Fernando Martins | 3 Jan 13:50
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Témoigner contre une expulsion forcée est-il un délit ?


  Morceaux choisis du texte du professeur de philosophie Seloua Luste
  Boulbina :

  Témoigner contre une expulsion forcée est-il un délit ?

*On ne saurait tolérer qu’en France des philosophes soient poursuivis 
pour avoir exercé leur fonction critique*

Quand un professeur de philoso­phie s'inquiète d'une reconduite forcée à 
la frontière, on l'arrête. Dans la presse, le philosophe est salué. Dans 
la rue,/ /ou dans l'avion, il est l'homme à / /abattre.

On ? Les autorités publiques dont les poids et les mesures n'ont pas, 
depuis longtemps, été confrontés aux étalons républicains. Trois 
citoyens français dans un avion : un (mini) réseau de terroristes, un 
groupe de dangereux gauchistes, un aréopage d'empêcheurs de « poli­cer » 
en rond ? Il y a peu, Jacky Dahomay s'indignait publiquement de la façon 
dont pouvaient, en France, être traités les élèves. Aujourd'hui, on peut 
également s'indigner de la façon dont sont traités les professeurs, ces 
professionnels de la paro­le*, *La philosophie est ainsi de facto 
frap­pée de suspicion.

Après le si fameux/ « circulez y'a rien à //voir /», arrive le temps du 
« /circulez /y'a /rien à dire ». /Au moment où le gouvernement cherche à 
museler le Parlement, qu'il accuse /« d'obstruction », /un citoyen 
responsable, un individu réfléchi est, pour ses paroles (qu'a-t-il fait 
sinon par­ler ?) inculpé pour « obstruction ». Une police qui est celle 
des « pleins pou­voirs » est toujours dangereuse, quels que soient les 
cieux où elle sévit. Une police qui distingue le Blanc du Noir et « 
l'Européen » de « l'Africain » ne* *saurait être au-dessus de tout 
soupçon. La politique, aujourd'hui, se réduit, telle une peau de 
chagrin, à la police et aux opéra­tions de maintien de l'ordre...

......

* *

  Répression et intimidation

Il est choquant d'apprendre que de tels faits puissent faire l^’ objet 
d'une garde à vue (six ou sept heures pour Pierre Lauret, onze pour ses 
amis Sophie Foch-Rémusat et Yves Cusset). Il est insensé qu'ils puissent 
faire l'objet d'une inculpa­tion. Un délit ? Après Dieu, il y a le 
commandant de bord. Dans le ciel, soit, mais à terre ? A terre, il y a 
les centres de rétention dont « on » aimerait bien que personne ne 
puisse, hormis les autorités, les visi­ter. Une saine gestion, dit-on, 
des nou­veaux camps pousse le droit dehors. Les droits aussi.

Effectivement, on ne pourra faire grief au gouvernement de ne pas donner 
de contenu concret à « l'identité nationa­le ». Concrètement, l'identité 
nationale c'est la rétention et l'expulsion, c'est la répression et 
l'intimidation. Dans identi­té nationale, on entend identique et 
natio­nal. La grâce présidentielle élit, quelle ironie, un défenseur 
notable des droits et libertés. On veut bien la diversité, mais dans 
l'identité nationale.

Philosophiquement parlant, il est plus* *logique de loger l'identité, 
s'il y en a une, dans la diversité. La politique se moque de la 
politique. Ou encore : la politique démocratique se moque de la 
politique autocra tique. Imaginons, quelques instants, un philosophe 
imaginaire, un être de chair et d'os qui commenterait, en les appréciant 
positivement, le port des menottes dans un avion, les contrôles 
d'identité réservés principalement aux personnes à la peau foncée, 
l'enfermement sans limites d'âge des migrants, et de leurs enfants, 
l'arrestation des parents d'élèves étrangers dému­nis de titres de 
séjour à 1a sortie des écoles, le couvre-feu et la situation 
d'exception, le slam politique d'aujourd'hui avec son* *Kärcher et sa 
racaille, sans oublier son */ /*/« pauvre con tire-toi /».

Ce philosophe serait mal parti pour le Nobel de la paix. Expéditif et 
intransi­geant, il serait un va-t-en-guerre plus poli­cier que 
philosophe, plus armé qu'aimé : un lâche. Merci Pierre Lauret.

Le texte intégral a été publié en page Débats dans Le Monde daté 
vendredi 2 janvier 2009.

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