Vincent | 19 Mar 16:26
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un Nigérian meurt pendant son expulsion forcée à Zurich


> Un requérant d’asile débouté est décédé à l’aéroport de Zurich mercredi en fin de soirée,
avant le décollage d’un avion de rapatriement vers Lagos. Deux Nigérians témoignent et critiquent
la police zurichoise, qualifiée d’«inhumaine». 
> On ne sait pas grand chose de lui, si c’est n’est qu’il avait 29 ans, était Nigérian, en Suisse
depuis 2005. Il avait été condamné à une peine de prison ferme et il refusait de s’alimenter depuis
quelques jours.
>
> Mercredi soir, cet homme est mort à l’aéroport de Zurich au moment où il allait être embarqué dans
un vol spécial qui devait le ramener, avec quinze autres compatriotes, à Lagos.
>
> Selon le communiqué de la police cantonale zurichoise, il «a essayé de s’opposer à l’expulsion
et n’a pu être attaché que par la force. Peu de temps après, il a soudain rencontré des problèmes de
santé et ses entraves ont été défaites.»
>
> Malgré l’intervention des secours sanitaires, il est décédé sur le tarmac. Le vol a été annulé.
>
> Interrogée, la police n’en dit pas beaucoup plus. Quels problèmes de santé? «Il n’était pas
blessé, mais comme léthargique. On ne pouvait que difficilement lui parler et son état a empiré
rapidement», répond laconiquement le porte-parole Marcel Strebel. Il ne sait pas depuis combien de
temps l’homme refusait de s’alimenter.
>
> Le parquet de Winterthour a ouvert une enquête mais rien n’a filtré des premiers interrogatoires,
jeudi. L’Institut de médecine légale de Zurich a été sollicité. L’Office fédéral des
migrations a provisoirement suspendu tous les vols spéciaux.

> «On nous traite comme des animaux» Julius et Emmanuel, de leur côté, ont presque tout vu. Ils en sont traumatisés.
>
> Ces deux Nigérians auraient dû quitter la Suisse dans ce vol de nuit d’un genre particulier (les
avions partent aux alentours de minuit), depuis Zurich.
>
> De retour au Centre de détention administrative romand de Frambois, dans le canton de Genève, ils
témoignent de ce qu’ils ont vu à Zurich. «On nous a traités comme des animaux», répète, encore
apeuré, Emmanuel.
>
> Julius et Emmanuel expliquent comment «plus de 60 policiers» - pour 16 hommes à expulser - les ont
accueilli vers 22 heures à Zurich-Kloten. «Ils nous ont attaché les pieds, les genoux, les mains, les
hanches, les bras, le torse et mis un casque comme ceux des boxeurs, racontent les deux hommes. On ne
pouvait absolument pas bouger.»
>
> Julius, un grand gaillard d’une quarantaine d’années, dit avoir parlé avec son compatriote
décédé, qu’il ne connaissait pas, dans la salle où tous les requérants déboutés sont
entravés, avant d’être isolés dans des cabines. «Il avait l’air en forme», dit Julius,
surnommé «le médiateur du carcéral».

> Porté sur une chaise Julius a été attaché sur une chaise et porté par trois policiers dans l’avion.
Mais il est tombé et s’est blessé dans la chute. Emmanuel, lui, a marché, avec ses entraves,
jusqu’à l’avion. Apeuré, il dit ne pas avoir parlé avec les autres dans la salle commune. Dans
l’avion, les hommes sont détachés des chaises et à nouveau attachés aux sièges.
>
> Les deux hommes, s’ils avaient, jusque là, refusé de partir volontairement, avaient finalement
accepté – c’est aussi le rôle du Centre de Frambois – le retour au Nigéria. «Je voulais
retrouver la liberté, dit Julius, je n’avais jamais été en prison avant cela».
>
> Julius et Emmanuel ne comprennent pas qu’on attache des gens qui sont d’accord de partir. «Les
policiers ont serré les entraves si fort que cela faisait mal. Les policiers vaudois qui nous
accompagnaient les ont desserrées en cachette.» D’autres Nigérians pleuraient ou criaient de
douleur, selon Julius et Emmanuel.

> «Pour leur sécurité» La police zurichoise rejette ces critiques. «Les policiers sont des
professionnels, affirme Marcel Strebel. Ils attachent sur des chaises seulement ceux qui résistent à
l’embarquement ou qui sont trop faibles. Les autres marchent jusqu’à l’avion.»
>
> Selon Marcel Strebel, les entraves et les casques sont destinés à «protéger les hommes contre le mal
qu’ils pourraient se faire à eux-mêmes en résistant.» «Et vous savez, nous sommes habitués aux
critiques. Nous avons une tâche désagréable à accomplir, et c’est parfois un grand écart entre
sécurité et humanité», dit-il encore.

> Manuel pour les cantons En attendant les premiers résultats d’enquête, l’ODM indique ne pas
remettre les vols spéciaux en question. «C’est la seule possibilité, utilisée en dernier
recours, pour les personnes qui refusent tout retour volontaire», explique Urs von Arb, chef de la
division retour.
>
> Ce décès survient alors que l’ODM est en train d’élaborer, avec des experts policiers des cantons
aéroportuaires de Berne, Genève et Zurich, un manuel sur l’application de la loi sur l’usage de la
contrainte. «Il est en train d’être finalisé avec les cantons, précise Urs von Arb. Si des
éléments nouveaux émanent de ce qui vient de se passer à Zurich, nous le modifierons.»
>
> Le manuel exclut par exemple expressément l’usage d’armes lors de rapatriements forcés ou
indique que l’équipe qui va chercher la personne à rapatrier et celle qui l’accompagne dans
l’avion doivent être différentes.

> Observateurs indépendants De son côté, Amnesty International se dit «consterné» par le décès
du Nigérian. L’organisation de défense des droits humains exige la présence d’observateurs indépendants.
>
> «La Suisse est obligée de les mettre en place, répond Urs von Arb. Selon la Directive de renvoi de
l’Union européenne, nous avons jusqu’au printemps 2011 pour nous doter d’un monitoring.»
>
> «Quelle que soit la solution que nous retiendrons, il y aura de toute façon des observateurs
extérieurs à la police et à notre Office», conclut Urs von Arb. Ce qui ne changera plus rien pour le
Nigérian décédé mercredi soir, dont le destin tragique ne porte encore ni nom ni prénom.
>
> Ariane Gigon, swissinfo.ch, Zurich

> 

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