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[actus_l] Devant la juge, l’ex-policier Philippe Pichon accuse sa hiérarchie

http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/74387/date/2012-01-16/article/pichon-audition-juge-harcelement/

Harcèlement moral, discrimination politique et consignes illégales :
lâché par l’institution policière, l’ex-commandant Pichon sort de sa
réserve et son avocat fournit des documents à la justice pour étayer sa
plainte.

Mis à la retraite d’office le 8 décembre, à 42 ans, l’ancien commandant
de police Philippe Pichon n’en a pas encore fini avec son ancienne
“maison”. Pendant plus de deux ans, il a essayé de réintégrer une
institution qui ne voulait plus de lui. Depuis qu’il a divulgué dans
Bakchich les fiches Stic de Johnny Hallyday et Jamel Debbouze, en
octobre 2008, Pichon est indésirable. Lui qui entendait dénoncer les
irrégularités contenues dans ce fichier se retrouve au pilori de la
police. Et libéré, en conséquence, du devoir de réserve qui s’impose aux
fonctionnaires.

Le 22 décembre, Philippe Pichon s’est présenté devant une juge
d’instruction pour un premier interrogatoire de partie civile. Elle
l’entendait sur sa plainte pour harcèlement moral et discrimination
politique, déposée en juin 2011. Une plainte contre X qui s’adresse à
ses supérieurs hiérarchiques dans la police.

En poste Ă  Coulommiers (Seine-et-Marne) de 2005 Ă  2008, puis Ă  Meaux, le
commandant s’estime menacé et brimé à plusieurs reprises, avant même
l’affaire des fiches Stic. Il dénonce également les “actes illicites” et
“graves dysfonctionnements” dont il aurait été témoin. Son avocat, Me
William Bourdon, a demandé l'audition de quatre témoins et fait verser
des pièces cruciales à la procédure.

“Sanction disciplinaire déguisée”

Comme nous l’écrivions en septembre, Philippe Pichon a d’ores et déjà
fourni Ă  la justice des comptes-rendus de conversations avec son chef et
des lettres de mise en garde reçues pour ses travaux de chercheur. Un
officier de la DCRI à la retraite, prêt à témoigner, affirme que des
enquêteurs ont “étudié les relations téléphoniques de M. Pichon”.
L'ex-commandant espère ainsi démontrer le harcèlement dont il s’estime
victime.

Même s’il a confirmé sa mise à la retraite d’office, le tribunal
administratif a d’ailleurs reconnu que sa mutation de Coulommiers à
Meaux en mai 2008 était une “sanction disciplinaire déguisée” :

    “Prise sur une procédure irrégulière, cette décision, constitutive
d’une sanction disciplinaire déguisée, est entachée d’illégalité.”

Évoqué par Mediapart, un enregistrement effectué par un collègue de
Philippe Pichon, qui lui aussi a porté plainte pour harcèlement moral,
révèle des pratiques policières illégales liées à la “culture du
résultat”. Dans cette retranscription de 82 minutes, il est question du
commandant Pichon. Son ancien chef de service Jean-François M., à
l’origine de sa mutation, le désigne comme son “ennemi personnel” :

    "Sachez, pour votre info, (...) que le commandant Pichon est mon
ennemi personnel. (...) Si, au mois de septembre, j'avais rencontré le
commandant Pichon dans la rue, dans une rue de Coulommiers, je lui
aurais foutu mon poing dans la gueule ! J'aurais pu me retrouver en
garde Ă  vue pour violences volontaires, mais je l'aurais fait avec un
plaisir que vous ne pouvez pas soupçonner !"

Nicolas Sarkozy : “Pas question d’envisager une médiation avec ce
fonctionnaire”

Aujourd’hui, Philippe Pichon explique que les pressions continuent.
Convoqué en septembre au commissariat de Meaux pour son évaluation
annuelle - alors qu’il est suspendu depuis trois ans - il dit avoir été
“invité à répondre” sur le devenir de sa plainte. Le commissaire
divisionnaire Philippe T. lui a demandé à trois reprises s’il ne
souhaitait pas la retirer. Loin de vouloir abandonner, l'avocat de
Philippe Pichon a apporté de nouvelles pièces à la juge d’instruction.

Dès décembre 2006, trois mois avant que Philippe Pichon ne publie le
livre Journal d’un flic, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy
évoque ce projet de livre dans une note. Il répond au “Directeur
central”, sans plus de précisions. Philippe Pichon et son avocat en
déduisent qu’il s’agit du Directeur central de la sécurité publique, qui
a autorité sur le policier.

    “Vous indiquez [...] que “dans un proche avenir, les activités
artistiques de M. Pichon risquent de poser de sérieux problèmes compte
tenu de la publicité tapageuse attendue autour de la parution de ce
genre de livre”.

    J’ai fait procéder à un examen approfondi du dossier individuel de
l’intéressé par les services concernés. Officier atypique, il s’est déjà
distingué lors de son affectation à Saint-Tropez, attirant
avantageusement sur lui l’attention médiatique.

    Des informations qui viennent de m’être communiquées, il ressort
qu’il n’est pas question d’envisager une médiation avec ce
fonctionnaire. En conséquence, je vous saurais gré des dispositions
prises à l’effet de régler rapidement ce dossier.”

Le maire s'inquiète des "administrés dissidents"

Philippe Pichon garde le souvenir d’habitudes étranges au commissariat
de Coulommiers. Plusieurs traces écrites ont été versées au dossier. En
février 2006, Guy Drut, le maire de la ville, envoie une lettre au chef
de service Jean-François M., dans laquelle il écrit :

    "Je retiens votre proposition de me communiquer toute information de
la main-courante informatisée de votre service, tout document ou tout
élément procédural que vous jugeriez utile de m'adresser, sous pli
confidentiel, et qui pourrait m'ĂŞtre utile en anticipation de tout
contentieux avec les élus du canton de Coulommiers, le personnel de la
mairie de Coulommiers ou tout "administré dissident"."

En avril 2007, tous les services de police du département reçoivent une
note sur la “surveillance accrue des locaux des permanences et des
sièges de campagne” en période électorale. A Coulommiers, le chef de
service rajoute une mention manuscrite : “Consigne aux patrouilles :
siège de campagne UMP = place du marché”. Le QG du Parti socialiste,
lui, ne fait l’objet d’aucune attention particulière.

Interdit de commissariat les jours d’élection

Est-ce parce qu’il a contesté ces instructions? Malgré son poste de
numéro 2 du commissariat, Pichon est mis hors jeu pendant les élections
législatives. D’astreinte à domicile le dimanche du premier tour, il
disparaît du dispositif de sécurisation pour le second. L’année
suivante, lors des élections municipales, Philippe Pichon, “écrivain et
citoyen de Coulommiers”, apporte publiquement son soutien à la liste
d’opposition (PS, PC, Verts, MDC, PRG). Il ne figure pas sur la liste
mais se fend d’un petit texte de soutien publié dans la brochure-programme.

Son plus proche collaborateur au commissariat dit avoir reçu le
programme des mains d’un adjoint au maire UMP, “pour information de
Jean-François M. [numéro 1 du commissariat] et sanction éventuelle de
Philippe Pichon”. Celui-ci est convoqué le jour même par son supérieur,
qui lui explique avoir sollicité sa mutation. Philippe Pichon rappelle
alors à son chef avoir croisé peu de temps avant un gardien de la paix
en uniforme, distribuant des tracts pour l’élection de Franck Riester
(UMP) dans ses locaux de campagne, sans conséquences.

Quelques semaines plus tard, François Fillon vient en visite à Meaux, où
est désormais placardisé le commandant, sous les ordres de policiers de
grade inférieur au sien. Tous les officiers du département sont sur le
pont pour accueillir 23 ministres et secrétaires d’Etat, des
parlementaires et des élus locaux. Pas Philippe Pichon, “oublié” du
dispositif.

Outre ces vexations, l’ancien policier reproche à son administration
d’origine d’avoir refusé ses quatre demandes de mutations entre 2006 et
2008. La plainte de Philippe Pichon pourrait mettre du temps Ă  aboutir,
alors qu’il sera jugé en mai 2012 pour la divulgation des fiches Stic
dans la presse. Il est poursuivi pour "violation du secret
professionnel, accès frauduleux à un système automatisé de données, et
détournement de données confidentielles". Le prix à payer pour les
policiers lanceurs d’alerte.

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