9 Oct 02:19
Comment Elvis Akpa , sans-papiers, est mort en tentant d'échapper à l a police
From: <lequotidiendessanspapiers@...>
Subject: Comment Elvis Akpa , sans-papiers, est mort en tentant d'échapper à l a police
Newsgroups: gmane.politics.activism.zpajol
Date: 2008-10-09 00:19:39 GMT
Subject: Comment Elvis Akpa , sans-papiers, est mort en tentant d'échapper à l a police
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Date: 2008-10-09 00:19:39 GMT
Nouvelle chute mortelle dun sans-papiers lors dune intervention de police Silence on tombe Elvis Akpa, sans-papiers, est mort en tombant du septième étage, 97 boulevard de la Villette, alors quil tentait déchapper à la police. Un an après la mort de Chunlan Liu, dans des circonstances semblables, cette nouvelle mort dun sans-papiers suscite bien peu de réactions Mercredi 1er octobre, une dépêche AFP annonçait la mort à Paris dun Nigérian de 47 ans, « soupçonné de trafic de stupéfiants et dassociation de malfaiteurs ». Lhomme, « probablement en situation irrégulière », selon la formule répercutée sur le site du Parisien, est mort en tombant par la fenêtre de son appartement alors quil tentait déchapper aux policiers faisant irruption chez lui. Selon lAFP, « les enquêteurs de la PJ de Meaux agissaient sur commission rogatoire dun juge dinstruction de Meaux ». LIGPN la police des polices a été saisie pour éclaircir les conditions de la mort de Elvis Akpa et celles de lintervention de la police. Elvis Akpa était bien sans-papiers, et sous le coup dune Obligation à quitter le territoire français depuis 2007. Il se trouve que ce nest pas la première fois quun sans-papiers paniqué saute par la fenêtre pour échapper à la police et à une expulsion. Il y a un an presque jour pour jour, une chinoise de 51 ans, Chulan Liu, trouvait la mort dans les mêmes circonstances sur le même boulevard de la Villette, suite à lintervention de policiers envoyés eux aussi par le TGI de Meaux. Dans cette précédente affaire, la police venait aussi pour une autre raison soit, officiellement, pas dans le cadre de la chasse aux sans-papiers décrétée par Brice Hortefeux. Elle agissait alors suite à une plainte dun sans-papiers déjà expulsé en Chine. Ce dernier se serait plaint avant son expulsion donc de la disparition de « ses effets » dans lappartement collectif où il demeurait. Cette fois le motif de lintervention policière est bien plus impressionnant. Et laccusation de trafic de drogue semble paralyser toute mobilisation de ceux qui réagissent habituellement en de telles circonstances. Il faut dire que la version policière est terrible : non seulement Elvis Akpa appartiendrait à un réseau international de trafiquants de stupéfiants, mais ce serait dans le cadre de la même enquête que la police de Meaux a découvert, en mars dernier, le cadavre dune jeune fille de quinze ans, « passeuse » du réseau, décédée suite à léclatement dune boulette de cocaïne dans ses intestins. Devant un tel tableau, le silence est général. Nous avons cherché à connaître les circonstances de la mort brutale dElvis Akpa en allant interroger sa veuve, Huguette Ahouavoeke, la mère de ses quatre enfants. Nous avons ainsi rencontré madame Ahouavoeke et sa sur Estelle dans son appartement. La première est en état de choc, et toutes deux sont révoltées par la façon dont la police est intervenue ce matin du 1er octobre. Madame Ahouavoeke nous a donné le récit de cette intervention : tôt le matin (à 6h45, semble-t-il) le couple a entendu des coups à la porte, et lordre douvrir. A suivi un moment de confusion dans lappartement : « Jentendais tellement de bruit, que jai eu peur ! Mon mari ma dit : Nouvre pas, cest sûrement pour les papiers ! ». « Je ne veux pas tabandonner une deuxième fois. Je ne veux pas y retourner », a-t-il ajouté avant de se réfugier dans la chambre des enfants au fond de lappartement, avec ceux-ci. Et cest par le balcon de cette chambre quElvis Akpa a essayé de séchapper Madame Ahouavoeke, entendant les policiers défoncer la porte, a fini par leur ouvrir, son bébé de deux mois dans les bras : « Jouvre, ils mont dit : Connasse ! Où est le monsieur qui vit avec vous, cest votre mari, il est où ? Jai demandé ce quils voulaient, ils avaient leurs bâtons noirs. Ils ont commencé à chercher, puis ont reçu un coup de fil et mont dit : Votre mec il sest cassé la gueule à cause de vous, il fallait ouvrir vite fait la porte ! Je ne savais pas quoi faire, ils mont ordonné de ne pas bouger, ils sont allés chercher les enfants, leur ont dit de ne pas bouger. Javais le bébé dans les bras. Je demandais ce quil se passait, je pleurais, personne ne me disait rien. Ils mont dit Cest ça ! Faîtes votre innocente ! Ils sont descendus, ils sont revenus, ils ont fouillé la maison, ils ont pris des affaires, je ne sais même pas quoi. Ils ont mis mes affaires par terre, ont demandé où était le portable, jai dit que je ne savais pas, ils mont dit Cest ça, ça ne se passsera pas comme ça !. Ils mont mise par terre devant mes enfants, et ils mont fouillée ». Les policiers nont trouvé ni drogue ni argent dans lappartement. Avant de partir, ils rédigent un rapport quHuguette Ahouavoeke refuse de signer. « Puis, ils sont partis. Ensuite, les pompiers ou les gens du Samu sont venus me voir. Ils ont dit quils navaient rien pu faire pour sauver mon mari. » Pendant tout le temps qua duré cette perquisition, Huguette Ahouavoeke na pu à aucun moment quitter lappartement pour aller voir le corps de son mari. Sa sur, prévenue par téléphone et présente sur les lieux dès 7h45, na pas eu lautorisation de monter la voir. Les enfants, présents dans la chambre lorsque leur père est tombé, ont assisté aux événements. Les deux aînés, 11 et 7 ans, ont été interrogés par la police dans une pièce à part, une heure chacun, séparément, sans aucun témoin ni leur mère, ni aucun psychologue ou médecin. Depuis, les enfants se cachent dès que quelquun frappe à la porte, craignant un retour de la police et suppliant la mère de ne pas ouvrir. Toujours pendant la perquisition, avant la levée du corps, les policiers de lIGPN sont arrivés sur place. Ils ont interrogé Huguette Ahouavoeke à nouveau, ainsi que sa sur, et les voisins. Avant de partir, des policiers lui ont donné le téléphone de la PJ de Meaux au cas où elle désirerait des informations complémentaires. Depuis, celle-ci a appellé à plusieurs reprises mais na jamais pu obtenir dexplications : « On ne veut pas méclairer. Quand jappelle ils me font balader. Jusquà aujourdhui je ne sais pas ce quils lui reprochaient. Cest par le journal que jai su quil recherchaient un trafiquant de drogue ». Cest le lendemain, jeudi, que Huguette Ahouavoeke était enfin autorisée à se rendre à la morgue pour voir le corps de son mari. Celui-ci ayant subi une autopsie le matin même, à la demande de la police et pour une raison quelle ignore, elle naura pu voir que son visage. Les jours suivants, les enfants sont restés dans lappartement avec leur mère et ne sont pas allés à lécole. Le collège Louise Michel, où laînée est scolarisée, a envoyé vendredi le médecin scolaire et un psychologue pour voir les enfants. Ceux-ci ont été daccord pour retourner à lécole à partir du lundi. Huguette Ahouavoeke dément les accusations de trafic de drogue : « Ils se sont trompés de personne », dit-elle. Béninoise, elle vit en France depuis 2001, et a une carte de séjour de dix ans. Ses deux premiers enfants sont nés au Bénin, et les deux plus jeunes à Paris. Son époux la rejointe en 2006, et a fait une demande dasile qui a été rejetée. Il est sous le coup dune OQTF depuis 2007. Il na jamais eu de problèmes avec la police, et avait très peur de retourner dans son pays, où il se disait en danger pour raisons politiques. Il avait très peur dune arrestation depuis lOQTF. « Mon mari a fait tous les boulots, mais ce nétait pas un trafiquant de drogue ! Il avait peur. » « Est-ce quil a voulu senfuir ? Quest-ce qui sest passé dans sa tête ? Je ne sais pas ! À 33 ans, je reste avec des enfants mineurs et un mari qui nexiste pas ! ». Les quelques voisins rencontrés sont émus, certains choqués. Les témoignages sont simples : un monsieur gentil, toujours poli, pas dhistoires, pas de bagarres, attentif à la scolarité de ses enfants selon une jeune fille qui faisait du soutien scolaire auprès deux. Un événement étrange survient le lundi matin. Ce jour-là, Huguette Ahouavoeke se rend à la mairie du Xe arrondissement pour y chercher lacte de décès de son mari. Le document remis par la fonctionnaire de mairie qui a établi le certificat de décès contient deux aberrations manifestes, lignorance de la date du décès et le lieu où se trouvait le corps : « Nous avons établi le décès de Iheanacho, Elvis Akpa, ( ) dont la date na pu être établie ( ). Le corps a été trouvé en son domicile ( ). Dressé sur la déclaration de Philippe Guilbert, commandant de police du 8e arrondissement ( ) qui, lecture faite et invité à lire lacte, a signé avec nous ( ) ». À la lecture de cet acte de décès, Huguette Ahouavoeke proteste : « Cest faux ! Cest la police qui a tué mon mari ! » La fonctionnaire lui répond alors imperturbablement quelle sest basée sur le rapport de la police pour établir lacte et quelle ne peut le corriger. Huguette Ahouavoeke rentre chez elle et avertit son avocat. Celui-ci estime que le fait est grave et lui demande de garder les documents. Sa sur prévient de même le QSP par téléphone. Le lendemain matin, la fonctionnaire téléphone à la veuve pour lui expliquer quelle sétait « trompée », et quelle allait établir un nouveau certificat, mais quelle attendait pour ça un feu vert du procureur. Nous sommes allés linterroger. Elle dit avoir fait une erreur de saisie. Elle se serait rendu compte de son erreur le lendemain, en relisant le texte du procès-verbal policier. « Pourquoi avoir procédé alors à cette vérification ? », lui demande-t-on. Ce serait le souvenir des protestations de la veuve qui laurait réveillée dans la nuit. Elle insiste pour dire que lerreur est de son fait, quelle « assume », et que « la police ny est pour rien ». Affable, elle nous montre alors la déclaration de décès quaurait apporté le commandant Guilbert du 8e arrondissement. Ce rapport mentionne en effet que le corps a été trouvé « à laplomb du domicile du défunt », et quElvis Akpa est « décédé le 1er octobre à 7h30 ». Comme on sétonnait de ce que le commandant Guilbert ait pu relire et signer un acte erroné, elle nous explique que celui-ci a signé « en blanc », lorsquil a apporté le rapport, avant quelle-même nait imprimé lacte de décès Et quil en est toujours ainsi. La question de savoir pourquoi la police du 8ème arrondissement aurait été chargée de ce rapport étonne la greffière : « Parce que cest elle qui est intervenue. » On sinterroge sur ce quaurait eu à faire là des fonctionnaires du 8ème arrondissement, pour une opération diligentée à la requête du parquet de Meaux dans le 10ème, et alors que lAFP indique ce ce sont des « enquêteurs de la police judiciaire de Meaux » qui seraient intervenus. « On va porter plainte. La police navait pas à la violenter, ni à interrroger les enfants sans psychologue On ne la pas laissé voir son mari par terre et voir comment il était avant lautopsie ! On ne sait pas ce qui sest passé. Il y a trop de questions quon se pose. On est là à se faire plein de films dans la tête. On ne sait pas, puisquon na même pas pu voir son corps ! Notre avocat a demandé le rapport de police, pour savoir sur quoi ils se sont basés pour la perquisition, et pourquoi cest la police de Meaux qui a fait la perquisition. On est dans le 75 ici ! Pourquoi il ny avait aucun policier du Xème ! ». Huguette Ahouavoeke nest pas encore allé chercher le corps de son mari à linstitut médico-légal : elle na pas largent nécessaire pour faire rapatrier son corps au Nigéria. « Le moins cher, cest le service municipal de la mairie. Mais ça coûte quand même 5638 euros ! Je ne les ai pas. Pour un trafiquant de drogue, il ma laissé 10 euros 75 ! Ils étaient dans sa poche. » Dix euros soixante-quinze, cest la fortune quElvis Akpa a laissée à sa famille, ainsi que son alliance. Vendredi, celle-ci a été rapportée à sa veuve par deux policiers, sexcusant de ce quelle était un peu « tordue ». Elvis Akpa est mort, et lenquête le concernant est stoppée. Reste lenquête de lIGPN sur les circonstances de sa mort. Et restent en suspens quelques questions dans cette histoire. Mais, de toutes façons, quel quait été son moyen de subsistance, Elvis Akpa est bien mort pour avoir follement tenté déchapper à lexpulsion au Nigéria que lui promettait lObligation à quitter le territoire français dont il était lobjet depuis 2007. Il était en France depuis deux ans et avait fait une demande dasile politique qui avait été rejetée. Se remettant alors en ménage avec la mère de ses trois premiers enfants, ils en auront conçu une quatrième. Divine, née il y a deux mois. Elvis Akpa naurait pas voulu abandonner sa femme et ses quatre enfants. Concluant linterview, sa belle-sur nous apporte quelques photos dElvis avec sa femme, et dElvis avec ses enfants, prenant son bain ou se promenant au bord du canal Saint-Martin. « Cest ça quil ne voulait pas quitter », dit-elle. Appel à solidarité Madame Ahouavoeke a besoin dargent pour faire rapatrier le corps de son mari. Si vous désirez laider, adressez vos chèques à : Madame Huguette Ahouavoeke 97, boulevard de la Villette, 75019 Paris Merci pour elle. _____________________________________________ ZPAJOL liste sur les mouvements de sans papiers * abonnement/desabonnement via le web a <http://listes.rezo.net/mailman/listinfo/zpajol/> * abonnement par mail : ecrire a zpajol-on@... * desabonnement par mail : ecrire a zpajol-off@... * archives : <http://news.gmane.org/gmane.politics.activism.zpajol>
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