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[actus_l] Les dangers du géotagging


http://fr.readwriteweb.com/2010/07/27/a-la-une/des-chercheurs-mettent-en-garde-sur-les-dangers-du-gotagging/

Les dangers du géotagging
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Ecrit le 27 juillet 2010 par Fabrice Epelboin et Sarah Perez

geoloc-effeilL’International Computer Science Institute (ICSI), une
orga­ni­sa­tion sans but lucra­tif rat­ta­chée à l’université de Berkeley en
Californie, devrait publier sous peu ses der­niers tra­vaux concer­nant le
«cyber­ca­sing», un terme uti­lisé par les cher­cheurs pour dési­gner la façon
dont les textes, pho­tos et vidéos conte­nant des don­nées de
géo­lo­ca­li­sa­tion peuvent être uti­li­sées à des fins criminelles.

En uti­li­sant des sites tes que Craigslist, Twitter et Youtube, les
cher­cheurs ont été en mesure de croi­ser des infor­ma­tions conte­nus dans
des conte­nus acces­sibles à tous en ligne pour déter­mi­ner avec pré­ci­sion
l’adresse pos­tale de vic­times poten­tielles, dont celles d’individus ayant
publié leurs conte­nus de façon ano­nyme. L’expérience n’a pas duré des
semaines, ni mĂŞme quelques jours ou quelques heures, les adresses ont toutes
été obte­nues avec une pré­ci­sion redou­table en quelques minutes. Les
consom­ma­teurs ne réa­lisent pas à quel point il est facile de les localiser

dessin-geolocLa pre­mière étude de l’ISCU, «Cybercasing the Joint: On the
Privacy Implications of Geotagging», écrite par Gerald Friedland et Robin
Sommer, a été publiée en mai der­nier et sera pré­sen­tée en aout au work­shop
de l’USNIX dans le cadre d’une thé­ma­tique dédiée aux sujets bru­lants
concer­nant la sécu­rité.

L’étude passe en revue la rapide popu­la­ri­sa­tion des ser­vices en ligne
uti­li­sant la géo­lo­ca­li­sa­tion, liée à l’explosion du mar­ché des
smart­phones. Les objets numé­riques nomades d’aujourd’hui font un usage
inten­sif des sys­tèmes GPS embarqués ou de la tri­an­gu­la­tion par WiFi pour
ajou­ter des don­nées de géo­lo­ca­li­sa­tion aux conte­nus qu’ils aident à
pro­duire et à dif­fu­ser, que ce soit un sta­tut sur Twitter, une photo
pla­cée sur Flickr ou une vidéo envoyée sur YouTube.

Le pro­blème cen­tral avec ce type d’application, selon les cher­cheurs,
repose sur le fait que la plu­part des uti­li­sa­teurs ne sont pas conscients
que de telles infor­ma­tions sont par­ta­gées, en par­ti­cu­lier auprès d’un
public aussi large, voir du monde entier. L’iPhone, par exemple, inclue une
geo­lo­ca­li­sa­tion par­fois supé­rieure en pré­ci­sion à ce qu’un GPS
ordi­naire est en mesure de faire, à toutes les pho­tos qu’il prend,
pré­viennent les scien­ti­fiques, une pré­ci­sion qui peut même être de
l’ordre du mètre quand les condi­tions sont favo­rables, révé­lant ainsi
l’adresse pos­tale d’une pho­to­gra­phie prise en intérieure.

Mais le fait de publier sur le web des don­nées géo­lo­ca­li­sées aussi
pré­cises dans des textes, des pho­tos et des vidéos par­ta­gées n’est qu’une
par­tie du pro­blème. La dis­po­ni­bi­lité auprès du grand public d’outils de
recherche dédiés à la géo­lo­ca­li­sa­tion est tout aussi trou­blant. Il est
aisé pour qui­conque désor­mais de lan­cer des recherches de façon
auto­ma­ti­sées pou­vant mener à une fuite de don­nées per­son­nelles, et
fai­sant pla­ner un réel risque en matière de vie pri­vée. Qui plus est, des
ser­vices comme Google Street View et d’autres «cartes anno­tées» aident à
sim­pli­fier le tra­vail en per­met­tant de croi­ser les don­nées issues de
dif­fé­rentes ressources.

A titre d’exemple, lors de l’enquête que nous avions effec­tué concer­nant les
pseudo-islamistes sur Facebook, c’est à par­tir d’une vidéo publiée sur
Youtube – et se vou­lant ano­nyme – du chef de l’un de ces groupes
isla­mistes, que nous avions pu le loca­li­ser à Oakland, avec une pré­ci­sion
telle que nous avions pu obte­nir son adresse pos­tale pré­cise en uti­li­sant
Google Street View, et du coup, son iden­tité à l’aide d’un simple annuaire,
puis à tra­vers d’autres outils, celle de son asso­ciée, de ses entre­prises,
ainsi qu’une mul­ti­tude de détails sur sa vie pri­vée nous per­met­tant
d’affirmer que son mode de vie était en telle contra­dic­tion avec l’islam
radi­cal qu’il prê­chait qu’il ne pou­vait s’agir que d’une opé­ra­tion
d’intox, ce qui fut confirmé par la suite.

En d’autres termes, le fait que des don­nées géo­lo­ca­li­sées soient
dis­po­nibles en ligne n’est que la par­tie émer­gée de l’iceberg, sous la
sur­face, il existe une mul­ti­tude d’outils qui per­mettent de les ana­ly­ser
avec une pré­ci­sion redoutable. Des exemples de Cybercasing via Craiglist,
Twitter et Youtube

Pour démon­trer à quel point il est facile de déter­mi­ner l’adresse pos­tale
d’un inconnu, Friedland et Sommer ont com­mencé par une visite sur Graigslist,
un site de petites annonces très popu­laire aux Etats-Unis. Ils y ont trouvé
des pho­tos geo­tag­gées qu’ils ont com­paré à l’aide de Google Street View,
ce qui leur a per­mit de déter­mi­ner l’adresse pos­tale de celui qui avait
publié l’annonce. Plus utile encore, dans le cas d’une uti­li­sa­tion
cri­mi­nelle de tels outils, la men­tion au sein de l’annonce d’horaires
durant lesquels le ven­deur pré­fé­rait qu’on l’appelle, révé­lant les heures
auxquelles sont domi­cile avait toutes les chances d’être inoccupé.

Dans d’autres démons­tra­tions, les cher­cheurs sont par­tis de Twitter, qui
per­met à ceux qui l’utilisent depuis un mobile de geo­tag­ger leurs tweets.
Des appli­ca­tions tierces uti­li­sées cou­ram­ment en conjonc­tion avec
Twitter, comme Twitpic, qui per­met d’y publier des pho­tos, publient
égale­ment des don­nées de géo­lo­ca­li­sa­tion. Un simple plu­gin Firefox
appelé Exif Viewer per­met en un clic droit sur l’image de révé­ler la
loca­li­sa­tion pré­cise de l’endroit d’où a été emis le tweet, placé sur une
carte (au cas où vous sou­hai­te­riez vous y rendre).

Une troi­sième expé­rience, pro­ba­ble­ment la plus per­tur­bante, a mon­tré
com­bien il était facile d’automatiser ce type d’atteinte à la vie pri­vée.
Alors que les expé­ri­men­ta­tions pré­cé­dentes révèlent l’emplacement des
uti­li­sa­teurs en quelques minutes, la tâche reste manuelle. Pour Youtube,
cepen­dant, les cher­cheurs ont écrit un script très simple qui recon­nait
auto­ma­tique­ment les vidéos tour­nées à une cer­taine dis­tance d’un
empla­ce­ment ini­tial, en l’occurrence, celle du domi­cile d’une vic­time
poten­tielle. Une dis­tance «de vacances», selon leur ter­mi­no­lo­gie, a été
fixée à 100km (pour la dis­tin­guer d’une dis­tance de trajet domicile-lieu de
tra­vail). Le script a ainsi trouvé 106 cor­res­pon­dances révé­lant qui était
en vacances dans une zone de test à Berkeley. En regar­dant de près les
résul­tats affi­chés par le script, les cher­cheurs ont trouvé, entre autre,
la vidéo d’une per­sonne qui était clai­re­ment dans les Caraïbes avec sa
famille, poin­tant ainsi un domi­cile inoc­cupé, cible idéale pour un
cambriolage. Un pro­blème qui va bien au delà des usages criminels

Pour aller au delà du « cyber­ca­sing », qui se foca­lise exclu­si­ve­ment sur
les usages à des fins cri­mi­nelles de la géo­lo­ca­li­sa­tion, il convient de
poin­ter de poten­tiels usages qu’il serait bon d’appréhender au plus vite si
l’on veut pou­voir les abor­der avec un mini­mum de sérénité.

Dans un cadre fami­lial, le télé­phone mobile est déjà lar­ge­ment uti­lisé
pour géo­lo­ca­li­ser les enfants, et là encore, il s’agit pour l’instant
(sauf dans le cas de cer­taines tech­no­lo­gies dédiées et encore peu
répan­dues), d’une pro­cé­dure manuelle, repo­sant la plu­part du temps sur
l’appel d’un parent inquiet et le fait que l’adolescent, à l’autre bout du
fil, ne men­tira pas quant à son empla­ce­ment. Cela pour­rait chan­ger
rapi­de­ment. Des logi­ciels espions per­mettent dès à pré­sent de pla­cer sur
une télé­phone mobile un pis­teur, qui peut poten­tiel­le­ment rap­por­ter en
temps réel l’emplacement du télé­phone (et par exten­sion de son usa­ger),
ainsi que d’en sto­ker un his­to­rique à des fins de consul­ta­tions
ulté­rieures par des parents deve­nus surveillants.

Une atteinte à la vie pri­vée des ado­les­cents qui pour­rait avoir des
impacts non négli­geables, la mai­trise du men­songe étant – si l’on s’en
réfère à Piaget -, une phase cri­tique dans le déve­lop­pe­ment de la
per­son­na­lité. La pan­op­tique vir­tuelle pour­rait avoir des conséquences
qu’il serait bon d’étudier avec sérieux auprès de spé­cia­listes de la
psy­cho­lo­gie de l’enfant avant de se retrou­ver devant le fait accomplit.

Dans le monde du tra­vail, où il est cou­rant de voir les employeurs four­nir
à leurs sala­riés un équi­pe­ment mobile de type smart­phone, on pour­rait
égale­ment assis­ter à de grave dérives, d’autant que la géo­lo­ca­li­sa­tion
n’est pas ici une nou­veauté, elle est uti­lisé dans les trans­ports
rou­tiers, par exemple, depuis très long­temps, pour pis­ter et sur­veiller,
et opti­mi­ser le tra­vail des employés. Mais la géné­ra­li­sa­tion du
géo-monitoring à une large part du sala­riat pour­rait, là aussi, poser des
pro­blèmes qu’il serait bon de trai­ter de façon pré­ven­tive, le cor­pus
légis­la­tif n’étant pas for­cé­ment adapté a cette nou­velle donne
technologique. Quelles solu­tions peut-on imaginer ?

Le but de l’étude n’est pas de pro­po­ser des solu­tions à ce nou­veau
pro­blème apporté par l’ère du numé­rique, mais de per­mettre au plus grand
nombre de sai­sir l’ampleur du pro­blème. A l’heure où le légis­la­teur se
foca­lise sur Google Street View, il est bon d’apporter des éléments de
réflexion qui pour­raient per­mettre au moins obtus d’entre eux de réa­li­ser
que le pro­blème va bien au delà de Google et que la mise au pilori
sys­té­ma­tique d’un bouc émis­saire du numé­rique n’aura comme effet que de
lais­ser le pro­blème pros­pé­rer. Street View n’est que l’arbre qui cache la
forêt, c’est un écosys­tème tout entier qui est en train de prendre place
autour de la géo­lo­ca­li­sa­tion, un écosys­tème qui pour­rait par ailleurs
par­fai­te­ment se pas­ser de Google si celui-ci était poussé à s’en retirer.

La régu­la­tion d’un écosys­tème aussi com­plexe ne sera pas chose aisée, mais
elle s’avère indis­pen­sable, et deman­dera une étroite col­la­bo­ra­tion
entre cher­cheurs, experts, et légis­la­teurs, faute de quoi elle sera
inef­fi­cace, au mieux, et atten­ta­toire aux liber­tés numé­riques, au pire.

L’obligation de faire men­tion et de per­mettre un opt-out lors de la
trans­mis­sion de don­nées geo­lo­ca­li­sées est une piste à étudier, ainsi
que celle d’une pos­si­bi­lité lais­sée à l’utilisateur de mai­tri­ser la
pré­ci­sion de la geo­lo­ca­li­sa­tion qu’il publie. Il y a, d’un point de vue
tech­nique, pro­ba­ble­ment beau­coup de choses à implé­men­ter au niveau même
des APIs, mais dans l’immédiat, la seule chose qu’il soit pos­sible de faire
est de sen­si­bi­li­ser le plus grand nombre  à ces enjeux, en pre­nant soin
de pré­ci­ser qu’un mou­ve­ment conser­va­teur consis­tant à inter­dire tout
sim­ple­ment la géo­lo­ca­li­sa­tion serait un frein consi­dé­rable à
l’économie numé­rique liée à l’internet mobile, dont la plu­part des experts
s’accordent à dire que son poten­tiel est plus grand encore que celui apporté
par le web depuis une quin­zaine d’années.

Dans l’immédiat, et à moins de mai­tri­ser l’outil tech­no­lo­gique que vous
avez dans les mains (ce que très peu de gens sont en mesure de faire et que
beau­coup s’imaginent être en mesure d’effectuer), il est pru­dent de ne pas
publier ses pho­tos de vacances à par­tir de votre lieu de vil­lé­gia­ture, et
d’attendre patiem­ment votre retour pour les par­ta­ger avec vos amis.
L’alternative consiste à mai­tri­ser l’outil, mais si ce billet vous a appris
quoi que ce soit que vous igno­riez jusqu’ici, c’est que vous en êtes loin.


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