sinvolture manifestĂ©e par
les pouvoirs publics face au problÚme de la confidentialité des données
personnelles qu’ils exigent de leurs citoyens. En voici quelques exemples
rĂ©cents concernant l’Allemagne, l’Italie et la France...

    Les données personnelles de 500 000 Allemands sur Internet

    A la suite d’une erreur concernant le mot de passe, les donnĂ©es
confidentielles – nom, adresse, photos d’identitĂ© et appartenance religieuse –
de quelque 500 000 citoyens allemands ont été accessibles sur le Web du 15
mars au 20 juin 2008. L’entreprise HSH, chargĂ©e de la sĂ©curisation de ces
donnĂ©es informatiques, a reconnu le 23 juin 2008 qu’elle avait laissĂ© affichĂ©s
sur une page Internet le nom d’utilisateur et le mot de passe permettant à 425
communes d’accĂ©der Ă  ces donnĂ©es. Ces communes Ă©taient censĂ©es modifier le mot
de passe initial, mais une quinzaine ne l’ont jamais fait. [1]
_______________________

    Les dĂ©clarations de revenus de 40 millions d’Italiens sur Internet

    Le ministĂšre des Finances italien a mis en ligne sur Internet, le 30 avril
2008, les 40 millions de dĂ©clarations de revenus des Italiens pour l’annĂ©e
2005. Quelques heures plus tard, l’autoritĂ© de dĂ©fense de la vie privĂ©e a fait
fermer le site.

    "Je n’ai fait que me conformer la loi" s’est dĂ©fendu Vincenzo Visco, le
vice-ministre des Finances, qui a souligné que la législation prévoyait depuis
1972 la possibilitĂ© pour le simple citoyen d’accĂ©der Ă  ces informations en se
rendant dans les centres des impîts de l’Etat ou des communes.

    "Cette initiative manque de toute base de référence" a décrété Francesco
Pizetti, professeur de droit constitutionnel, président depuis 2005 de
l’autoritĂ© italienne de protection des donnĂ©es, Ă  l’origine de la fermeture du
site. "Il faut tenir compte du fait que ces données vont se retrouver en
permanence et pour l’éternitĂ© accessibles de n’importe quel endroit du globe
grùce aux moteurs de recherche", a-t-il déclaré. [2] _______________________

    Base élÚves : les données étaient librement accessibles

    Alors que l’administration de l’Education nationale rĂ©pĂ©tait Ă  l’envi
depuis des mois que “Base Ă©lĂšves 1er degrĂ©â€ ne posait aucun problĂšme de
confidentialité des données, il a bien fallu que le ministre reconnaisse le 15
juin 2007 que le systĂšme n’était absolument pas sĂ©curisĂ© : pendant une
quinzaine de jours, des personnes extĂ©rieures Ă  l’Education nationale ont pu
accéder librement par Internet aux fichiers de Base élÚves et se procurer tous
les renseignements concernant des élÚves enregistrés (n° INE, date
d’inscription et date d’admission Ă  l’école, nationalitĂ©, date et lieu de
naissance, adresse des parents, noms et adresses des responsables de l’enfant,
niveau de la classe, nom de l’enseignant, taux d’absentĂ©isme, cursus
scolaire ...) [3] _______________________

    Le commissaire monnayait des informations provenant du Stic

    Le commissaire de police Patrick Moigne, chef de la brigade des fraudes
aux moyens de paiement de la police judiciaire de Paris (BFMP), a été mis en
examen le 14 mars 2008 pour "violation du secret professionnel" et "corruption
active et passive d’une personne dĂ©positaire de l’autoritĂ© publique". De
janvier 2006 à juin 2007, le commissaire aurait perçu plus de 20 000 euros en
monnayant à des tiers des informations puisées dans des fichiers de la police,
en particulier ceux du STIC .

    Alex TĂŒrk, sĂ©nateur du Nord et prĂ©sident de la Commission nationale de
l’informatique et des libertĂ©s (Cnil), dit ne pas avoir Ă©tĂ© "fondamentalement
surpris" par cette affaire. "De nombreux fonctionnaires de police ont la
possibilitĂ© de consulter le STIC, dĂ©clare M. TĂŒrk. Or, la vĂ©rification de
leurs motivations, obligatoires, est aléatoire." [4] _______________________

    L’ancien commissaire des RG utilisait ses relations dans la police

    Le 26 mai 2008, comparaissait au tribunal de grande instance de Paris, un
ancien commissaire des renseignements gĂ©nĂ©raux, A. P., accusĂ© d’abus de bien
sociaux et de "trafic d’influence". RĂ©voquĂ© de la police en 1988 pour
corruption, il travaillait depuis lors comme gĂ©rant d’une "entreprise de
conseil", utilisant ses relations dans la police et l’administration fiscale
pour des clients. Parmi ses "contacts", figuraient trois policiers en service.
Deux ont été mis en retraite anticipée, le troisiÚme a été muté. A. P. était
aussi un informateur rĂ©munĂ©rĂ© de la direction nationale d’enquĂȘtes fiscales
(DNEF), de 1998 Ă  2001. Aux enquĂȘteurs, l’ancien commissaire prĂ©texta des
"Ă©changes de bons procĂ©dĂ©s" : pour les "3 000 Ă  3 500 dossiers" qu’il a remis
à la DNEF, il a perçu 46 000 euros plus 31 000 euros de remise de TVA. [5]

Mais, sans contestation possible, le pays leader dans ce domaine, celui qui
nous montre ce que l’avenir nous rĂ©serve, reste la Grande-Bretagne !

    Grande-Bretagne : des milliers de données concernant les détenus sur une
clé USB égarée  [6]

    La PA Consulting, une entreprise travaillant pour le ministĂšre britannique
de l’IntĂ©rieur (Home Office), a Ă©garĂ© une clĂ© USB (memory stick) contenant des
informations personnelles (nom, adresse, date de naissance, dans certains cas
la date de sortie, ...) concernant des milliers de récidivistes et les 84 000
personnes détenues en Angleterre et au Pays de Galles.

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    Les données se trouvaient sur une clé USB.

    Ceci est le dernier d’une sĂ©rie d’incidents imputables aux pouvoirs
publics (vols de portables, pertes de disques durs ou de clés USB...). Un des
plus rĂ©cents est le vol dans un vĂ©hicule d’une clĂ© USB contenant les donnĂ©es
personnelles de centaines d’enfants qui avaient demandĂ© Ă  participer Ă  une
émission de télévision de la BBC.

    David Smith, sous-commissaire de l’Information Commissioner’s Office
(organisme britannique équivalent de la Cnil), a déclaré que la fréquence
croissante et l’ampleur de ces incidents est un fait trĂšs prĂ©occupant. «
Quelles mesures avaient été mises en place pour protéger ces données ? [...]
Nous espĂ©rons que le Home Office transmettra Ă  l’Information Commissioner’s
Office le rapport d’enquĂȘte interne. ». « Les donnĂ©es personnelles — y compris
celles de dĂ©tenus — doivent en permanence bĂ©nĂ©ficier de la sĂ©curisation
[prévue par la loi]. »

    Il y a quelques jours une analyse portant sur la période avril 2007/avril
2008 concluait que plus de quatre millions de personnes seraient affectées par
les pertes de données personnelles imputables aux pouvoirs publics [7].

    Le PA consulting group, responsable de l’incident prĂ©cĂ©dent, avait Ă©tĂ©
retenu par le ministĂšre britannique de l’IntĂ©rieur pour le conseiller sur son
ambitieux projet de carte nationale d’identitĂ©, et sur l’élargissement de
l’actuelle base de donnĂ©es ADN, qui est dĂ©jĂ  la premiĂšre au monde rapportĂ©e Ă 
la population [8]. _______________________

    Le ministĂšre britannique de la Justice est une passoire  [9]

    [19 août 2008] - Neuf incidents pour plus de 45 000 données personnelles
Ă©garĂ©es : c’est le triste bilan 2007 du ministĂšre de la Justice britannique en
matiÚre de protection de ses fichiers. Selon le rapport financier publié ce
mois-ci par l’institution (pages 36 à 39), l’incident le plus important a eu
lieu en juin 2007 avec la disparition de 27 000 fiches intégrant, outre le nom
et l’adresse, des rĂ©fĂ©rences bancaires. En cause, des systĂšmes de stockage mal
protégés.

    Selon le rapport, les données qui auraient transité par un prestataire
externe, n’ont pas Ă©tĂ© dĂ©robĂ©es
 mais ont Ă©tĂ© montrĂ©es Ă  un journaliste. Le
gouvernement assure les avoir récupérées dans leur intégralité. Voilà les
sujets de sa majesté rassurés !

    Le plus grave rĂ©side dans le manque de rĂ©action de l’administration. En
janvier dernier, 14 000 éléments ont de nouveau été accessibles, cette fois
concernant des données liées à des délits, certaines intégrant des
informations de la sécurité sociale. Un ordinateur portable perdu et jugé a
posteriori mal protĂ©gĂ© est Ă  l’origine de l’incident. Le ministĂšre s’est
engagé à mettre en place un programme spécifique de protection et
d’information du public. _______________________

    Perte de deux disques contenant les données personnelles de 25 millions de
Britanniques

    Panique en Grande-Bretagne : le 20 novembre 2007, le gouvernement
britannique reconnaissait la perte de deux disques contenant les données
personnelles (identités, adresses, numéros de compte en banque, de sécurité
sociale...) de 25 millions de personnes ; envoyés par courrier ils ne sont
jamais arrivés à destination.

    Cela concerne les 7 millions de familles bénéficiaires des allocations
familiales. Exposées à la fraude bancaire elles sont priées de surveiller
leurs comptes bancaires [10].

Notes

[1] Référence : http://www.spiegel.de/netzwelt/web/0,1518,druck-561461,00.html

[2] Référence : AFP le 1er mai 2008.

[3] Voir scandale au ministĂšre de l’éducation nationale : base Ă©lĂšves 1er
degrĂ© n’était pas sĂ©curisĂ©e !

[4] D’aprùs Le Monde des 15 et 16 mars 2008.

[5] Isabelle Mandraud, « Petits arrangements privés », Le Monde du 28 juin
2008.

[6] Référence : http://news.bbc.co.uk/1/hi/uk/75757...

[7] Référence : http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/...

[8] Référence : The Associated Press - 22/08/08 à 03:36:09.

[9] Référence : http://www.lemagit.fr/article/secur....

[10] Voir mais oĂč sont donc passĂ©es les donnĂ©es personnelles de 25 millions de
Britanniques ?

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