Bb! | 3 Sep 08:09
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[actus_l] Hadopi : les ayants droit veulent persuader l’abonné de subir le filtrage par DPI

http://www.pcinpact.com/actu/news/59106-hadopi-dpi-vedicis-scpp-filtrage.htm

Hadopi : les ayants droit veulent persuader l’abonné de subir le filtrage par
DPI Du boulot pour Kaa
Hadopi

Exclu : Comme exposé, depuis un an, des discussions sont orchestrées par la
Commission européenne, au sein de la DG du Marché Intérieur et Services. Elles
réunissent de nombreux ayants droit et des acteurs des télécoms. Dans un des
documents présentés par la SCPP, lors d’une réunion en juin dernier, nous
avons découvert comment le filtrage va être testé en France par Hadopi. La
technique est simple : des FAI et des abonnés tous volontaires. Et pour
inciter ces derniers à devenir de parfaits cobayes : l’arme de l’obligation de
sécurisation. 

La SCPP, qui représente les majors du disque en France, a par la voix de Marc
Guez décrit à Bruxelles en juin dernier les diverses mesures techniques
prévues en France dans le cadre de la loi Hadopi justement. On retrouve cette
présentation dans ce fichier PowerPoint.

On peut y lire que les ayants droit français ont déjà réalisés deux séries de
tests de filtrage. L'une en 2007 et l'autre en 2009. « Afin de préparer ces
expérimentations, les ayants droit français ont préparé plusieurs tests de
technologies de filtrage ». Et le fichier de la SCPP présente rapidement leurs
principales conclusions. 

Un test en 2007 sur le protocole, un test en 2009 sur le contenu

Le test de 2007 a éprouvé le filtrage protocolaire sur P2P. Celui de 2009
s’est appuyé sur les technologies de la société Védicis pour s’attaquer aux
contenus échangés sur P2P. Et pour faire bonne mesure, « tous ces tests ont
été mis en œuvre par EANTC, un laboratoire de tests allemand, basé à Berlin
» (EANTC pour European Advanced Networking Test Center). Comme pour la
surveillance des échanges sur les réseaux P2P, les ayants droit ont encore
expérimenté loin des réseaux français et de la CNIL, parfois tatillonne.

test filtrage hadopi

Deux technologies ont été validées par ce labo pour le filtrage P2P : celle
d'Ellacoya E30 et celle d'Ipoque PRX-5g. Avec elles, selon EANTC, 90% du
trafic P2P ont été détectés (qu’il soit chiffré ou non) et il n’y aurait eu
aucun impact significatif sur les performances du réseau : « un débit de 973
Mb/s et 952 Mb/s à comparer à un débit maximum de 1000 Mb/s pour le réseau ». 

scpp filtrage DPI

A l'échelle d'un pays, les débits sont cependant nettement plus importants.
Mais pour la SCPP peu importe les débits, seuls les résultats comptent : «
Dans le cas de la technologie VEDICIS, 99,91% du trafic P2P a été détecté et
99,98% des contenus illégaux ont été bloqués sans incidence sur les
performances du réseau » résume le document de synthèse, selon qui « il n’y a
pas eu d’incidence sur le contenu légal ». Bref : le Graal du filtrage

La technologie Vedicis :Deep Packet Inspection

Vedicis se présente sur le net comme une « fournisseur télécom de solutions IP
haut débit pour valoriser le contenu et créer des réseaux intelligents («
smart pipes ») » à l'avenir très prometteur, puisqu'il a levé début 2010 2
millions d'euros de fonds.

« Basé sur sa technologie de « Deep Content Inspection », Vedicis a développé
la plateforme « Content Smart Switch » pour fournir une analyse et un contrôle
avancés des contenus au sein des réseaux haut débit et la création de réseaux
intelligents » expliquent les divers communiqués en ligne.

Des communiqués qui vantent « la granularité d’analyse très fine (de cette
plateforme qui)  fournit une surveillance et un contrôle précis des
protocoles, applications et contenus, tout en permettant aux opérateurs
télécoms une facturation temps réel au niveau contenu et une analyse d’usage
des internautes ». Toujours selon la société, ses solutions vont du « contrôle
de la circulation des contenus jusqu’à la classification et la priorisation
des services web [et] offrent de nouvelles applications à forte valeur ajoutée
pour les opérateurs, et les aident à fournir à leurs abonnés une meilleure
expérience Internet »…

Plateforme Content Smart Switch

À Bruxelles les propos de la SCPP ont justement été épaulés par ce document
présentant la plateforme « Content Smart Switch » de Védicis, utilisée pour
les tests. Les tests de filtrage de contenus ont donc été réalisés avec du DPI
(Deep Packet Inspection) pur jus.

vedicis DPI deep packet inspection

Dans le document, on y présente un filtrage en quatre étapes: détection,
identification, action en temps réel et rapport. Apprécions également la
mention « blocage sélectif » et la portée de cette technologie qui peut
frapper aussi bien le P2P, le streaming, le FTP…

Une volonté politique et technologique

C’est ici la réalisation d’un vieux rêve de Nicolas Sarkozy qui souhaite «
dépolluer automatiquement les réseaux et les serveurs de toutes les sources de
piratage » ou de Jean Berninau, aujourd’hui membre de la HADOPI qui lors d’une
conférence à Montréal, en avril 2008 (signalée par TheInternets), soutenait :
«Pourquoi peut-on filtrer ? Parce qu’il y a longtemps que la vitesse des
réseaux n’a pas progressé, ce qui favorise ceux qui cherchent à faire du
filtrage, notamment grâce au procédé de Deep Packet Inspection – qui consiste
à observer les paquets d’informations sur la bande passante et permet de
savoir à peu près tout ce que l’on veut savoir : Qui a envoyé le paquet? Qui
l’a reçu? Quelle est l’application correspondant aux contenus du paquet ? Et
qu’est-ce qu’il y a dedans? »

Pour mémoire, le filtrage par DPI  n'est pas mince : il consiste à centraliser
le trafic au niveau d’un point du réseau, et à inspecter le contenu au niveau
de l’URL ou plus en profondeur (signature de l’application, numéro de port,
mots clés…). Initialement, le DPI était calibré pour des fonctions
d’exploration de données, d’écoute, de monitoring, de l'écoute passive. Et
c'est notamment en Chine, en Corée du Nord et en Arabie Saoudite qu'on a pensé
ensuite à ajouter le blocage. Selon l’architecture du FAI, il nécessite alors
un boîtier de blocage au niveau de chaque point de sortie du réseau. Alors, en
fonction des critères de blocage, le DPI comme un fidèle douanier autorise ou
interdit le transit des paquets vers leur adresse de destination.

La jonction DPI et HADOPI

Vedicis présente sa technologie comme étant « Hadopi safe ». Pourquoi ? «
Parce que les abonnés demande à être contrôlés pour éviter toute violation du
droit d’auteur. Comme le contrôle parental » C'est du moins ce que croit la
société.

vedicis DPI deep packet inspection

Aux FAI, à l’IFPI, à la MPA, aux Sacem européens et à la DG, du Marché
Intérieur, les majors françaises ont alors fait un résumé  de tous les
articles de la loi française qui arment la Haute autorité contre les
téléchargements illicites. Puisque le thème de la réunion du 2 juin 2010 était
les mesures techniques, l’accent a évidemment été mis sur les leviers de
protection et d’identification des contenus, sujets d’une mission confiée par
la Hadopi au Pr. Riguidel, spécialiste justement du Deep Packet Inspection
(voir également cette actualité)

Comme le montre la copie d'écran ci-dessous, la technologie Vedicis sera
présentée à la Hadopi pour une évaluation et donc un futur test en France,
annonce la très influente SCPP, présidée par Pascal Nègre et dirigée par Marc
Guez.

vedicis DPI deep packet inspection 

Il faut en effet se souvenir des fameux Accords de l’Elysée, où, selon  Marc
Guez, les FAI ont promis de collaborer à des tests de filtrage grandeur
nature. Avant un éventuel déploiement général si les résultats des expériences
étaient convaincants, technologiquement et financièrement parlant.

C’est là où les données deviennent encore plus intéressantes. Pour tester, il
faut des volontaires, des FAI et surtout abonnés. Et voilà l'astuce en
préparation :

Le filtrage va d’abord être mis en œuvre par les FAI volontaires, ceux
désireux de participer à ces essais. Les ayants droit devraient compter sur
l’implication de la fidèle Christine Albanel ou, plus sûrement, d’un
actionnaire comme Vivendi. N’oublions pas que Sylvie Forbin – la lobbyiste en
chef de Vivendi, est à la table des négociations,

sylvie forbin

... celle qui fut décorée en 2006 par la France au titre de Chevalier de
l’Ordre National du Mérite.

Comment inciter, persuader l'abonné à s'auto-filtrer

Dernière étape : trouver des abonnés cobayes. Là, la recette est déjà fin
prête, mitonnée, cuisinée. Comment faire pour inciter une personne à installer
une caméra de surveillance dans chacune de ses pièces, sa salle de bain, ses
toilettes, sa chambre... ? Simple : lui dire que sa sécurité en ressortira
renforcée. Et c'est exactement ce qui se prépare.

Avec Hadopi, on sait que l'abonné a l'obligation de sécuriser son accès
Internet contre les usages illicites qui pourraient être effectués sur son
accès. Sans mise en oeuvre d'un moyen de sécurisation sérieux, il risque la
suspension et 1500 euros d'amende. Ni la Hadopi ni le ministère n'ont jamais
été très bavard sur l'exacte signification du moyen de sécurisation. Et pour
cause.

Selon la SCPP, la technique Vedicis sera présentée aux abonnés « comme une
mesure technique empêchant l'utilisation illicite de leur accès Internet ».
(document ci-dessous)

vedicis DPI deep packet inspection

En clair ? Il suffira de manipuler en douceur l'abonné, lui dire que s’il
accepte ces tests, il sera abrité derrière une mesure technique de protection
validée par la HADOPI. Il évitera alors la réponse graduée si, par accident,
son IP venait à être flashée. Dans le même temps tous ses contenus seront
filtrés par une technologie qu'il ne maîtrise pas, avec la complicité
bienveillante des FAI partenaires des ayants droit.

Et voilà comment l'autorité indépendante, via les FAI,  va persuader l'abonné
"bon père de famille" à autosurveiller ses faits et actes sur Internet, au
profit des ayant droit... Du moins en théorie.

Rédigée par Marc Rees le jeudi 02 septembre 2010 à 16h22 (28802 lectures) 


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