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[actus_l] Les oreilles ministérielles du Net affolent la blogosphère des profs

http://www.ecrans.fr/Les-oreilles-ministerielles-du-Net,5702.html

Les oreilles ministérielles du Net affolent la blogosphère des profs

Un appel d’offres a été lancé par le ministère de l’Education pour surveiller
les opinions sur le Net.

par Véronique Soulé

Une étrange polémique s’est développée la semaine dernière, entre passion et
déraison, vraies hantises et purs fantasmes. A l’origine un appel d’offres des
ministères de l’Education et de l’Enseignement supérieur pour une « veille de
l’opinion ». La machine s’emballe alors très vite : dans les médias,
particulèrement sur le Net, on parle de « flicage », de « fichage ». La
réalité paraît pourtant bien plus banale.

Le 7 novembre, le site fabula.org (sur la recherche en littérature) fait état
le premier du fameux appel d’offres daté du 15 octobre. « Il faut le voir pour
le croire », écrit-il à côté du document. Certaines formulations font
effectivement froid dans le dos. On parle de « repérer les leaders d’opinion
et les lanceurs d’alerte », d’« anticiper et d’évaluer les risques de
contagion et de crise », etc. La liste des « sources surveillées » est
impressionnante : entre autres, « les sites commentateurs de l’actualité,
revendicatifs, informatifs, des syndicats, des partis, des militants
d’associations, les blogs, les pages personnelles, les réseaux sociaux », etc.

Sur le Net, c’est l’émoi : on voit la main de Big Brother s’abattre sur un
monde où jusqu’ici la liberté semblait totale. Les enseignants sont en plus de
grands blogueurs. Certains pressentent déjà les sanctions qui tomberont à la
moindre critique. On apprend pourtant que cette « veille » existe déjà depuis
2006, sous Gilles de Robien, et que tous les grands ministères en ont une. La
délégation à la communication, à l’origine de l’appel d’offres, fournit des
explications. Devant l’explosion du Net, la revue de presse des médias
classiques ne suffisait plus. D’où cette demande d’analyse plurimedia qui
s’apparente à un web monitoring. Des précisions ont toutefois été ajoutées
dans l’appel d’offres de cette année, notamment sur « les lanceurs d’alerte ».
« Il fallait préciser au maximum pour le prestataire », argue-t-on. Nécessaire
ou non, cela ressemble Ă  une maladresse.

L’émotion persiste. Pour deux raisons au moins. D’abord elle exprime une
hypersensiblité, particulièrement de la communauté éducative, à tout ce qui
ressemble Ă  du fichage. On a vu la mobilisation contre le fichier Edvige. Il y
a eu aussi le mouvement contre la base élèves, ce fichier que le ministère
voulait introduire dans le primaire, avec des questions sur la nationalité des
parents, sur la langue parlée à la maison, sur les suivis particuliers de
l’enfant, etc. Sous la pression, ces items ont finalement été retirés.

Ensuite, il y a le climat de plus en plus dégradé dans lequel le ministre
impose ses réformes. Chacune de ses mesures suscite désormais la suspicion.
Plusieurs syndicats –le Sgen-CFDT et le SE-Unsa– s’engouffrent d’ailleurs dans
la polémique. Si vous voulez écouter l’opinion, disent-ils en substance,
relancez le dialogue social. Ils s’inquiètent aussi du coût du dispositif
alors même que l’on supprime des milliers de postes : 100 000 euros pour
l’Education nationale, 120 000 pour l’Enseignement supérieur et la Recherche.

Heureusement il en faut plus pour décourager les enseignants-blogueurs. Un
professeur des écoles de Colomier, près de Toulouse, vient d’appeler à « la
désobéissance pédagogique » et annonce qu’il n’appliquera pas les nouveaux
programmes. Il encourt une sanction. Mais son inspecteur l’a reconnu : il a
d’abord usé de la « voie normale », le courrier.

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