Ian Briuzga | 7 Mar 17:52
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En réponse à C.Migault, sur la portée de notre message politique

En réponse au texte de C.Migault "En politique la vérité est importante à dire et à respecter"

Je ne suis pas en accord avec le discours véhiculé dans ce texte de
Christophe Migault.  Je crois qu'il serait temps d'envisager notre
rapport à l'étranger autrement que sous l'angle capitaliste : les
étrangers sans papiers n'ont pas à être classés selon qu'ils sont ou ne
sont pas travailleurs.

Il y en a assez de ce discours stigmatisant à l'égard de ceux qui ne sont pas "exploités comme tout le
monde". A quoi cela rime-t-il de faire des distinctions aussi simplistes. Faut-il être rentable et
exploité pour bénéficier de votre aide ?? Suffit-il de travailler pour sortir de la "catégorie
clandestin" ? Que faites-vous des migrants inaptes au travail, des handicapés, des mutilés, des
chômeurs, des personnes psychologiquement atteintes, des réfugiés, etc. ? 

Il m'arrive parfois d'être choqué par les discours proprement capitalistes qu'on peut entendre même
parmi les "militants". Quand pourrons-nous envisager les rapports humains autrement que par le prisme
du travail et de la rentabilité ?! Aussi bien les européens que les non européens, notre
existence n'est pas conditionnée par le travail et nous n'avons pas
vocation à servir le capital.

Et je voudrais interroger également le terme de "clandestin". Cessons d'utiliser ce terme pour
désigner des personnes qui marchent dans les rues ou le long des routes, prennent les transports en
commun, se présentent aux guichets des préfectures, sont fichés par la police et Eurodac, viennent
aux distributions de nourriture par les asso, bref qui sont visibles. Utiliser ce terme, surtout dans un
slogan aussi absurde que "Ouvrier oui, clandestin non!", cela revient à ostraciser et criminaliser
tous ceux qui entrent et se trouvent illégalement en Europe, sans pour
autant travailler.

Par ce type de discours, vous légitimez la lutte contre l'immigration
irrégulière et la logique de tri qui en découle et que vous semblez
vouloir dénoncer. Il serait sans doute beaucoup plus pertinent de
s'interroger sur l'ouverture et l'abolition des frontières que de
persévérer dans ces contradictions propres aux "sociaux-démocrates".Vous déplorez le manque de
cohérence politique dans la dernière manif, le "bruit" qui y régnait, mais c'est justement lié à ce
manque de logique politique qui traverse la lutte pour les travailleurs sans papiers. On ne lutte pas pour
des travailleurs, mais pour les étrangers en général. 

Le ministère de l'immigration est au contraire un très bon objectif de manif, car il incarne toute la
xénophobie des politiques européennes dans leur rapport aux autres continents. L'idéologie qui
sous-tend l'existence de ce ministère est la même qui a eu ses heures de gloire sous le régime de Vichy :
il n'y a pas de distinction entre bons et mauvais étrangers, sous peine de verser irrémédiablement
dans le fascisme. 

Soyons sincères et cessons de louvoyer. Nos ennemis sont les impératifs
économiques et sécuritaires inhérents au capitalisme, qui sont à eux
seuls responsables de la xénophobie des politiques actuelles. En
conséquence, nos cibles doivent être les ministères de l'économie, de
l'intérieur et de l'immigration, ainsi que les services et agences qui
accomplissent leurs directives : préfectures et tribunaux, centres de
rétention et locaux de police, pôle emploi et MEDEF, ANAEM-OFII,
instances européennes et Frontex.

Cela sous entend de mettre une pression régulière sur ces institutions, en exigeant un retrait pur et
simple de toutes les lois et directives générant une discrimination à l'égard des étrangers,
qu'ils soient ou non sans papiers, qu'ils soient ou non travailleurs.

Si nous continuons d'être modestes en terme de revendication et modérés en
terme d'action, nous n'aurons jamais gain de cause et nos frontières
continuerons de se fermer sans que nous ne puissions rien y changer.

Quelqu'un qui ne se définit pas par le travail et qui ne sait pas faire la distinction entre un étranger et
un non étranger,

Ian.

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