jet | 30 Aug 12:15
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[actus_l] Hadopi ou l'art de ne pas appeler un chat, un chat

http://www.pcinpact.com/actu/news/59016-hadopi-eric-walter-communication-seduction.htm

Love parade

La rentrée s’annonce chargée pour Hadopi. Prête à appuyer sur le gros
bouton vert, la Haute autorité jure que les premiers mails partiront
dans les « prochains jours ». Du coup, des séances d’explication sont
nécessaires pour éclairer les Français des bienfaits de ce texte :
campagne de distribution de tracts sur les autoroutes bouchonnées,
tribune libre (mais payante) dans le Figaro par les membres de la
Commission des Droits, et (t)chat avec « les internautes » dans La Tribune.

Toutes ces manœuvres de com’ 2.0 ne sont pas une surprise : elles sont
orchestrées depuis un appel d’offres qui fut lancé par la Haute autorité
fin 2007.

Opération de com'

Cet appel prévoyait qu’« à partir des arguments avancés lors de l'examen
devant le Parlement de la loi « Création et Internet », la communication
devra être conçue de manière à apporter par anticipation une réponse aux
campagnes de désinformation qui pourraient être lancées ». Le
prestataire devant prévoir un « plan de communication » avec des
«actions concrètes visant à renouveler et diversifier l’intérêt de tous
types de presse » incluant aussi «la recherche de parrains
(porte-parole) susceptibles de sensibiliser le grand public au
téléchargement légal et qui pourraient être sollicités lors de la
campagne de communication (conférence de presse, spots radio ou télé,
interviews…) ». Bref, tout est réglé, calibré, « propagandé ».

Le tchat d’Éric Walter chez nos confères de la Tribune est la
manifestation parfaite de cette opération. Les questions étaient
prévisibles – ce sont celles maintes fois entendues – et du coup, les
réponses ont été pilonnées avec une précision plus ou moins bonne.

Il ne s'agit "pas de punir"

Un certain Nicolas demande ainsi « Punir les internautes n'apporte rien
aux auteurs, pourquoi ne pas faire facturer tous les téléchargements
illégaux par les FAI ? Sur le Mobile, les opérateurs peuvent nous faire
payer n'importe quel téléchargement, cela devrait être possible sur le
fixe ». Éric Walter répond : « il ne s'agit pas de "punir" les
internautes, il s'agit de leur rappeler que les œuvres ne sont pas en
self service et de les inviter Ă  ĂŞtre responsables dans leur usage
d'internet, quel qu'il soit. C'est tout le sens de la réponse graduée et
de l'appui à l'offre légale qui sont les deux missions au coeur de
l'Hadopi ».

Hadopi ne condamne pas

D’une lecture rapide, on déduit qu’Hadopi ne punit donc pas. Sentiment
accentué un peu plus loin quand Walter explique à un autre intervenant
qu’ « il faut bien avoir à l'esprit qu'il ne s'agit absolument pas de
condamner un maximum d'internautes, il s'agit au contraire et tout au
long de la procédure de la réponse graduée de faire en sorte que les
internautes reviennent Ă  une pratique plus responsable de l'internet et
de la consommation d'œuvres culturelles sur internet. Enfin, et c'est
essentiel, la CPD ne condamne pas. Elle transmet au juge qui, lui seul,
peut prendre une décision ». Le secrétaire général oublie cependant de
préciser que la décision en question est, dans le cadre du défaut de
sécurisation, sanctionnée jusqu’à 1500 euros d’amende et d’un mois de
suspension d’accès. Une broutille.

SocialVPN

Quand les questions sont un peu trop pointues, la tactique est celle de
la fuite. Ainsi, Blackhorn : « Vous affirmez que la réponse graduée peut
s'appliquer à tout type de réseau. Comment techniquement allez- vous
procéder dans le cas de réseau "d'amis à amis" chiffré genre SocialVPN?
» Réponse d’Éric Walter : « J'affirme que la loi n'a pas posé de limite
de réseau, c'est tout. Je ne crois pas vraiment qu'un chat (qui
d'ailleurs semble souffrir quelques difficultés) soit le lieu idéal pour
engager un échange technique sur ce genre de sujet ;) ». La question du
filtrage n’aura pas été abordée une seule fois, dommage.

Le cas des entreprises

À un autre internaute qui s’interroge : « Pourquoi est-ce que la
surveillance ne se fait pas par un service INTERNE au gouvernement mais
par une entreprise ? Est-ce que cette entreprise sera soumise Ă  des
vérifications de la part du gouvernement ? » Walter répond : « Il ne
s'agit pas de surveillance, d'une part, et, d'autre part, il y a
longtemps que les ayants droit ont été autorisés à s'assurer du respect
de l'utilisation des œuvres dont ils détiennent les droits, le fait
qu'ils puissent le faire sur les réseaux comme ils peuvent le faire dans
l'univers physique n'est pas vraiment nouveau. »

Le système Hadopi ne reposerait sur aucune « surveillance »… alors que
la délibération de la CNIL pour l’entreprise TMG évoque une « recherche
» et une « constatation des délits de contrefaçon sur les réseaux P2P ».
Des contorsions sémantiques qui sont autant d’opérations de maquillage
d’une réalité que souhaite faire oublier la Haute autorité.

À un chef d’entreprise qui craint d’avoir à investir des sommes non
négligeables pour sécuriser son accès contre le risque poursuivi par
Hadopi, le secrétaire général lui rétorque « nous n'imposons rien, c'est
la loi, elle est ancienne, et j'imagine que votre entreprise protège
déjà son informatique contre les virus, les spams, etc etc etc. ». Le
même Éric Walter conseillera ensuite d’ « adopter une charte
informatique interne, il me semble que c'est la base, ensuite il existe
(je crois bien ...) de très nombreux experts informatiques qui peuvent
vous appuyer dans votre démarche de recherche du respect de la loi au
mieux de vos possibilités et de l'état de l'art technique... ».

Donc Hadopi, ça ne punit pas, ça n’impose rien, ça ne surveille pas, ce
n’est pas plus méchant que de l’anti spam pro-viagra… Éric Walter
estimait  en juin 2010 que le débat sur la sécurisation était « un peu
hypocrite ». Cela se confirme.


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