jet | 29 Jul 14:46
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[actus_l] Marketing de surveillance : le prochain buzzword ?

http://www.automatedbuildings.com/news/jul10/columns/100701090808considine.htm
http://fr.readwriteweb.com/2010/07/28/a-la-une/vie-prive-internet-des-objets/

Que pen­ser d’un monde où vos acti­vi­tés sont sur­veillées en
per­ma­nence afin non seule­ment d’ «assu­rer la pro­tec­tion» des
citoyens mais égale­ment pour don­ner sa pleine dimen­sion à une
nou­velle forme de mar­ke­ting, qui per­met­tra de mieux vous cibler ?

Un édito­rial de Toby Considine chez Automated Buildings, une revue
spé­cia­li­sée dans la domo­tique et por­tée sur l’internet des objets,
laisse à pen­ser que tout cela est loin d’être de la science fic­tion.
Son titre est cin­glant : «L’énergie intel­li­gente et la fin de la vie
pri­vée». Sa conclu­sion est une forme d’avertissement : les don­nées
d’usage des machines qui consti­tue­ront l’internet des objets seront le
pro­chain champ de bataille de la vie privée.

Car avec l’arrivée pro­chaine de l’internet des objets, ce qui s’apprête
à chan­ger, c’est la quan­tité impres­sion­nante de don­nées et sur­tout
de machines qui les pro­duisent, qui ne demandent qu’à être surveillées.

Les coûts pour enre­gis­trer et archi­ver ces don­nées ne cessent de
dimi­nuer, ce qui ne fait que pré­ci­pi­ter l’arrivée iné­luc­table
d’une société de la sur­veillance plus effi­cace, dont peu d’entre nous
mesurent l’ampleur et les conséquences.
Au cœur de l’argumentation déve­lop­pée par Considine, repose le nœud du
pro­blème posé par la technologie :
«Sans vie pri­vée, le contrat social est changé. La tolé­rance zéro,
com­bi­née à la fin de la vie pri­vée, ôte tout droit civique au
citoyen. Le PDG de Google a récem­ment annoncé que «La vie pri­vée est
morte, il faut vous y faire», et d’un autre coté, la cour suprême
Allemande a ordonné l’effacement rapide de toutes les don­nées
rela­tives aux tours qui trans­mettent les signaux hert­zien des
par­ti­cu­liers : le tra­fic web, les SMS, et autres ‘don­nées
per­son­nelles’. La bataille pour la vie pri­vée est déjà enga­gée, et
plus les gens en seront conscients, plus ils s’en soucieront»

Le mar­ke­ting de la surveillance

Parmi les nou­veaux acteurs de la société pan­op­tique numé­rique : le
mar­ke­ting de sur­veillance, qui en saura plus que vous sur votre
propre per­sonne. Bienvenue dans un monde où la vie pri­vée ne sera
qu’un loin­tain sou­ve­nir, au même titre que les moines copistes et les
CD audios.

Les casi­nos de Las Vegas ont été les pre­miers a adop­ter un
mar­ke­ting basé sur la sur­veillance conti­nue de leur clien­tèle.
D’abord uti­lisé pour lut­ter contre la cri­mi­na­lité, l’omniprésence
de la sur­veillance dans les casi­nos a fini par impac­ter l’ensemble du
busi­ness, jusqu’à trans­for­mer en pro­fon­deur son mar­ke­ting et son
CRM. Wal-Mart, le géant de la dis­tri­bu­tion Américain, est égale­ment
soupçonné de faire de même au sein de ses data cen­ters secrets du
Missouri et de l’Arkansas.

Cette nou­velle approche du mar­ke­ting consiste à sur­veiller vos
com­por­te­ments pour opti­mi­ser votre profitabilité.
Mais là où la sur­veillance se limi­tait à un super­mar­ché ou une salle
de jeux, les don­nées uti­li­sées pour mieux vous cibler pour­raient
demain pro­ve­nir d’une mul­ti­tude d’autres sources.

La face sombre de l’écologie

Avec la tech­no­lo­gie dite de smart grid, des­ti­née à opti­mi­ser la
consom­ma­tion d’énergie dans les foyers, et pré­sen­tée de façon quasi
exclu­sive comme une avan­cée au nom de l’écologie, vient égale­ment une
poten­tielle brèche dans la vie pri­vée des foyers équi­pés. Toutes les
don­nées rela­tives aux usages que vous faites d’une mul­ti­tude
d’appareils élec­triques au sein de votre mai­son seront désor­mais
sto­ckées, archi­vées et ana­ly­sées, et si per­sonne n’y prend garde,
reven­dues à des fins de mar­ke­ting ou uti­li­sées par les états à des
fin de surveillance.

Les appa­reillages liés aux smart grids ayant de bonnes chances de ne
pas appar­te­nir aux uti­li­sa­teurs (tout comme le comp­teur EDF qui se
trouve chez vous ne vous appar­tient pas), le pro­blème de la pro­priété
des don­nées qu’ils génèrent est pour le moins com­plexe, et au vu de la
com­pré­hen­sion approxi­ma­tive qu’a le légis­la­teur de la
tech­no­lo­gie, on peut parier sur l’application à l’aveugle d’une loi
exis­tante (et dans ce cas il fau­dra tabler sur le fait d’avoir de la
chance), ou sur l’obtention d’un régime favo­rable au entre­prises par
le biais de la pres­sion de leurs lob­bies, mais égale­ment du fait de
la cou­pable igno­rance des ces enjeux dans l’opinion publique.

L’internet des objets pose ainsi une mul­ti­tude de pro­blé­ma­tiques du
même ordre, où l’on s’aperçoit que si l’on n’y prend garde, votre
inté­rieur, demain, sera plus redou­table encore qu’une caméra de
sur­veillance ins­tal­lée dans votre chambre à cou­cher et reliée
direc­te­ment aux ser­vices mar­ke­ting de France et de Navarre ainsi,
en cas de dérive du régime, qu’au minis­tère de l’intérieur.

Des com­bi­nai­sons tech­no­lo­giques qui forment les bar­reaux d’une
société pan­op­tique du numérique
Au cotés de l’internet des objets, une foules d’autres tech­no­lo­gies
se pré­parent à ali­men­ter le mar­ke­ting de sur­veillance (ou la
société de sur­veillance, la fin jus­ti­fiant, la plu­part du temps, les
moyens).
Serez-vous conscients, demain, que votre frigo signa­lera en temps réel
à votre super­mar­ché le menu de votre petit déjeu­ner

? Parano ? Pas si sûr…

Avec l’arrivée pro­chaine des puces RFID et des fri­gi­daires
intel­li­gents (la marotte de Richard McMannus, le fon­da­teur de RWW),
c’est bel et bien ce qui nous attend d’ici une décen­nie à peine.
Le Centre pour la démo­cra­tie et la tech­no­lo­gie a récem­ment publié
une étude sur la com­bi­nai­son de la recon­nais­sance faciale et des
sen­seur RFID qui per­met­tront bien­tôt de vous iden­ti­fier et de
com­mu­niquer avec vous d’une façon pro­pre­ment révo­lu­tion­naire (et
per­son­na­li­sée), pour le plus grand pro­fit des annon­ceurs. Un
scé­na­rio que l’on retrouve dans beau­coup de films de science
fic­tion, mais qui est, c’est impor­tant de le noter, sur le point de
voir le jour.
Plus sombre, la com­bi­nai­son des tech­no­lo­gies de recon­nais­sance
faciale, de recon­nais­sance séman­tique de l’image (comme celle
pré­sen­tée par Quaero/Exalead/Dassault récem­ment), ainsi qu’une
mul­ti­tudes d’autres com­po­sants tech­no­lo­giques déjà sur le
mar­ché, pro­met de révo­lu­tion­ner la vidéo surveillance.

Plutôt que de se repo­ser sur les cer­veaux d’une équipe de vigiles
occu­pée à scru­ter toute la jour­née des moni­teurs, l’ensemble des
don­nées issus d’un réseau de camé­ras de sur­veillance pourra dès
demain être trans­formé en don­nées per­son­nelles, sto­ckées et
archi­vées, rela­tant vos moindres faits et gestes à par­tir du moment
où ceux-ci ont été fait sur la voie publique, et dans le champs d’une
caméra, bien sûr.
Combinées aux don­nées issues de l’internet des objets, l’avenir que
tracent ces assem­blages tech­no­lo­giques est des plus lugubres.

De quoi réflé­chir de façon un peu plus posée sur les récentes loi
rela­tive à ce qu’il serait convenu d’appeler pudique­ment «vidéo
pro­tec­tion», et réa­li­ser que plus que jamais, c’est bien de
sur­veillance et de don­nées per­son­nelles dont il s’agit, alors que la
CNIL censé pro­té­ger des abus a – curieux hasard – été exclue du champs
de la vidéo­sur­veillace dans la loi Loppsi.
Cette nou­velle forme de sur­veillance, com­bi­née à l’abandon de
l’anonymat sur inter­net, prôné par les poli­ti­ciens les plus
radi­caux, pour­rait proje­ter en quelques années des pays naguères
démo­cra­tiques dans un monde issu des pires cau­che­mars Orwelliens.

Le Deep Packet Inspection a, lui aussi, cette ambi­va­lence en terme
d’usages poten­tiels. A l’origine conçu à des fins mar­ke­ting, et
rejeté en son temps par la Commission Européenne, cette tech­no­lo­gie
pour­rait refaire sur­face et per­mettre une sur­veillance extrême du
réseau, notam­ment en ce qui concerne le par­tage de conte­nus
copy­righ­tés, où, com­biné à la tolé­rance zéro, les droits des
inter­nautes et leur liberté d’expression se ver­raient, là aussi, anéantis.
Bref, entre l’internet des objets dont la pro­duc­tion de don­nées
per­son­nelles devien­dra vite incon­trô­lable, et l’internet tout court
dont beau­coup aime­raient ren­for­cer la sur­veillance, la vie pri­vée
n’a plus beau­coup de temps à vivre si l’opinion publique ne réagit pas
au plus vite.

La pres­sion de l’opinion publique
Apprendre à pré­ser­ver sa vie pri­vée au milieu de l’internet des
objets à venir sera bien plus dif­fi­cile encore que sur le web, c’est
dire. Pourtant, le par­le­ment Européen s’est saisi du sujet et semble
avan­cer dans la bonne direc­tion, quitte, une fois de plus, à être en
contra­dic­tion avec les gou­ver­ne­ment locaux, dont cer­tains comme la
France sont d’ardent par­ti­sans de la société de surveillance.

Comme le démontre brillam­ment Toby Considine, si la vie pri­vée
dis­pa­rait dans un pays dont le gou­ver­ne­ment prône la tolé­rance
zéro, les droits civiques dis­pa­rai­tront égale­ment. Les liber­tés
numé­riques risquent fort, si on ne s’y inté­resse pas plus dans
l’opinion publique, de rapi­de­ment deve­nir le der­nier rem­part des
liber­tés tout court.


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