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Calais: de la leçon à la pratique, nouveaux rituels policiers


Chaque matin, dans un nouvel emplacement trouvé par les réfugiés du squat promis à la destruction, les
policiers entrent, matraque à l'épaule, gazeuse à la main, et se mettent à compter les présents allongés.
Ces policiers arrivent en voiture (donc la PAF) doublée d'un fourgon de ramassage. Personne ne serait interpellé.

Chaque matin au squat de la gare, d'autres policiers CRS interpellent les personnes. Selon un témoin, les
policiers gazent si l'on ronchonne pour se réveiller.

MODIFICATION DE LA TECHNIQUE D'INTERPELLATION DANS LES RUES

Dès leur retour, les CRS ont usé de procédures nouvelles: les captures se concentrent sur des petits
groupes de deux à trois personnes ciblées. Leur exécution est très rapide. Plusieurs fois, j'eus à
me rendre compte qu'ils dégageaient le terrain dès mon approche mais continuaient leur "travail" un
peu plus loin ou revenaient sur les lieux.

Hier soir, la bénévole humanitaire qui m'a accompagnée trois fois dans cette surveillance de soirée,
était tombée sur deux policiers accroupis derrière un véhicule en stationnement qui lui ont fait
signe de se taire. Deux réfugiés la suivaient sans se méfier. Nous avions pourtant vu les deux cars partir.

MODIFICATION DU RAPPORT AUX MILITANTS: la leçon du sous-préfet en pratique

Après l'agression de Jean-Claude Lenoir du groupe Salam, témoin d' une intervention qualifiée de
violente et la petite manifestation presqu'immédiate que le représentant de Salam a produit, toutes
les forces et pouvoirs ont certainement concocté un petit manuel du savoir-vivre avec les militants, à
destination des CRS.

La preuve en est qu'aucun geste ni contrôle d'identité, ne nous génèrent lorsque nous tombions sur le
réfugié blessé dans le parc, lundi soir. Les CRS ne savaient plus quoi nous dire d'autres que "vous
êtes docteur? Non, alors dégagez!" à la bénévole alarmée qui tapotait le corps du réfugié.

S'il n'y a plus d'embarquement du style que j'ai pu connaître personnellement, la répression est
beaucoup plus fine: elle agit sur les paramètres de la surveillance. Amende pour s'être trouvé dans un
espace ouvert sans signalisation du caractère privé, emploi d'une agence de Sécurité dont les
salariés ne savent pas dire exactement ce qu'ils viennent surveiller face au squat de la gare,
intimidation des courageux bénévoles qui voudraient exercer une surveillance conjointe.

Ainsi, la bénévole qui marchait sur le trottoir d'en face et qui découvrait les deux policiers
accroupis prêts à sauter sur deux malheureux réfugiés, s'est retournée, a crié aux réfugiés
"police, sauvez-vous!" et s'est fait interpellée sans que je ne m'en aperçoive. "Mettez-vous à
l'abri" lui a gentiment conseillé le policer en la poussant sous un porche, la faisant disparaître de ma vue.

Sa disparition subite de la rue ainsi que de celle des réfugiés précéda l'arrivée de 3 CRS au milieu de
la route qui me bloquèrent le passage. Ils m'apprirent que la bénévole était en phase de contrôle. Et
tandis que nous mobilisions à nous deux les policiers des deux cars, le CRS communiquant et souriant me
tenait des propos identiques à celui du sous-préfet Gavory: "Nous agissons dans un cadre légal." J'en
ai souri.

CONSIGNE: EMPECHER LA MULTIPLICATION DES MILITANTS TEMOINS

A la bénévole contrôlée longuement de telle sorte à ce que je ne puisse ni lui parler ni la voir, à plus
de cinquante mètre de moi, les CRS lui ont dit: "vous êtes au courant qu'un réfugié a violé une
journaliste?", puis "vous vous rendez compte que notre mission est peut être d'arrêter des
délinquants dangereux?!" enfin " ce que vous avez fait, c'est de l'aide à la circulation"

Je n'ai eu pour ma part aucune autre remarque que les rancoeurs face à mon travail. Ce fut comme si, à moi, on
accordait le droit de m'interposer. Mais qu'un quidam s'associe à la surveillance et s'obstine, la
chaîne de la répression est enclenchée.

Il fut évident encore une fois, qu'une surveillance civile s'est opérée de manière
disproportionnée, et a continué après l'intervention. Ce fut comme des surveillants d'un spectacle
de rue offert gratuitement par la préfecture auquel j'aurais eu droit d'assister mais seulement moi. Il
est plus facile aussi de surveiller une personne à pied, que deux en voiture.

Côté autre témoins plus présentables, selon une bénévole, les réfugiés du squat ont entendu les
CRS leur demander de laisser leurs mains sous les couvertures avant de les interpeller. Plusieurs jours
plus tôt les CRS avaient en effet été surpris et effrayés de voir surgir de dessous les couvertures une
caméra tenue par des journalistes. Prévenants et inventifs, les CRS!

(la prévention de la "délinquance" militante ne s'arrête pas là: convoquée hier verbalement pour
une audition concernant deux réfugiés à qui j'aurai donné mon adresse pour démarrer leur demande
d'asile, espérons que les policiers n'aient pas trouvé un moyen supplémentaire de réprimer. Les
convocations sans papier ou avec papier, se sont parfois terminées par des intimidations directes mais discrètes)
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