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[actus_l] Veille d opinion dans l Education: «En aucun cas on ne peut parler de fichage»

http://www.liberation.fr/societe/0101266365-veille-d-opinion-dans-l-education-en-aucun-cas-on-ne-peut-parler-de-fichage
	
Veille d'opinion dans l'Education: «En aucun cas on ne peut parler de fichage»
Interview

Un appel d'offres lancé par les ministères de l'Education et de l'Enseignement
supérieur a déclenché une levée de boucliers. Pour la déléguée à la
communication de ces ministères, il s'agit d'une «prestation classique» de
veille, étendue au

93 réactions

Recueilli par Véronique Soulé

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Le ministère de l'Education nationale veut-il ficher les profs qui s'expriment
en toute liberté sur la Toile? La polémique bat son plein après la publication
d'un appel d'offres daté du 15 octobre lancé par le ministère de l'Education
et celui de l'Enseignement supérieur et de la Recherche pour assurer «une
veille de l'opinion». L'appel d'offres est consultable en pdf ici.

Il est précisé que les ministères attendent une analyse de tout ce qui se dit
et s'écrit dans les medias classiques – journaux, télés, radios - mais aussi
sur le net, y compris les blogs et autres échanges informels. Coût du marché
pour l'année 2009: 100 000 euros hors taxes pour l'Education nationale, 120
000 euros hors taxes pour l'Enseignement supérieur (voir liberation.fr du 10
novembre).

Véronique Mély dirige la Délégation à la Communication commune aux deux
ministères qui est à l'origine de l'appel d'offres. Elle a accepté de répondre
aux questions de Liberation.fr

Est-ce la première fois que vous publiez un tel appel d'offres?

Non. La Délégation à la Communication met en place une veille plurimedia
depuis 2006 - à l'époque le ministre de l'Education était d'ailleurs Gilles de
Robien. Toutes les grandes délégations – correspondant aux grands ministères –
le font aussi. (Téléchargez ici au format pdf l'appel d'offres de l'année
dernière, daté d'octobre 2007)

Cela est devenu nécessaire d'étendre la revue de presse auparavant limitée aux
medias traditionnels au web classique et au web informel car nous nous sommes
retrouvés devant une infinité de medias. Et la thématique de l'éducation est
extrêmement présente sur le web. En réalité, il s'agit d'une prestation
classique d'analyse des medias.

En aucun cas, on ne peut parler de fichage ou de surveillance. Il ne s'agit
absolument pas d'identifier des cas individuels ou de constituer des fiches
nominatives. Tout cela procède du fantasme. Nous voulons seulement savoir quel
site a de l'influence, évaluer les audiences. En clair nous voulons écouter
tous ceux qui veulent se faire entendre sur le web,

Y a t il quelque chose de nouveau dans l'appel d'offres cette année pour
expliquer la levée de boucliers?

La formulation générale est la même. Mais cette année nous avons introduit des
précisions dans le «cahier des clauses particulières»: nous parlons notamment
de repérer des «leaders d'opinion», les «lanceurs d'alerte», etc. Mais ce
vocabulaire a été mal interprété, particulèrement le second terme. Or
s'agissant d'un appel d'offres, il nous fallait préciser au maximum le produit
que l'on demande à la société prestataire. Et nous avons utilisé la
terminologie habituelle pour ce type de service.

Disposez-vous toujours d'une revue de presse classique?

Bien sûr et elle ne choque personne, la polémique s'étant focalisée sur le
web. Elle a d'ailleurs récemment été dématérialisée: chaque matin, les
destinataires la recoivent en format pdf. Tout au plus en imprime-t-on trois
exemplaires.

La veille plurimedia, elle, est un produit de synthèse généralement
hebdomadaire. Mais on peut demander à la recevoir plus souvent. Cette synthèse
souligne les grands thèmes qui sont repris dans la presse traditionnelle et
sur le web, les sujets discutés sur le web que les medias classiques ne
reprennent pas, les videos qui circulent, etc.

Comprenez-vous cet emballement?

Je suis assez surprise par l'interprétation de cet appel d'offres et par
l'amalgame. Je ne peux que constater une sensibilité certaine à ces sujets qui
s'est cristallisée sur certaines expressions. Mais je le répète: l'opinion
cherche à se faire entendre sur le web, et nous, nous cherchons à l'écouter.

http://www.ecrans.fr/Une-expertise-apolitique,5703.html	

«Une expertise apolitique»

Entretien avec Stéphane Mahon de i&e Décision 

par Véronique Soulé

Stéphane Mahon dirige la société i&e Décision qui, depuis deux ans, assure la
«veille de l’opinion» pour les ministères de l’Education et de l’Enseignement
supérieur. Il explique à Libération le sens de son travail et dément toute
connotation policière.

En quoi consiste cette «veille»?
Ma société existe depuis quinze ans. A l’époque, je découpais des articles de
journaux papier. Aujourd’hui avec le Net, on doit prendre en compte une
infinité de sources qui ne sont pas toutes pertinentes. Notre travail est de
distinguer ce qui ressort du bruit et ce qui fait sens. Nous faisons donc une
analyse du discours Internet.

Sur un sujet comme l’éducation, il y a énormément de choses, plus ou moins
intéressantes. La France détient en outre un nombre record de blogueurs. Mais
il y aussi les forums, les sites d’informations, spécialisés, syndicaux, des
grands médias, qui expriment des idées. Lorsqu’on veut prendre le pouls de
l’opinion, c’est important d’y aller voir. C’est une forme d’attention à
l’expression publique.

Concrètement comment faites-vous?
Nous sommes quatre chargés d’études, sociologues, sémiologues, communicants,
tous connaisseurs de ces sujets. On retient un certain nombre de thèmes –la
réforme du lycée, celle des programmes du primaire, etc.– qui orientent notre
recherche. Chaque semaine, on remet des rapports d’études de quatre pages. On
y indique les lignes de force dans l’opinion, on décrit la situation à partir
des analyses de textes, puis notre vision de l’évolution.

En aucun cas nous ne disposons d’outils d’identification des personnes. Les
blogueurs, dont beaucoup emploient des pseudonymes, ne nous intéressent pas en
tant que tels. Nous cherchons plutôt les éditorialistes, les leaders
d’opinion. J’insiste : nous revendiquons un socle déontologique très fort.
Nous menons une activité d’expertise en langage et en sciences humaines
totalement apolitique. Nous livrons des analyses de l’opinion de façon
photographique.

Tous les ministères sont équipés de ce type d’outils. Mais l’éducation est
sans doute le thème qui mobilise le plus. J’ai travaillé pour le ministère de
la Justice où il y a aussi des tensions. Pourtant c’est un thème moins débattu
sur le Net.

Sur combien de sources travaillez-vous?
Sur six cents en permanence, avec une qualité extrêmement diverse sur le Net.
En fait, on prend en compte l’ensemble des médias, en ligne ou traditionnels.
Car il n’y a pas de sphère étanche. Les médias nationaux font un article qui,
mis en ligne, est ouvert Ă  la discussion.

Vous comprenez que des termes comme «repérer les lanceurs d’alerte» puissent
choquer? Je ne vais pas dire «Il y a là un lanceur d’alerte» au cabinet de
Darcos. C’est un terme sociologique qui, sorti de son contexte, a pris une
connotation policière très négative. En fait le «lanceur d’alerte» est celui
qui en avançant un nouvel argument va faire évoluer l’opinion. En fait c’est
un leader d’opinion.

La clé du problème est l’opinion, savoir où elle en est à un moment donné, sur
un sujet. L’Internet est un concentré du pire et du meilleur, de choses
pathétiques et extrêmement puissantes.

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