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[actus_l] Philippe Pichon: avec le STIC «on voit derrière chaque citoyen un coupable potentiel»

http://www.20minutes.fr/article/591784/societe-fichier-du-systeme-de-traitement-des-infractions-constatees-on-voit-derriere-chaque-citoyen-un-coupable-potentiel

INTERVIEW - Le commandant de police Philippe Pichon, qui dénonce le
fichier Stic depuis plusieurs années, revient sur ses dangers...

Une mémoire policière sale. Dans son livre, Philippe Pichon (aux
éditions Jean-Claude Gawsewitch) poursuit son combat contre le fichier
du Système de traitement des infractions constatées (Stic). En conflit
avec sa hiérarchie pour avoir divulgué les fiches de Jamel Debbouze et
Johnny Hallyday à la presse, il continue les attaques.

Que reprochez-vous au fichier Stic que vous attaquez dans votre livre?
Je refuse d’appliquer le fichier Stic, car il est illégal. La première
raison à cela est qu’il n’y a jamais eu de décret d’application en
Conseil d’Etat, ce qui est pourtant indispensable à l’application de
toute loi. Ensuite, il porte atteinte à la présomption d’innocence.
D’ailleurs, la Cnil a rendu un rapport en janvier 2009 soulevant
plusieurs problèmes de ce fichier, et notamment la question de savoir
qui est habilité à alimenter le fichier. Dans mon commissariat, la
personne chargée du ménage et du matériel était habilitée Stic!

Que trouve-t-on sur les fiches Stic?
Il faut savoir qu’il en existe 36 millions. Donc, la moitié de la
population française est fichée. On trouve de tout dessus. De
l’information vraie et de la fausse. Par exemple, si lors d’une querelle
entre deux voisins, l’un dépose une plainte pour dégradation volontaire
de bien privé, même si l’autre prouve qu’il était absent au moment des
faits, et donc innocent, cette dénonciation calomnieuse reste inscrite
sur le fichier Stic. Avec ces fiches, on voit derrière chaque citoyen un
coupable potentiel. C’est insupportable.

Dans votre livre, vous écrivez que des fiches sont vendues?
Oui. Des fiches ou des informations qu’elles contiennent sont vendues à
la presse ou aux cabinets d’intelligence économique. Par exemple, au
moment de la polémique, un journaliste m’a raconté que les fiches Stic
des frères de Rachida Dati avaient fait le tout Paris. Pour des petites
informations, ça se vend entre 50 et 100 euros. Quand c’est plus grave,
ça se chiffre en milliers d’euros.

Que faites-vous aujourd’hui?
Je suis commandant de police en exercice, mais sans affectation.
L’administration m’avait mis à la retraite d’office, ce qui est une des
pires sanctions pour un policier, mais en mai 2009, cette décision a été
cassée par la justice. Depuis, je fais l’objet d’une suspension à titre
conservatoire. Des recours sont en cours, mais c’est long. Par ailleurs,
je suis mis en examen pour violation du secret professionnel.

Comment vous positionnez-vous face à cette accusation?
Selon moi, je risque, au pire, une faute disciplinaire, car je n’ai pas
à parler à la presse [Philippe Pichon a transmis deux fiches à la
presse]. Mais je suis garant de l’état de droit. Dans mes fonctions,
j’ai l’obligation de dénoncer tout crime ou tout délit. J’ai dénoncé le
fichier Stic, j’ai avisé les autorités car il est illégal. Le parquet de
Meaux, qui était apparemment d’accord avec moi, s’est adressé à mes
supérieurs, réclamant la mise à jour des fiches, ce qui n’a jamais été
fait. Or, quand on a des convictions et qu’on voit, au bout d’un moment,
que rien ne bouge, on finit par franchir la ligne jaune.

Propos recueillis par Oriane Raffin


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