jet | 29 Jul 14:57
Favicon

[actus_l] La Villeneuve de Grenoble, future technopole de l’insécurité urbaine?

http://numerolambda.wordpress.com/2010/07/28/villeneuve-grenoble-insecurite-urbaine/

Le 30 juillet le président Sarkozy en personne viendra à Grenoble non
pas pour inaugurer un pôle high-tech ou une nouvelle patinoire
olympique, mais pour introniser le nouveau préfet de l’Isère. L’ancien a
été sacrifié après les récentes émeutes de la Villeneuve qui ont suivi
la mort d’un jeune braqueur et le bouclage intégral du quartier par les
robocops de la police française. La dernière livraison du site Pièces et
main d’oeuvre (La Villeneuve, c’est la technopole), qui connaît bien la
région, met en exergue une citation du maire Michel Destot piochée dans
Le Monde: «Nous avons été les pionniers dans de nombreux domaines, nous
pouvons désormais l’être dans le traitement de ce nouveau fléau qu’est
celui de la délinquance urbaine».

Inquiétant de voir le premier édile de Grenoble, lui même ingénieur et
docteur en physique nucléaire, vouloir utiliser ce quartier Sud de la
ville comme un laboratoire. La Villeneuve, il se trouve que l’auteur de
ces lignes y a passé une partie de son enfance, dans les années 70. Et
le côté « expérimental » de ce quartier n’avait encore rien à voir avec
un quelconque traitement scientifique de la délinquance.

A l’époque, l’expérimental était dans les écoles. Sous le règne du maire
socialiste Hubert Dubedout, des projets d’«écoles ouvertes» se sont
montées à la Villeneuve, autour de cinq ou six écoles primaires et d’un
collège. En soi, c’était déjà un laboratoire dans son genre. «Le projet
de charte prévoyait, dès 1972, l’ouverture et le partenariat avec un
élargissement de l’équipe éducative. La charte était issue d’une volonté
militante trouvant écho dans une frange de militants associatifs
(notamment la Confédération Syndicale des Familles), de militants
pédagogiques, d’enseignants stimulés par 68, de parents militants avec
l’appui du Recteur (contre celui de l’Académie…). Les habitants devaient
se l’approprier, le dialogue avec les parents a été un des éléments des
plus favorables», peut-on lire ici.

Dans mes souvenirs, peu de traces concrètes de cette « expérience », car
l’école était forcément déjà une découverte. La seule chose qui me
revient, c’est que nous avions le « droit » de tutoyer les profs. Qu’on
n’appelait pas « maîtresse », mais par leur prénom. Le travail de groupe
était omniprésent. Les sorties éducatives aussi. Des petits trucs qui
font aimer l’école, en somme.

Dubedout est présenté partout comme le champion de la mixité sociale. Et
les longues tours de l’Arlequin en furent l’apothéose. L’Arlequin, car
les façades étaient de toutes les couleurs. En fait de haut lieu de la
mixité sociale, la Villeneuve — comme celui du Village olympique, pas
loin — est devenu un guetto urbain comme les autres. Demandez à une
agence immobilière du coin ce qu’on dit de « la Villeneuve » dans le
business. Un endroit qu’il est ensuite facile de stigmatiser après un
fait divers, pour annoncer vouloir, comme le reste, la « nettoyer » des
« racailles armées jusqu’aux dents ».

Nous avons retrouvé un témoignage de l’équipe éducative de l’école des
Charmes, sise à l’Arlequin, qui était au coeur du dispositif « école
ouverte ». Difficile d’imaginer que ce type de laboratoire éducatif soit
maintenu après le 30 juillet 2010.

«Notre action témoigne qu’avec une équipe soudée par des convictions
éducatives, une conscience politique de la fonction enseignante, il est
possible de construire durablement une alternative à l’école sélective,
compétitive, excluante, reproductrice d’un ordre social inacceptable.
«A la promotion individuelle qui caractérise l’école, y compris «
l’école républicaine » qui continue à cultiver individualisme et mythe
de « l’égalité des chances », nous opposons une promotion collective qui
cultive l’entraide, la solidarité, qui s’efforce de permettre à chacun
d’utiliser au mieux son potentiel dans des projets d’action, de
production, d’acquisition du savoir et en même temps d’affirmer et
construire son identité singulière, de « s’individuer ». (…)

«Pour mettre cette alternative en oeuvre, il n’est pas besoin de moyens
exorbitants, il faut surtout une volonté partagée à tous les niveaux de
la hiérarchie, et des dispositions pour que se constituent des équipes
cohérentes.
Notre expérience montre que c’est possible avec des moyens normaux, pour
peu que l’on considère le travail en équipe et les concertations non
comme un « travail supplémentaire » mais comme une partie intégrante
d’un métier à la fois dur et privilégié, les parents non comme des
ennemis potentiels mais comme des « coéducateurs », les enfants non
comme des élèves mais comme des personnes qu’il faut respecter, comme
des acteurs de leur propre développement.
Nous sommes profondément convaincus que c’est possible, nécessaire,
urgent… sans pour autant donner dans « l’illusion pédagogique ».
«La vie dans un « quartier sensible » ne la permet pas. Quand un enfant
de 13 ans qui a quitté depuis peu notre école, et qui s’y comportait
déjà anormalement, manque de tuer le coiffeur du quartier avec un
pistolet à grenaille pour faire la caisse, on mesure l’importance des
autres facteurs : le grand frère délinquant, les fantasmes cultivés par
la télé, l’impuissance familiale sous toutes les formes, les pères
absents ou démissionnaires ou extrêmement violents, les mères
culturellement permissives avec les garçons, l’univers de consommation,
de désir d’immédiateté…»

En continuant nos petites recherches, bingo: en 2007 est né un projet de
«laboratoire d’observation scientifique au collège Villeneuve dans le
cadre du Réseau Ambition Réussite (RAR) dont fait partie cet
établissement». Pas de panique, rien à voir avec les plans du maire
Destot en 2010, dans la lignée de son « grenelle de la sécurité urbaine
». Pourtant on frémit : c’est vrai que c’est à l’INRIA de Grenoble
qu’ont été testés les premiers systèmes de «vidéosurveillance
intelligente» (logiciel VSIS), savoir-faire essaimé ensuite au sein de
la start-up Blue Eye Video. Et c’est bien entendu à la Villeneuve que
ces merveilles ont été testées en grandeur nature, comme le rappelle PMO.

Non, le projet de « Labo Science » au collège de la Villeneuve est un
«projet d’excellence scientifique aux services de la réussite scolaire
des élèves». Le quartier y est décrit en ces termes:

Les élèves de ce quartier sont, pour la plupart, issus de milieux
sociaux frappés par le chômage et la précarité. Cette situation est
rendue plus difficile par le départ des couches aisées vers des
établissements plus favorisés. Le classement en RAR du collège de la
Villeneuve et des écoles environnantes doit permettre d’enrayer ces
départs en créant un projet éducatif d’excellence autour du collège. Le
réseau comprend, outre le collège, l’ensemble des écoles primaires et
maternelles suivantes : Ecole Les Genêts, Ecole Les Buttes, Ecole La
Fontaine, Ecole Le Lac, Ecole Les Trembles, Ecole Les Charmes, Ecole Le
Verderet, et Ecole La Rampe (académie de Grenoble 2007).

L’école Les Buttes, c’était mon école primaire. Elle n’était pas encore
classée «Ambition réussite».
—-
Lire aussi l’analyse de Laurent Mucchielli, Arrêtez de dépenser l’argent
dans le béton, investissez-le dans l’humain !
http://www.laurent-mucchielli.org/index.php?post/2010/07/19/Arrêtez-de-dépenser-l-argent-dans-la-pierre%2C-investissez-le-dans-l-humain-%21


_____
Liste de diffusion d'informations relatives � l'informatique et aux libert�s
Info, d�s/abonnement : http://listes.samizdat.net/sympa/info/actus_l

Gmane