zamia | 18 Nov 13:37
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Un récit de la manif du 11 novembre au CRA de Vincennes

11 novembre 2008 : manifestation contre la réouverture du centre de 
rétention de Vincennes. 
<http://zona-yarost.blogspot.com/2008/11/11-novembre-2008-manifestation-contre.html> 

A l’Est, rien de nouveau ?

A l’Est de la capitale, comme ailleurs, le drame se poursuit : le centre 
de rétention de Vincennes, destiné à enfermé les sans-papiers, avait été 
incendié le 22 juin dernier. Pourtant, en ce 11 novembre, il a ouvert de 
nouveau. Rien de nouveau donc : tout près de l’hyppodrome de Vincennes, 
l’Etat va continuer à enfermer des populations raflées dans les rues, 
dans les transports, à leur travail ou à la sortie des écoles.
La « rétention » est assurément un mot bien pratique pour masquer la 
réalité sordide de ces actes : la concentration dans un camp fermé et 
gardé de personnes raflées qui attendent leur expulsion forcée.
C’est donc pour protester contre cette réouverture, et pour protester 
contre toutes les expulsions, que la Fédération Anarchiste, avec 
d’autres associations et individus, était présente sur les lieux. Cette 
présence, concrètement, ne fut pas possible à proximité immédiate de ce 
centre : aujourd’hui, exprimer sa solidarité est considéré comme un 
délit. C’est dans ce sens que nous interprétons l’interdiction qui nous 
a été faite d’accéder jusqu’au centre de rétention. Des cordons de 
flics, des camions prêts à embarquer les contestataires … le ton est 
donné, et ne semble plus étonner personne.
Le cortège qui a eu lieu depuis la gare RER jusqu’au plus près du centre 
a donc été contrôlé dans sa totalité par la police : une manière de 
laisser se défouler les opposants en donnant un minimum de visibilité et 
donc un maximum de frustration. Les medias, eux, mitraillent nos 
banderoles. Cela explique en partie que le fait de se masquer en 
manifestation se généralise. Etant donné la répression actuelle contre 
les mouvements sociaux, on n’est jamais trop prudents …
En tous les cas, ce qui devait être une manifestation devant le centre 
de rétention se cantonne à un rassemblement devant l’hyppodrome de 
Vincennes. Le cortège repart donc en direction de la gare RER …

Highway to hell

C’est à ce moment que ce cortège montre qu’il a encore des ressources. 
Des discussions se tissent, et après quelques rapides débats, une 
décision est prise : déborder la flicaille. Le cortège bifurque donc au 
dernier moment, leurrant la police. Nous nous engageons en direction des 
voies rapides et de l’autoroute A4. Les banderoles sont rassemblées « en 
carré », les manifestants se densifient derrière et créent un bloc 
difficile à séparer. La machine est alors lancée, et, doucement mais 
sûrement, le cortège prend possession de la voie publique, devant des 
flics incapables de réagir et de nous en empêcher.
Pensant nous bloquer plus loin, ils échouent à nouveau : nous sommes 
organisés, cohérents, et l’efficacité nous étonne nous même. Les gens 
prennent confiance en eux. La force que nous représentons (quelques 
centaines de personnes) n’est pas une masse dirigée par des chefs : 
c’est volontairement, de façon consciente et cohérente que chacun est 
là. Une autogestion dans la lutte. On discute, on s’entraide. Pour une 
fois, anarchistes organisés, syndicalistes, militants associatifs et 
autres ne se battent pas pour discuter de la virgule d’un tract. On est 
là. On veut le montrer. On agît collectivement, et on y prend goût.
L’autoroute est bloquée. Les bouchons commencent, et des renforts 
policiers tentent une charge puis un dépassement pour nous bloquer. Les 
premiers gaz lacrymogènes nous balayent. Pourtant, les manifestants 
trouvent un second souffle. Le blocage se poursuit, en faisant 
demi-tour, mais en surprenant à nouveau les forces de police. Tout le 
long de cette escapade, des cris, des slogans : « liberté ! Liberté ! », 
« Brique par brique, mur par mur, nous détruirons les centres de 
rétention ! ». On informe les automobilistes bloqués, dont certains 
expriment leur solidarité.
Retour au point de départ, avec des blocages qui continuent. Nous avons 
pris conscience que nous étions enfin visibles, et nous voulons en 
profiter pleinement. Et c’est ce que nous faisons. La police, elle, est 
toujours incapable de gérer la situation. Elle nous subit. Elle agit 
dans la précipitation, et se couvre de ridicule par son incapacité à 
s’organiser. Alors que nous avons enfin rejoint la gare RER, d’autres 
tirs de lacrymogènes ont lieu. Inutiles eux-aussi, puisque nous avons 
décidé nous même de nous y rendre, et pas sous la contrainte. Un tir de 
lacrymogène rebondit sur un poteau, et la grenade revient sur les rangs 
policiers. Le retour se fait en RER, collectivement, une partie 
d’entre-nous se soignant des gaz grâce à du sérum physiologique.

Et après ?

Au-delà du plaisir jouissif de ne pas se laisser canaliser par la 
police, nous sommes conscients de nos limites : le centre de rétention 
est toujours là. Il se remplira dans les jours qui viennent de nouveaux 
expulsables. Ce n’est pas une victoire.
Mais ce qui compte à l’instant où j’écris ces lignes, c’est qu’il est 
clair pour un certain nombre de personnes que cette lutte qui 
s’essoufflait connaît un regain certain. Cette manifestation montre un 
renouveau de la mobilisation. La tournure qu’à pris ce rassemblement que 
tout le monde prévoyait comme un acte trop canalisé pour être visible 
nous a surpris nous même et a redonné à nombre d’entre-nous le goût de 
la lutte. En ce sens, ce 11 novembre est à interpréter comme un signe 
d’une solidarité qui se consolide avec nos camarades sans-papiers.

http://zona-yarost.blogspot.com/2008/11/11-novembre-2008-manifestation-contre.html 

si vous voulez voir les photos qui vont avec le récit...

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