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[actus_l] Hortefeux chiffre la « délinquance roumaine » et crée un précédent (+STIC)

http://www.rue89.com/2010/08/31/comment-hortefeux-a-sorti-les-statistiques-de-delinquance-roumaine-164747

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Hortefeux chiffre la « délinquance roumaine » et crée un précédent
Par Annabelle Laurent | LesInrocks.com | 31/08/2010 | 23H31

Au delà de la confusion délibérée qu'elle établit entre Roms et Roumains,
l'annonce du ministre de l'Intérieur d'une augmentation de 259% de la «
délinquance roumaine » à Paris révèle l'existence de statistiques par
nationalité, jusqu'ici inédites. Et issues des fameux fichiers Stic.

Lors d'une conférence de presse lundi 30 août sur les « évacuations de camps
illicites » le ministre de l'Intérieur a affirmé que les actes de délinquance
perpétrés par des Roumains à Paris ont augmenté de 259% en dix-huit mois.

« Il n'y a pas de statistiques sur la délinquance par communauté, mais il y a
des statistiques par nationalité », a-t-il tenu à justifier, indiquant comme
origine de ces données « une étude des services de police ». Tous les Roms ne
sont pas roumains, et inversement

En chiffrant la délinquance roumaine, le ministre prétend expliquer la réalité
nationale de la politique d'expulsion des Roms. Or les statistiques ne
concernent que l'agglomération parisienne. Mais surtout, délinquance roumaine
et délinquance des Roms ne sont pas synonymes.

Les Roms de France sont, pour la plupart, de nationalité roumaine ou bulgare.
Tous les Roms ne sont pas roumains. Et tous les Roumains ne sont pas roms.
Brice Hortefeux anticipe la confusion habituelle des deux termes par son
auditoire.

L'étude provient par ailleurs des « services de police ». Des chiffres donc
soumis à une logique propre aux statistiques de la délinquance : elles
dépendent des effectifs et des moyens consacrés à la lutte contre telle ou
telle délinquance, comme l'analyse Maitre Eolas sur son blog :

    « La méthode de récolement des données n'a rien de scientifique et n'a
    jamais eu la prétention de l'être (…).

    Le gouvernement estime que l'opinion publique est particulièrement
    remontée contre les vols à la tire (les pickpockets) ou à l'arraché dans
    les transports en commun (…). Le commissaire de police va recevoir cette
    instruction et va redistribuer ses effectifs (…). Voilà la méthodologie
    qui préside à la confection de ces statistiques. »

Autrement dit, pour que de tels chiffres soient atteints, il n'est pas exclu
que, sur la période de l'étude, la police ait concentrée son activité sur un
contrôle accru concernant la délinquance roumaine. +259% d'augmentation… et en
valeur absolue ?

L'augmentation de 259% vient confirmer des chiffres déjà annoncés le 25 août
sur RTL. Sur l'année 2009 la délinquance de nationalité roumaine avait
augmenté de 138% à Paris, avait assuré le ministre de l'Intérieur. En valeur
absolue, cela donne : 3 151 faits en 2009, contre 1 323 en 2008.

Puis sur les six premiers mois de l'année 2010, la délinquance aurait augmenté
de 51,1% par rapport aux six premiers mois de 2008.

Le ministre poursuit sa démonstration en énumérant les chiffres pour les
simplifier ensuite en formules chocs :

    « Sur 92 148 personnes mises en causes dans des faits de délinquance
    générale entre janvier et juin 2010 en agglomération parisienne (Paris et
    la petite couronne), 3294 sont de nationalité roumaine, soit 3,6%.

    Pour les atteintes aux biens, 3.493 personnes mises en cause sont de
    nationalité roumaine sur un total de 25.590, soit 13,6% »

Cette dernière donnée, Hortefeux la traduit par « Aujourd'hui, à Paris la
réalité est que près d'un auteur de vol sur cinq est un Roumain » : même en se
basant sur l'étude, avec 13,65%, nous sommes loin des 20% (1 sur 5) annoncés.

Concernant les chiffres pour les mineurs, d'après l'étude, 1 095 sont de
nationalité roumaine sur un total de 9 055, soit 12%. A Paris seul, la
proportion monte jusqu'à près d'un quart (23%). Formulé autrement par
Hortefeux : « A Paris, un vol commis par un mineur sur quatre l'est par un
mineur roumain. »

Vu sous un autre angle, on constate que 96,4% des personnes mises en causes à
Paris dans des actes de délinquance sur les six premiers mois de 2010 ne sont
pas roumains, et que 86,4% des atteintes aux biens sur la même période n'ont
aucun lien avec les Roumains. L'origine des chiffres : les fichiers Stic

« Les statistiques sur les personnes mises en cause n'ont jamais été publiées
par nationalité, même si elles existent », a déclaré à l'AFP Alain Bauer,
directeur du rapport 2009 de l'Observatoire national de la délinquance (OND)
sur la criminalité en France, à la suite des déclarations d'Hortefeux.

Les rapports annuels de l'OND, qui fournissent les statistiques de la
délinquance en France -en réalité celles de l'activité policière et
gendarmique sur la délinquance- sont réalisées à l'aide d'un outil créé en
1972 et peu modifié depuis, l'Etat 4001.

L'Etat 4001 regroupe tous les crimes et délits rapportés par les services de
police, de gendarmerie et par la préfecture de police de Paris (nomenclature
différente pour la capitale). Or la seule distinction d'origine faite par cet
outil porte sur les Français et les étrangers, sans distinction de nationalité
au sein de cette deuxième catégorie.

« Les données par nationalité fournies par Hortefeux sont des extractions du
Système de traitement des infractions constatées, le Stic », explique
Christophe Soullez, responsable du département ONRDP.

Le Stic est la fameuse méga-base de données informatisée du ministère de
l'Intérieur, légalisée depuis 2001 seulement, qui regroupe les informations
concernant les auteurs -et les victimes- d'infractions interpellés par les
services de la police nationale, et ce quand bien même le mis en examen est
blanchi. Plus les faits sont graves, moins les étrangers sont impliqués

Concernant les personnes mises en cause, les fichiers Stic fournissent «
identité, surnom, alias, date et lieu de naissance, situation familiale,
filiation, nationalité, adresse(s), profession(s), état de la personne,
signalement, et photographie ».

C'est donc lorsqu'une personne est entendue dans le cadre d'une procédure
rédigée par l'officier de police judiciaire qu'est demandée et recueillie sa
nationalité. L'OND, qui a accès aux fichiers Stic comportant la nationalité,
ne prend en compte pour l'établissement de ses statistiques que la distinction
Français/étranger. En revanche, « certains services peuvent avoir accès à ces
données sur la nationalité des fichiers Stic », affirme Christophe Soullez.

L'annonce publique par Hortefeux de statistiques concernant la délinquance
roumaine démontre qu'il n'est pas exclu que des statistiques de délinquance
concernant d'autres nationalités soient publiées à l'avenir. En attendant, les
statistiques de la délinquance distinguent uniquement Français et étrangers.

D'après le rapport 2009 de l'OND, la part des étrangers mis en cause est de
11,9% au total, dont 13,3% dans les vols sans violence et 47,6% pour les vols
à la tire. Alain Bauer avait relevé début août que « plus les faits sont
graves, moins les étrangers sont impliqués ».


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