sur l'accord France-Mali - Aminata Traoré

Mediapart.fr, 6/1/09
<http://www.mediapart.fr/club/blog/aminata-d-traore/060109/plaidoyer- 
pour-une-politique-migratoire-maliano-francaise-veritabl>
Plaidoyer pour une politique migratoire Maliano-française  
véritablement concertée et solidaire

Par Aminata D. Traore

Confronté aux conséquences dramatiques de politiques néolibérales  
qu'il a dû endosser en camisole de force comme d'autres pays  
d'origine de migrants, le Mali ne doit pas signer, sous la pression,  
un accord dit "de gestion concertée des flux migratoires et de  
développement solidaire". L'immense majorité des Maliens et des  
Maliennes à l'intérieur de leur pays comme à l'extérieur ne savent  
rien des termes ni des enjeux d'un tel accord, qui de ce fait n'a  
rien de concerté, ni de démocratique. Il est à dénoncer du fait de  
cette opacité et de son caractère coercitif puisque la France revient  
à la charge pour la troisième fois.

Contrairement aux promesses de "développement solidaire", "d'aide  
publique au développement" et de "rentabilisation des fonds des  
migrants", la France attend des autorités maliennes qu'elles lui  
prête main forte dans la réalisation de l'objectif global de 30 000  
expulsions pour cette année 2009. La réticence des consulats des pays  
d'origine à délivrer des laissez-passer qui a largement entravé la  
réalisation, en 2008, de l'objectif de 26 000 expulsions doit être  
levée pour que le Pacte européen sur l'immigration et l'asile  
s'applique pleinement. La France qui se félicite de la signature de  
ce pacte par les autres membres de l'Union Européenne (UE) est  
particulièrement dure avec les ressortissants de ses anciennes colonies.

En plus de l'humiliation et de la souffrance infligées aux hommes,  
aux femmes et aux enfants qui seront arrêtés, enfermés et expulsés,  
cet accord est de nature à basculer dans la misère des milliers de  
familles qui au Mali ne doivent leur survie qu'à la solidarité des  
migrants dont la contribution à l'économie malienne dépasse l'aide  
publique de la France au développement de ce pays.

Face à cette situation nous en appelons au peuple malien, aux  
véritables amis et alliés du Mali afin qu'ils s'élèvent contre la  
violence politique et institutionnelle qui prévaut aujourd'hui dans  
les relations franco-euro africaines.

La "gestion des flux migratoires" devenue l'une des pierres  
d'achoppement de ces relations ne saurait être qualifiée de  
concertée, ni le processus du développement de solidaire dans le  
cadre d'un partenariat déséquilibré où les forts forcent constamment  
la main aux plus faibles.

La France ajoute indiscutablement aux difficultés souvent  
inextricables des pays dont les migrants sont originaires quand on  
sait l'extrême gravité des conséquences de la récession économique  
qui s'amorce.

La société civile malienne, les associations de migrants et de  
défense des droits des migrants estiment que :

     * une gestion véritablement responsable et solidaire des flux  
migratoires dans les circonstances actuelles exige la mise à plat de  
l'accord de manière à impliquer le maximum d'acteurs sociaux,  
politiques et institutionnels ainsi que les artistes et les  
intellectuels dans l'élaboration de politiques migratoires soucieuses  
des droits et de la dignité des hommes, des femmes et des enfants qui  
sont en situation. La société civile critique du capitalisme  
mondialisé s'engage à participer activement à ce processus qui  
intègre les réalités économiques, sociales et politiques en amont et  
en aval comme l'illustre le débat citoyen qui a lieu chaque année au  
Mali dans le cadre de "Migrances" et les 02 journées ouvertes de  
réflexion de l'AME.

     * les flux migratoires se résorberont au fur et à mesure que le  
Mali ainsi que les autres pays africains prendront en charge leur  
destin et s'engageront dans une coopération autre que l'ouverture des  
économies africaines à un marché mondial qui enrichit les riches.

     * le choix du retour est donné dans cette perspective à ceux et  
celles qui un jour ont cru que l'émigration pouvait constituer une  
issue au chômage et à la déshumanisation.

     * le Mali, en tant que pays d'origine et de transit a d'abord,  
la responsabilité d'être à l'écoute de ses ressortissants qui de  
l'extérieur aspirent au retour dans la dignité. Ceux qui parmi eux  
choisissent de vivre et de travailler en France et en Europe en ont  
le droit et pas comme des citoyens de seconde zone.

En d'autres termes, il ne s'agit en aucun cas pour le gouvernement  
malien de jouer le rôle de gendarme dans la protection de l'Europe  
forteresse et de geôlier dans la surveillance des Maliens désireux de  
partir en Europe ou ailleurs, mais de choisir et d'agir de telle  
sorte que pour les Maliens et les Maliennes, partir ou revenir dans  
leur pays ne soit plus une contrainte.

Au-delà de la question migratoire le Mali a le devoir d'établir le  
bilan critique des réformes néolibérales des trois dernières  
décennies lesquelles ont aggravé le chômage et semé le désarroi qui  
sont à l'origine de la plupart des départs.

Le Forum pour un autre Mali  (Foram)
Association Malienne des expulsés  (AME)

Bamako le 03/01/2009

Samedi 03/01/09 à 16h 30 au siège de l’AME (Djelibougou)

Lancement de la déclaration sur « Crises, Migrations et Expulsions ».

Du 03 au 08/01/09

Campagne d’informations des Maliens sur l’accord.

Jeudi 08/01/09 de 9h à 13h au centre Djoliba

Conférence-débat sur le thème : « Crises, Migrations et Expulsions »

Vendredi 09/01/09 et samedi 10/01/09 de 9h à 13h

               au CAHBA (Missira-face hôtel Djenne)

Restitution des conclusions de « Migrances » et des 02 journées  
ouvertes de réflexion de l’AME.

Samedi 10/01/09 à 16h au CAHBA

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