zamia | 4 Jul 15:48
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Suite Vincennes Ténoignage de l'intéieur

Fermeture des centres de rétention

Centre de rétention de Vincennes, le 4 juillet 2009

/La personne que nous avons au téléphone nous raconte que des 
manifestants sont venus hier soir aux abords du centre. On en profite 
pour lui lire l’article de l’Humanité publié la veille. La grève de la 
faim continue au centre./

« Hier, vers 20h30 à côté du centre il y a eu une foule qui manifestait 
pour nous. Un ami qui appelait sa fiancée dehors est rentré dans la 
chambre pour nous dire qu’il y avait des manifestants qui criaient pour 
nous. Il a dit qu’il fallait sortir, on ne s’attendait pas à ça, on est 
sorti d’un seul coup.

Ca m’a vraiment touché. On ne pouvait pas voir mais on a entendu crier, 
on nous parlait en criant. La petite foule demandait la libération des 
retenus, la liberté. Ça m’a fait beaucoup plaisir, ça m’a chauffé le 
cœur. On a crié avec eux même si on est fatigué par la grève de la faim. 
On a fait des efforts pour qu’ils nous entendent. Je sais pas combien de 
minutes ils sont restés puis ils sont partis, je pense à cause de la 
sécurité. Peut être la police a dispersé les manifestants. On était très 
heureux. Ca m’a vraiment touché pour moi et pour les autres, ça nous a 
donné le courage pour qu’on continue la grève.

Avec la police ça a été mais on peut pas écouter ce qu’ils disent entre 
eux, Ils ne savent jamais quand ça peut chauffer dans le centre, mais 
nous on est pas agressif. On crie pour qu’on nous entende. On a commencé 
à rigoler et après les policiers sont partis.

On était dans le petit jardin, ce n’est pas grand, mais on a entendu 
bien comme il faut les cris et les paroles.

Les policiers font leur travail au niveau sécurité mais on leur a 
expliqué qu’on était pacifiques, qu’on n’aime pas faire des trucs pas 
bien. On est pas ici parce qu’on est des criminels, on crie pour notre 
liberté, c’est tout.

On a déclenché l’alarme pour être entendu de l’extérieur.

On a été très heureux, on a dit que les autres essayent de combattre 
pour nous et nous on doit pas craquer, on doit continuer le combat.

En ce moment il y a toujours des nouveaux qui arrivent en rétention, des 
chinois et des blacks mais certains mangent. On parle à ceux qui mangent 
pour qu’ils comprennent. Il y a aussi des gens malades et eux on ne peut 
pas les obliger. Mais la grande majorité tient toujours le courage et le 
souffle pour notre liberté. Les nouveaux disent qu’ils s’en foutent, que 
demain ils partiront au bled ou à Bangkok.

La dernière fois on a demandé du sucre, la police était d’accord, elle a 
demandé du sucre au personnel civil du réfectoire. Les travailleurs nous 
en ont donné mais quand leur chef a vu ça il a gueulé, il a dit que si 
on voulait du sucre on avait qu’à prendre les repas. On a refusé. Après 
le personnel civil ne voulait plus nous donner de sucre.

Alors on a protesté auprès du capitaine pour avoir du sucre et on a fini 
par obtenir du capitaine de pouvoir aller chercher du sucre et du sel à 
l’infirmerie.

On continue de faire des réunions entres les grévistes, il y a toujours 
le commandant et le capitaine qui viennent discuter avec nous pour voir 
comment ça se passe. Nous on lui parle de nos problèmes même si on 
arrive pas bien à s’exprimer : par exemple il y a des gens qui ont une 
famille dehors. Mais il ne peut rien faire, il est là comme chef de la 
police ou de la rétention qui observe et qui fait les commandes de 
nourriture. Par rapport à nous le commandant ne peut rien faire, malgré 
tout on est là et on attend le jour de notre libération.

Il y a des policiers qui montent dans les chambres et viennent chercher 
les gens pour manger.

En ce moment il y a beaucoup d’expulsions vers l’Asie, vers Bangkok, pas 
trop vers l’Algérie. Chaque jour il y a 2 ou 3 expulsions.

[on lui demande si les flics continuent à les compter plusieurs fois par 
jour avec leur carte de retenus]

J’ai une carte avec mon nom et ma photo, c’est pour les visites et les 
repas. La police ne compte pas avec les cartes. Pourquoi ils nous 
compteraient ? On n’est pas militaires, ni policiers, ni criminels !

Je suis depuis 25 jours dans le centre. La dernière fois je suis rentré 
dans la chambre et j’ai trouvé un ami pendu. Quelques secondes plus tard 
il serait mort. Je n’ai jamais vu ça, depuis que je suis ici j ai vu 5 
tentatives de suicide. Les gens qui font ça ils se disent : « s’il y a 
quelqu’un qui vient à mon secours tant mieux, sinon je suis mort », ça 
leur évite de partir au bled. Y a rien au bled, ils aimeraient bien 
rester ici, ils ont un travail ici. Il y a même des gens qui ont une 
famille ici, comme moi par exemple.

[Il nous décrit le centre]

C’est un grand chalet avec des compartiments. A l’étage, chaque chambre 
est soit de 2 personnes soit de 4 personnes, et il y a les cabines 
téléphoniques. Il n’y a pas de poste de police à l’étage mais de temps 
en temps il y a des rondes. Au rez-de-chaussée il y a le réfectoire et 
la salle télé et une play station. A l’extérieur il y a un jardin. Avant 
il y avait deux chalets mais ça a brûlé et à la place ils ont mis un 
gazon. C’est là qu’on était quand on criait hier soir. Au dessus du 
jardin il y a un couloir réservé à la circulation des flics, avec deux 
guérîtes

Il y a des cameras partout de tous les cotés, dans les couloirs et le 
jardin, c’est une observation totale, heureusement il n’y en a pas dans 
le chiottes et les douches. »

fermeturetention@...

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