Didier PY | 24 Jul 18:29

"Dati veut remettre Marina Petrella sur pied pour l'expédier"

"Dati veut remettre Marina Petrella sur pied pour l'expédier"

Par RUE89 | 24/07/2008 | 11H18
Son compagnon raconte à Rue89 le calvaire de l’ex-activiste italienne des Brigades rouges,
hospitalisée et toujours incarcérée.

L’ex-membre des Brigades rouges Marina Petrella a quitté mercredi après-midi l’hôpital
pénitentiaire de Fresnes pour l’hôpital psychiatrique Sainte-
Anne de Paris, dans un état de santé très dégradé. Hamed Merakchi, son compagnon et père de sa plus
jeune fille, a appelé ce jeudi matin Rue89, 
anéanti après sa visite à Sainte-Anne mercredi soir:

« C’est impressionnant, ça fait peur. Elle ressemble aux gens des camps… Elle est comme une petite
vieille. Elle est sous perfusion. Elle a essayé de se 
lever, mais j’ai été obligé de la soutenir tout de suite et de l’aider à se rassoir. Je n’ai pas de
mots… »

Anéanti et révolté. Révolté contre le silence des médecins, qui lui servent toujours le même
couplet. Anéanti par la posture de la Garde des Sceaux 
Rachida Dati, qui se borne à affirmer, comme lundi: « Son pronostic vital n’est pas engagé, elle est
soignée et bien soignée. » Hamed Merakchi craque:

« Ce qui est fou, c’est que les médecins ne me donnent aucune précision, ne me disent rien d’autres
que: ‘Ne vous inquiétez pas, on va la remettre sur 
pied.’ Ça semble être ce que Dati veut faire: la remettre sur pied pour mieux l’expédier en Italie. »

François Fillon a en effet signé le décret d’extradition de l’ex-brigadiste italienne le 3 juin,
ouvrant ainsi la voie à son extradition vers l’Italie. Elle y a 
été condamnée en 1992 à la réclusion criminelle à perpétuité, accusée d’avoir tué un
commissaire de police à Rome en 1981.

« Prépare-toi, ils n’enverront qu’un cadavre »

Incarcérée en France depuis août 2007, Marina Petrella vivait auparavant à Argenteuil et
travaillait comme assistante sociale. Elle a eu avec son 
compagnon une fille aujourd’hui âgée de dix ans, après une première fille née en prison en Italie en 1983.

Son extradition est toutefois retardée par le recours devant le Conseil d’Etat déposé par son
avocate, Me Irène Terrel. Un recours qui n’est pas 
juridiquement suspensif, mais il est d’usage d’attendre la décision de l’instance
administrative suprême. Hamed Merakchi assure cependant que cette 
extradition risque de ne jamais avoir lieu:

« Je crois qu’ils perdent leur temps. Elle m’a dit: ‘Prépare-toi, ils n’enverront qu’un
cadavre.’ Même si ça parait dingue, à sa place, je ferai pareil. C’est 
une manière pour elle de préparer ses filles à faire le deuil. »

Depuis plusieurs semaines, son médecin traitant indique qu’elle est « en danger de mort », parle «
d’épisode suicidaire majeur ». La comédienne 
Valeria Bruni-Tedeschi, soeur de Carla Bruni, affirme d’ailleurs s’être rendue au chevet de
l’ex-brigadiste le 12 juillet.

Nicolas Sarkozy, qui ne semble pas exactement sur la même ligne qu’une partie de son gouvernement,
s’active aussi. Il a demandé par écrit le 10 
juillet au président italien Giorgio Napolitano de gracier « dès que possible » sa compatriote italienne.

« J’ai une bonne nouvelle pour vous, sa levée d’écrou va être signée »

Des sources indirectes ont également confié à Rue89 que le président français aurait évoqué
mercredi matin en Conseil des ministres sa levée d’écrou. 
Très divisés sur la question, les membres du gouvernement ne seraient pas parvenus à arrêter une
position commune. Pourtant, un bruit a couru 
aussitôt le Conseil terminé: Nicolas Sarkozy aurait demandé à midi la levée d’écrou de Marina
Petrella, ce qui n’annulerait pas le décret d’extradition, 
mais lui rendrait sa liberté en France.

Ni l’Elysée ni le ministère de la Justice, sollicités à maintes reprises, n’ont souhaité
pourtant s’exprimer ensuite sur le sujet. La première et unique 
réponse officielle est tombée vers 20 heures: Marina Petrella demeure juridiquement « en détention
sous écrou extraditionnel », précise le procureur 
général de Versailles dans un communiqué. Mais, pour Hamed Merakchi, c’est le flou qui règne:

« C’est dingue, hier [mercredi], un élu m’appelle à midi pour me dire: ‘Hamed, j’ai une bonne
nouvelle pour vous, sa levée d’écrou va être signée.’ 
L’avocate m’appelle ensuite, elle me le confirme. Puis, quand j’arrive à l’hôpital, il y a
toujours quatre policiers devant sa chambre… »

Ses proches veulent croire qu’il peut s’agir seulement de longueurs dans la prise d’effet de cet
acte administratif de levée d’écrou. Un espoir et une 
attente qui font naître la colère chez Hamed Merakchi, à bout, après une quasi nuit blanche:

« Je suis toujours resté correct jusqu’à présent. Mais je ne suis pas une chaise non plus, toute
action entraîne une réaction. Tout vient à point. »

« Ce service-là de Saint-Anne ne prend pas les incarcérés »

En attendant, une polémique juridique entoure l’hospitalisation « sous écrou extraditionnel » de
Marina Petrella. Son avocate, Maître Irène Terrel a fait 
part à Rue89, jeudi après-midi, de ses doutes sur la légalité de la détention:

« Ce service-là de Saint-Anne ne prend pas les incarcérés. La levée d’écrou est obligatoire pour
qu’elle y reste. Le service et le Professeur Rouillon 
attendent donc la levée d’écrou. D’autant qu’on ne peut hospitaliser des personnes
incarcérées dans un service psychiatrique autorisé qu’avec une 
procédure d’hospitalisation d’office, ce qui n’est pas non plus le cas ici. »

Le parquet général de Versailles, également contacté par Rue89, maintient, lui, sa position: la
détention actuelle de Marina Petrella dans l’enceinte du 
centre hospitalier de Sainte-Anne est tout à fait conforme au droit français.

Julien Martin et David Servenay
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