27 Jul 10:08
[actus_l] NKM REPOSE LA QUESTION DE LA DURĂE DE PRESCRIPTION POUR DIFFAMATION SUR INTERNET
http://ownilive.com/2010/07/26/nkm-repose-la-question-de-la-duree-de-prescription-pour-diffamation-sur-internet/ NKM REPOSE LA QUESTION DE LA DURĂE DE PRESCRIPTION POUR DIFFAMATION SUR INTERNET BY ASTRID GIRARDEAU LE 26/07/2010 Mi-juin, le site PC Inpact pointait une question adressĂ©e par le dĂ©putĂ© AndrĂ© Wojciechowski (UMP) Ă Nathalie Kosciusko-Morizet âsur les dĂ©rives de lâanonymat dans les discussions sur Internetâ. Dans sa rĂ©ponse, publiĂ©e la semaine derniĂšre au Journal Officiel, et aujourdâhui diffusĂ©e par PC Inpact , la secrĂ©taire dâĂtat chargĂ©e de la prospective et du dĂ©veloppement de lâĂ©conomie numĂ©rique explique que lâobligation de dĂ©clarer sa vĂ©ritable identitĂ© sur Internet serait Ă la fois âinopportune et inefficaceâ, et entrerait âen conflit avec la libertĂ© dâexpressionâ. Toutefois, elle considĂšre que âcette situation nâest pas satisfaisanteâ. Selon NKM, il existe bien un âproblĂšme de la diffamation sur Internetâ, et il rĂ©side âdans la durĂ©e de prescriptionâ. Actuellement, selon loi de 1881, les dĂ©lits tels que la diffamation sont prescrits trois mois Ă compter du jour de leur publication. Que ce soit en ligne ou sur support papier. Mais, explique la secrĂ©taire dâEtat : âtandis quâau bout de trois mois, un article sur papier a disparu des kiosques, sur Internet il reste en ligne indĂ©finimentâ. Et :âcela pose la question de la nĂ©cessitĂ© dâune prise en compte diffĂ©renciĂ©e de la prescription pour les diffamations sur Internetâ. Ou plutĂŽt la repose. Car, comme elle le rappelle et, semble t-il, le regrette : âle dĂ©bat, qui avait eu lieu au Parlement lors du vote de la LCEN, avait abouti au maintien de la durĂ©e de trois moisâ. En effet, introduit lors de la derniĂšre lecture de la loi du 21 juin 2004 (LCEN) au SĂ©nat, un amendement dit âDevedjianâ prĂ©voit un changement de rĂ©gime de prescription pour les contenus publiĂ©s sur Internet. TrĂšs critiquĂ© (par le Geste, RSF, etc.), cet texte, dĂ©posĂ© par le sĂ©nateur UMP RenĂ© TrĂ©gouĂ«t, mais initiĂ© par Patrick Devedjian, alors ministre de lâIndustrie, indique que, pour une publication en ligne, le dĂ©lai de prescription est «de trois mois rĂ©volus, Ă compter de la date Ă laquelle cesse la mise Ă disposition du public». Soit trois mois aprĂšs le retrait du contenu incriminĂ©. Cela excluait la reproduction en ligne dâarticle imprimĂ©s. «Sauf Ă renoncer Ă toute exploitation dâarchives sur les sites, autant dire que la prescription nâexiste plus sur ce mĂ©dia», sâindignait alors le Syndicat de la presse magazine et dâinformation (SPMI). Le texte est adoptĂ© par le SĂ©nat le 13 mai 2008. Mais le 10 juin 2004, le Conseil Constitutionnel censure cette disposition. Il estime que le lĂ©gislateur a mĂ©connu le principe de lâĂ©galitĂ© en fixant des rĂ©gimes de prescription entre communication Ă©crite et en ligne manifestement trop diffĂ©rents. Toutefois, il nâexclut pas une diffĂ©renciation entre les deux, compte tenu de leurs âconditions de rĂ©ception distinctesâ. En 2008, deux propositions de loi quasi-similaires dĂ©posĂ©es des sĂ©nateurs UMP, lâune par Marcel-Pierre ClĂ©ach, lâautre par Jean-Louis Masson (pour rappel, Ă©galement auteur de la proposition de loi visant Ă identifier les blogueurs), tendent Ă allonger Ă un an le dĂ©lai de prescriptions pour les diffamations, injures ou provocations commises sur Internet. Le texte adoptĂ© en novembre 2008 par le SĂ©nat dit que : «le dĂ©lai de prescription (âŠ) est portĂ© Ă un an si les infractions ont Ă©tĂ© commises par lâintermĂ©diaire dâun service de communication au public en ligne. Ces dispositions ne sont toutefois pas applicables en cas de reproduction du contenu dâun message diffusĂ© par une publication de presse ou par un service de communication audiovisuelle rĂ©guliĂšrement dĂ©clarĂ© ou autorisĂ© lorsque cette reproduction est mise en ligne sous la responsabilitĂ© de leur directeur de publication.» Selon la sĂ©natrice Eliane Assassi (PCF), cela ârisque de constituer la premiĂšre Ă©tape dâune surenchĂšre pĂ©naleâ. En novembre 2008, le projet de loi est transmis Ă lâAssemblĂ©e nationale. Mais depuis, il est toujours bloquĂ© au niveau de la Commission des lois. Selon une source, un rapporteur a Ă©tĂ© envisagĂ©, le dĂ©putĂ© GuĂ©nhaĂ«l Huet (UMP), mais nâa jamais Ă©tĂ© nommĂ©. A ce jour, la Commission nâaurait pas jugĂ© ce texte prioritaire. â La question du dĂ©putĂ© AndrĂ© Wojciechowski : LâĂ©volution constante des rĂ©seaux proposĂ©s sur le web incite les internautes Ă communiquer de plus en plus ouvertement sur des sites de discussion. Le couvert dâun certain anonymat laisse sâinstaller un rĂ©gime de libertĂ© de parole qui va Ă lâencontre du droit et occasionne quelques fois des Ă©crits qui peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme diffamatoires. Afin de rendre plus responsables les utilisateurs du dialogue sur Internet, il lui demande si le Gouvernement envisage de proposer lâinstauration de la personnalisation des messageries Internet par lâobligation de dĂ©clarer sa vĂ©ritable identitĂ©. » La rĂ©ponse de Nathalie Kosciusko-Morizet : âUne obligation de dĂ©clarer sa vĂ©ritable identitĂ© sur Internet serait Ă la fois inopportune et inefficace. Elle serait en effet inopportune car elle entrerait en conflit avec la libertĂ© dâexpression. Pour donner un exemple, un blogueur nâosera plus donner son avis sur la politique de son entreprise ou sur celle du gouvernement, surtout sâil est fonctionnaire. Rappelons Ă titre dâillustration le litige soumis fin mai au conseil des prudâhommes de Boulogne-Billancourt, par des salariĂ©s licenciĂ©s pour avoir mĂ©dit de leur employeur dans un Ă©change privĂ©. Bien Ă©videmment, cette libertĂ© dâexpression doit sâexercer dans le cadre des lois en vigueur, et lâauteur des Ă©crits reste responsable des contenus quâil publie. Par ailleurs, une obligation de dĂ©clarer sa vĂ©ritable identitĂ© sur Internet mĂ©connaĂźtrait le fait que lâanonymat ou le pseudonymat sont deux des pratiques permettant la protection de la vie privĂ©e sur Internet. En dehors des situations oĂč la vraie identitĂ© est indispensable, pour accĂ©der Ă ses dossiers personnels par exemple, il est dĂ©conseillĂ© de toujours utiliser sur Internet son vrai nom. Dâailleurs, la question de lâhonorable parlementaire portant sur les donnĂ©es divulguĂ©es par les jeunes sur Internet montre Ă quel point il serait dangereux que les jeunes soient obligĂ©s de rĂ©vĂ©ler leur vĂ©ritable identitĂ© pour sâexprimer sur Internet. Une telle obligation serait dâautre part inefficace. En effet, la loi 2004-575 sur la confiance dans lâĂ©conomie numĂ©rique (LCEN) fait dĂ©jĂ obligation aux prestataires de service, en ligne de conserver lâidentitĂ© des contributeurs, cela afin de permettre de faire Ă©ventuellement jouer la responsabilitĂ© de ces derniers. Cette formalitĂ© est dĂ©clarative. On constate en pratique que certains internautes ouvrent des comptes sur des sites contributifs sous des identitĂ©s dâemprunt. En cas dâabus de leur libertĂ© dâexpression, une enquĂȘte sera nĂ©cessaire, Ă partir de lâadresse IP de lâordinateur utilisĂ©, pour rechercher lâidentitĂ© de lâauteur des contenus en cause. Obliger les internautes Ă publier leur identitĂ© ne les empĂȘcherait pas de mentir sâils le souhaitent, sauf Ă contraindre chaque internaute Ă dĂ©tenir et Ă utiliser systĂ©matiquement des outils de preuve dâidentitĂ©, comme va le faire la Chine. Certes, cette situation nâest pas satisfaisante. La LCEN fait toutefois obligation au prestataire de service internet de supprimer les contenus qui lui sont signalĂ©s comme illĂ©gaux : mĂȘme si la recherche de lâauteur de lâinfraction est infructueuse, il peut ĂȘtre mis un terme aux abus. Une telle obligation constituerait enfin une mauvaise solution au problĂšme de la diffamation sur Internet, qui rĂ©side en fait dans la durĂ©e de prescription. Celui-ci est, comme pour les articles de presse, de trois mois Ă compter de la mise en ligne. Mais tandis quâau bout de trois mois, un article sur papier a disparu des kiosques, sur Internet il reste en ligne indĂ©finiment. Cela pose la question de la nĂ©cessitĂ© dâune prise en compte diffĂ©renciĂ©e de la prescription pour les diffamations sur Internet. Le dĂ©bat, qui avait eu lieu au Parlement lors du vote de la LCEN, avait abouti au maintien de la durĂ©e de trois mois. ---
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