Gérard Vallerey | 8 Oct 22:47
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Fw: [infozone_l] Migrants: la lettre de Calais


----- Original Message ----- 
From: <manuel.guyader@...>
To: <infozone_l@...>
Sent: Wednesday, October 08, 2008 8:11 PM
Subject: [infozone_l] Migrants: la lettre de Calais

>
>
> http://contrejournal.blogs.liberation.fr/mon_weblog/2008/09/migrants-la-let.html
>
> Migrants: la lettre de Calais
>
> «L'auteur de ce  méfait doit d'être retrouvé et jugé, mais aussi les
> responsables qui font de ce coin de France une annexe de l'enfer.» Révolté
> et désespéré par l'agression subie par une journaliste près de Calais,
> Temesghen, un jeune érythréen vivant dans les environs, s'est confié au
> réalisateur Sylvain George.
>
> Temesghen B. «Je vous écris d'un coin de l'enfer, battu par les vents et
> les mers, et les cris des mouettes qui se déchirent à travers les gouttes
> de pluie - à moins qu'ils ne s'agissent d'oiseaux de nuit, volant toujours
> plus haut, aux brumes et lisières, et qui pourtant ne cessent de se
> perdre. Je vous écris d'une ville de fuites, où j'erre et me terre, car
> devant toujours partir, toujours là, dans une course éperdue, jusqu'à bout
> de souffle.
>
> Je vous écris d'une ville du nord, Calais, point de passage obligé de
> centaines de personnes, venues des coins du monde, les "migrants" comme
> vous dites. Je vous écris car à aucun moment il ne nous a été donné de
> prendre la parole. Pas une seule fois, à aucun moment, les journalistes ne
> sont venus nous voir, nous ont demandé ce que nous pensions, ce que nous
> ressentions, ce que nous savions des faits survenus. Ici, il y a quelques
> semaines en effet, une jeune journaliste en reportage a été violée par une
> personne d'origine Afghane, dans ce que tout le monde appelle "la jungle".
> De nombreux articles ont été écrits sur cette affaire. Mais personne n'est
> venu nous voir.
>
> D'ici, je vous écris pour prendre la parole et vous dire que je ne
> connaissais pas cette personne. Que je l'avais vu de loin, à plusieurs
> reprises. Il s'agissait pour moi, pour nous, d'une journaliste de plus
> qui, comme il peut y en avoir des dizaines chaque année, venait faire les
> sempiternelles images des "migrants" en train de prendre des camions, de
> dormir dans la rue, dans la jungle, de manger aux soupes populaires.
> Calais, c'est le cinéma, les sunlights, les tournages permanents, les
> photographes et journaliste souvent à l'affût, en planque. Elle est venue
> une fois dans la "maison des Africains" (Ce fameux "squat" où une
> journaliste a déclarée dans un article du journal Libération qu'elle avait
> renoncé à y aller car trop "dangereux". Il faut dire avec force qu'il n'y
> a jamais eu aucune agression à l'encontre d'une femme ou d'un homme, sinon
> à notre propre endroit. Il me faudrait ici parler des multiples ratonnades
> qui ont eu lieu ces derniers mois, et qui ont notamment coûté un oil à un
> de mes amis !). Elle est venue pour prendre des photos, et nous lui avons
> dit non, nous lui avons demandé de partir. On n'en pouvait plus. C'est
> tout. Après je ne sais pas.
>
> D'ici, je vous écris pour vous dire qu'il s'agit d'un drame horrible,
> affreux, et qui a touché toutes les personnes présentes : femmes, jeunes
> et moins jeunes. Hommes, jeunes et moins jeunes. Croyez-vous que nous ne
> puissions comprendre et être saisi par la douleur de cette jeune femme ?
> Que nous ne savons pas ce que c'est que de subir ? D'ici, je vous écris
> pour prendre la parole et vous dire que nous sommes effrayés. Oui, nous
> sommes effrayés. Nous courons. J'ai peur. Je le dis. Je l'écris. Mais vous
> le savez déjà. Que va-t-on encore penser de nous ? On nous prend déjà pour
> des criminels, des terroristes. Le doute, la suspicion planent sur nous,
> des regards accusateurs se fixent sur nous. Pourquoi devrions-nous, nous
> les "migrants", être meilleurs ou plus dangereux que le peuple de France ?
> Comme partout dans le monde, comme partout en France, il existe des gens
> merveilleux et des gens moins bien. Comme partout dans le monde, comme
> partout en France, il existe, malheureusement, injustement, des lieux, des
> situations, où une femme risque d'être plus exposée, où un femme ne doit
> pas se rendre seule.
>
> Oui, d'ici, je vous écris pour prendre la parole et vous dire que les
> responsables se doivent d'être retrouvés et jugés. L'auteur du méfait bien
> sûr, mais aussi les responsables qui font de ce coin de France une annexe
> de l'enfer. Oui, doivent être jugés la France et aussi l'Europe, dont les
> politiques font que nous vivons pire que des chiens. Dog life. Not an
> European dog. An African dog ! D'ici je vous écris pour vous dire ce que
> vous savez déjà: nous sommes jours après jours pourchassés, gazés,
> arrêtés, blessés, relâchés, harcelés, arrêtés de nouveaux, nos "rooms"
> sont détruites, nous les reconstruisons pour quelles soient de nouveau
> détruites. Nous sommes chaque jour de plus en plus malades, et jusqu'à ces
> maladies que vous ne connaissiez plus : 10 cas de tuberculose. Dog Life.
> Dire, Dire que l'association Salam vient d'installer pour un mois, trois
> toilettes sur le lieu de distribution des repas, pour montrer au nouveau
> Maire que cela ne créera pas un "appel d'air". De l'air ? Il n'y en aura
> jamais assez. L'atmosphère est emplit de souffre.
>
> Et puis, et puis. Louam. Louam, mon amie Louam, décédée en juin de l'année
> dernière, fauchée par une voiture sur l'autoroute alors qu'effrayée, elle
> fuyait la police qui la chassait. Louam qui aurait aujourd'hui 21 ans. Pas
> une seule fois les journalistes ne sont venus nous voir. Pas une seule
> fois ils nous ont demandé ce qui s'était passé, ce que nous savions, ce
> que nous ressentions. Oui, je vous écris d'un coin de l'enfer, pour
> prendre enfin la parole. J'ai 26 ans. Je viens d'Erythrée. Je dors dans
> une vieille bâtisse désaffectée et pourrie, qui jouxte un chantier de
> construction. Des résidences sortent actuellement de terre. Elles vont
> s'appeler le "Clos Saint-Pierre". Je m'appelle Temesghen. Cela signifie en
> Erythréen : Loué soit le Seigneur.»
>
> Réalisé par SYLVAIN GEORGE
>
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>          .
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> I    N    F    O    Z    O    N    E
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>   s a m i z d a t . n e t
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