4 Jul 14:34
Fw : [URGENCE BOURSE] Expulsion La voix des femmes
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De: zeromemed <at> yahoo.fr <zeromemed <at> yahoo.fr>
Objet: [URGENCE BOURSE] Expulsion La voix des femmes
À: bourse.occupee <at> ml.free.fr, resfparis16 <at> yahoogroupes.fr, resf-paris12 <at> rezo.net,
resf75 <at> rezo.net, resf.idf <at> rezo.net, resf <at> rezo.net, "Liste de travail du collectif Uni(e)s contre
une immigration jetable" <immigration.jetable <at> rezo.net>
Cc: "TERRA" <terra <at> cines.fr>, "[Resistons rezo]" <resistons_ensemble <at> rezo.net>
Date: Samedi 4 Juillet 2009, 14h33
Expulsion
La voix des femmes
Le 24 juin, jour de
l’expulsion, et les deux jours suivants où le campement pour la nuit a commencé
à s’organiser, à prendre une allure moins précaire, déterminée à durer, ont été
des jours de forte tension. Non seulement à la suite des violences de la CGT , relayées par celles des
forces de police. Mais encore à cause de la pression physique exercée par ces
dernières sur les quelque six cents sans-papiers qui cherchaient à s’installer
tant bien que mal sur le trottoir du boulevard du Temple, en face de la Bourse du travail.
De toute évidence, les
autorités, tant de police que municipales, faisant fi de leurs obligations de
secours envers une partie de population, et considérant sans doute les
occupants de la Bourse
du travail des squatters et non des travailleurs en lutte, pensaient faire
fléchir leur détermination par des mesures d’intimidation inhumaines.
Inhumaines au sens juridique : contraires aux droits de l’homme, de la
femme, de l’enfant, les plus élémentaires.
Ces mesures se résument en deux mots :
les prendre par la faim et par la soif. Les priver – et d’abord les femmes et
les enfants – de nourriture et d’eau. Et jusque de l’usage des toilettes des
rues, pour motif de « protection du mobilier public » (un
gendarme-chef dixit).
Pendant deux jours, un
épais cordon de paniers à salade, de gendarmes et CRS, a encerclé le campement
de fortune, empêchant toute personne solidaire ou simplement touchée par la vue
de ces hommes et de ces femmes et de ces enfants, de faire passer un peu de
nourriture ou une bouteille d’eau minérale, fouillant les sacs à main,
séquestrant jusqu’au moindre sandwich. Inutile de protester : « Mais
c’est pour les enfants ! ». Les ordres sont les ordres. Ainsi que
l’a demandé un sans-papiers à un gendarme âgé et impassible : « Mais
vous êtes donc des robots ou des hommes ? »
C’est dans ce climat qui a vu jusqu’au
chef de cabinet du préfet de police de Paris se déplacer deux fois sur les
lieux pour parlementer, qu’une délégation invitée en préfecture est revenue, le
soir de jeudi 25, se faisant porteuse des promesses préfectorales :
rediscuter les critères de régularisation à condition que le campement commence
à se dégarnir, que les personnes âgées, les malades, les femmes et les enfants
quittent le boulevard du Temple.
À ces mots, levée de
boucliers des femmes. Elles se sont dressées comme un seul corps : « Nous
sommes là, nous ne bougerons pas ! Nous resterons là jusqu’à notre
régularisation ! »
La rapidité,
l’unanimité et la détermination de la riposte ont été assez frappantes pour que
notre journal cherche à donner la parole à cette voix des femmes.
Neuf d’entre elles ont
accepté de dire comment elles voient la phase actuelle de leur lutte. Précisons
que toutes étaient présentes le 24, certaines à la Bourse du travail, d’autres
à la manifestation. D’après leurs témoignages, entre autres, est rédigé aussi
un article sur les événements de cette journée.
Toutes les colonies
françaises sur le trottoir
La première voix est
celle de Mahi. Elle tient à préciser qu’elle ne parle pas qu’en son nom propre,
mais « au nom de toutes les femmes de la Bourse du travail ».
Elle donne le ton en plaçant d’emblée leur situation dans la problématique du
colonialisme français.
« Là, sur tous ces matelas, tout
autour de nous, il y a toutes les anciennes colonies françaises. Il n’y a en
fait que les colonies françaises. Nos parents ont tout donné pour la France , on devrait y être
accueillis à bras ouvert, au contraire on nous repousse et on nous fait la
chasse. Mais même si les Français construisent des murs jusqu’au ciel, nous
viendrons, rien ne peut nous arrêter. Car nous venons pour fuir la misère et
pour travailler. C’est la misère qui nous pousse, non la pauvreté. La misère,
en Afrique, c’est terrible, rien à voir avec la pauvreté. Nous avons le droit,
en France, de travailler en règle. Être sans-papiers ce n’est pas du travail,
c’est de l’esclavage. »
Toutes les femmes (des
ivoiriennes, des sénégalaises, des maliennes…) approuvent ces mots et certaines
renchérissent. Parmi toutes, la voix la plus amère est celle de la jeune
Corinne.
« Liberté, égalité, fraternité… Ce
ne sont que des paroles écrites. En France, les animaux sont plus considérés,
ont plus de droits que nous. Il vaut mieux être un chien qu’un homme ou une
femme sans-papiers dans le "pays des droits de l’homme". C’est pour
nous tenir dans l’esclavage qu’ils ne nous donnent pas de papiers. C’est encore
pire que de l’esclavage. Tous les sales boulots sont pour nous. Les boulots
sales, les petits boulots précaires et sous-payés. Ils profitent de la misère
de nos pays. Sans cette misère nous ne serions pas ici. Nous ne sommes pas
venus pour dormir dans la rue, mais pour travailler honnêtement. J’ai commencé
à travailler à quatorze ans quand mon père est mort. Pour subvenir aux besoins
de ma mère et de mes frères et les faire étudier. Mais je ne gagnais pas assez,
alors je suis venue en France. Depuis quatre mois je n’ai pas pu envoyer
d’argent. Même en galérant, même en me privant du nécessaire, comme beaucoup
d’autres. Ceux qui vous disent qu’ils envoient de l’argent régulièrement, c’est
qu’ils se privent du nécessaire. Au pays ils croient qu’ici c’est l’eldorado et
si tu n’envoies pas d’argent ils pensent que tu le gardes pour toi. »
Toutes les femmes
racontent des histoires personnelles non moins éloquentes. Histoires de misère,
d’espoirs déçus, de conditions de vie extrêmes, d’exploitation féroce, de
maladie. Toutefois, dit Mahité, malgré la peur au ventre, malgré les hauts et
les bas d’une vie telle que la nôtre, « on fait avec, on s’entraide,
c’est ce qui nous sauve, nous les Africains on est habitués à vivre en
communauté, unis, comme ici dans la rue : nous sommes ici les colonies
françaises dans l’union ».
Rester ici et aller
jusqu’au bout de la lutte
C’est encore Mahi qui donne le ton. Le
consentement unanime lui est acquis dès ses premiers mots : car (dira une
femme) « il n’y a pas d’autre moyen pour faire plier les
autorités ».
« Pourquoi nous les femmes nous ne
partirons pas d’ici ?… Si les femmes et les enfants partent, les policiers auront vite
fait d’embarquer tous les hommes qui restent. On préfère dormir dans la rue et
aller jusqu’au bout. Les propositions de la préfecture sont pour casser le
mouvement. Les "critères", c’est encore le cas par cas. Nous les
femmes disons : sans critères ni
conditions ! Nous sommes ici, nous, nos maris, les hommes,
nous travaillons ici, on doit tous être régularisés. La préfecture veut-elle
qu’on dégage ? Qu’elle ouvre un guichet ici même. Dès qu’on aura nos
régularisations, nous partirons. Nous ne voulons pas d'un autre lieu à occuper.
Ce serait la même chose. Et puis c’est pour nous cacher. Sur ce trottoir nous
ne sommes pas cachés. Plus tard on recommencerait à nous expulser. Et nous, à
être à nouveau dans la rue. Il faut rester ici et continuer la lutte ici. Nous
ne sommes pas critiques envers les délégués. Car nous savons pourquoi ils nous
ont demandé de partir, ils l’ont fait pour nous et pour les enfants, ils
pensent que nous sommes faibles. Mais c’est le contraire. Nous sommes fortes,
et déterminées à rester. »
À ces mots font écho
ceux de Soul : « Avant, à l’intérieur de la Bourse , on était cachés,
quatorze mois en cachette. Maintenant on est exposés, on est bien en vue. Ce
serait fou de s’en aller. Maintenant on est plus forts ! »
Et ceux de
Djénéba : « On est là, on ne bouge pas. Tout autre choix serait un
recul de notre lutte. Même s’il pleut, même s’il neige, on est là ! Oui,
même s’il neige. Même jusqu’à l’hiver ! »
[28-6-09. Article à
paraître dans le numéro 13 du Journal de la Bourse du travail occupée.]
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