zamia | 27 Aug 13:52
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Camp du Mesnil Amelot le 17 aout 2008

Témoignage de dimanche 17 aout, le soir.

Cet appel était plutôt étrange, l'objectif n'est pas très bien passé. Les
retenus se passaient le téléphone pour expliquer leur situation, se
plaindre, nous prier de "faire quelque chose". C'était assez dur. Personne
n'avait entendu parler d'une manif 15 jours auparavant. Un retenu nous a
parlé de deux "disparus". Nous lui avons dit que c'était peut être les deux
inculpés pour "incendie criminel", il a confirmé et n'avait encore pas eu
l'info qu'ils avaient été relaxés. Sinon, les arrestations sont toutes
faites par des civils. Les personnes que nous avons eu au téléphone ont 
entendu
parler des ouvriers du chantier du cra mais ne les connaissaient pas dans
le centre de rétention.
En bref, ni de lutte à l'intérieur, ni à l'extérieur, et sans ce contexte,
les appels ont un autre sens. Vivement le retour de la lutte!

"Moi, ça fait 6 jours. Je vais voir le consulat après les premiers 15
jours. Au contrôle, j'ai donné mon nom, c'est la troisième fois que je me
fait arrêter. Maintenant, j'ai 18 ans, alors j'ai demandé les papiers,
avant j'étais pris en charge par mon cousin. Là, je me suis fait arrêter
dans le métro où vivait sarkozy. Je veux pas retourner au bled. Il n'y a
pas de travail là-bas. Mes parents ne travaillent pas.
Il y en a un, il s'est fait arrêter par 3 civils, au trocadéro, dans la
rue. Celui qui est à côté de moi, c'était par des civils à Place d'Italie.
Ici, je travail, je gagne 30 euros par jour, je fais des déménagement.
Il y a beaucoup d'arrestations en ce moment, ça bouge tout le temps: 2 qui
sortent, 4 qui rentrent etc.On voit le juge, après le consulat et voilà.
Un autre, il s'est fait arrêter à Barbès la journée, dans la rue. C'était
après la prière de midi. Avec beaucoup de contrôles, ils étaient nombreux
à se faire arrêter. Ils étaient 10 civils.
Il y a plus de 130 places, c'est plein. Tu te réveilles, tu prends la
douche, café, cigarette, un coup de fil. C'est chaud.
De toute façon, je reviens. Peut-être je reste 2 ou 3 ans et je
reviens.Maintenant, j'ai compris tout, comment ça fonctionne. Je reviens.
Je vous passe un autre qui veut vous parler"

"Ici, on est comme untroupeau de vache entassé.
Pour nous contrôler, les flics ils inventent des infractions. Moi, j'étais
dans le train. Pour se justifier, ils ont dit que j'avais les pieds sur la
banquette devant. C'est pas vrai, il y avait mon collègue, j'allais pas
lui mettre les pieds sur les genoux! C'est souvent comme ça.
On est dans des petites cages, c'est dégueulasse.J'ai une femme et des
enfants ici.
Je suis passé devant trois juges. Le recours a été rejeté. "

"Après 15 jours, ils te renvoient en garde-à-vue pour mettre les compteurs
à zéro. Pour solliciter de nouveau le consulat. Il y en a plein.
La Cimade, c'est des corrompus. J'ai voulu envoyer un fax à mon avocat
pour mon dossier, ils ont hésités. Si ils sont ici, c'est pas pour rien.
Ils sont là pour la photo. C'est pas un bureau, c'est une agence. Il y en
a beaucoup qui sont naif, en état de choc, ils sont déprimés. Ils livrent
les calmants par paquets, lexomil, tranxen.
ça se passe mal. Tout ça à cause des papiers. C'est la colonie française.
Ils ont laissé quelqu'un dans le centre qui sort de l'hopital, tout de
suite après l'opération. Il a mal
Du côté juridique c'est mort. L'avocat a trouvé un vice de procédure mais
les juges ont couvert le préfet. Donc si les grands couvrent les grands,
alors nous…Il y avait du monde dans la salle.
Dans le centre, on se raconte les histoires de chacun, on échange.
Les consuls, on a affaire à des rusés, ils regardent les profils
psychologiques pour deviner la nationalité."

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